dans

L’historien Bernard Bertho raconte l’histoire des foires d’Escoublac depuis 1441

Bernard Bertho : « Ce n’était pas le petit peuple qui venait acheter, mais surtout les gens aisés du quartier, qui recherchaient des choses originales. »

Bernard Bertho vient de publier un livre qui va passionner tous ceux qui s’intéressent à l’histoire. Il y évoque les foires qui se déroulaient à Escoublac chaque 13 de May depuis 1441. On apprend qu’il existait déjà une police des foires pour assurer la sécurité des marchands et des visiteurs, ainsi que des règles d’hygiène très strictes, comme l’interdiction de laisser divaguer les chiens entre 6 heures et 21 heures, ou celle de toucher la viande, puisque l’on devait montrer avec un bâton le morceau que l’on voulait acheter.

« 13 de May » de Bernard Bertho est publié aux Éditions Patrimoine de La Baule

Ecoutez Bernard Bertho sur Kernews

Kernews: Votre livre s’intitule « 13 de May » et vous précisez que c’est ainsi qu’on l’écrivait au Moyen Âge en Bretagne. Vous racontez six siècles de foires à Escoublac : pourquoi cet intérêt particulier ?

Bernard Bertho : Quand j’ai écrit mon livre sur l’évêque Bernard d’Escoublac, j’avais été aidé par le baron Armel de Wismes, qui était le vice-président de l’Académie de Bretagne et des Pays de la Loire, et qui m’avait reçu dans sa maison, face à la cathédrale de Nantes. Il m’a fait voir un document, que je reproduis, qui était la concession des foires à Escoublac. Ce document date de 1441 ! À l’époque, Escoublac dépendait du royaume de Bretagne et le roi de Bretagne, Jean V, accordait le droit de faire des foires aux seigneurs de chaque lieu. Le seigneur d’Escoublac était Pierre de l’Hôpital, qui était le sénéchal de Bretagne à Rennes, c’est-à-dire celui qui avait l’exploitation de toutes les propriétés du roi. Il était également juge universel pour la Bretagne, c’est-à-dire qu’il était le juge de toutes les grandes causes qui se déroulaient en Bretagne. C’est notamment lui qui a présidé le tribunal lorsque Gilles de Rais a été condamné à mort. En découvrant cela, j’ai été étonné que le seigneur d’Escoublac ait été d’une telle qualité et, selon les archives, il venait seulement quatre à cinq fois par an à Escoublac.

Dans le document, il est précisé que les biens et les marchandises seront sous protection et que tous ceux qui commettront des infractions seront réprimandés…

C’est aussi la découverte d’une police des foires. Il y avait une police qui allait de foire en foire, de Guérande à Donges, en passant par Escoublac et Le Croisic. Je rappelle que ce document date de 1441. Les commerçants venaient d’ailleurs, parce qu’il faut faire une différence entre la foire et le marché, puisqu’il y avait un marché qui se déroulait tous les 15 jours à Escoublac et il était spécialisé dans les porcs. À l’époque, c’étaient surtout des échanges, une poule contre des sabots, par exemple. Il y avait peu de circulation d’argent, alors qu’il y avait pas mal de circulation d’argent au moment des foires. Ce n’était pas le petit peuple qui venait acheter, mais surtout les gens aisés du quartier, qui recherchaient des choses originales, notamment des tissus chez les drapiers. Ces drapiers venaient de Champagne ou de Normandie. Les gens qui venaient vendre à la foire restaient à peu près une semaine à Escoublac.

C’était relativement court puisque, déjà, pour venir de Normandie, ils devaient mettre au moins une semaine…

Tout à fait et certains passaient leur vie en tournant dans toute la France à travers une trentaine de foires. Évidemment, ils payaient un droit de foire, qui revenait au seigneur Pierre de L’Hôpital.

Finalement, l’organisation était presque similaire à celle que nous connaissons aujourd’hui…

C’est ce qui est extraordinaire. Or, cette foire a duré jusqu’en 1924, semble-t-il.

Ces foires ont-elles évolué en fonction de l’air du temps ?

Oui. Il y a un point qui m’a assez troublé et je fais référence à Sisyphe, qui avait été puni par Zeus à toujours monter le rocher car, en découvrant certains documents, j’ai senti la malédiction des Escoublacais par rapport au sable : ils étaient toujours en train de retirer le sable en pensant que c’était une punition de Dieu, comme Dieu avait puni Sisyphe… Je me suis demandé si ces gens pouvaient être heureux en ayant en permanence cette chose impossible à faire, à savoir enlever le sable tous les jours. Mais, au moment des foires, ils oubliaient ce traumatisme permanent.

Les foires étaient aussi des moments de fête, avec des animations et des montreurs d’ours…

J’ai retrouvé des foires assez particulières, avec un montreur d’ours, et on est aussi surpris de découvrir l’implication du religieux puisque le curé ne voulait pas trop que les gens regardent l’ours, parce qu’il devait être maléfique, c’était le diable… On retrouve toujours cette opposition entre le pouvoir du religieux et le pouvoir temporel du seigneur. Alors, pourquoi le 13 de May ? Pierre de L’Hôpital a choisi ce jour qui était celui de la Saint Servais, également celui de la fête d’Escoublac : donc, il y avait ce mélange avec le religieux. Mais à l’époque, c’était quelque chose de logique. Au fur et à mesure, on s’est aperçu que le religieux s’est progressivement éloigné du temporel.

Autre découverte : au moment de la foire, il était interdit de faire du feu et de laisser divaguer les chiens entre six heures du matin et neuf heures du soir…

C’est la force de cette police, qui dépendait du roi et qui était en quelque sorte l’équivalent de notre police nationale.

Comment les commerçants passaient-ils la frontière de Bretagne ?

Ils devaient payer un péage. C’était quelque chose de très délimité et les routes en Bretagne n’étaient pas payantes, contrairement aux autres régions. Nous avons gardé ce privilège puisque, en donnant la Bretagne à la France, Anne de Bretagne a demandé que cela soit maintenu. C’est pour cette raison qu’il n’y a toujours pas de routes payantes en Bretagne.

Quelle langue parlait-on ?

Le celte et le breton.

Comment se faisaient comprendre les commerçants qui venaient du sud ou de Normandie ?

Ils parlaient quelques mots de breton qui était une langue répandue, mais il y avait aussi la langue française, bien entendu. La langue française était déjà la langue administrative en Bretagne. Il y a un autre point intéressant. La famille de Lesnerac, qui était à la cour de Louis XV et de Louis XVI, a découvert à Versailles un objet particulier : un bateau à braises. C’était l’ancêtre du fer à repasser et ils ont demandé aux marchands de venir présenter cet objet à la foire d’Escoublac. Pour alimenter ce fer, on mettait à l’intérieur de la tourbe, avec du petit bois en dessous, pour que la tourbe puisse bien brûler.

Revenons aux précautions sanitaires. Il y a six siècles déjà, il était écrit que l’acheteur ne devait pas toucher la viande, mais simplement montrer le morceau qui l’intéresse avec une baguette en osier !

On a complètement oublié ces règles et j’ai découvert cela en travaillant au moment du confinement. On ne devait pas toucher les aliments, mais simplement les montrer avec un morceau de bois. Je pense qu’avant, il y avait une vraie liberté, alors qu’aujourd’hui nous avons une liberté avec de nombreuses concessions.

Ce qui est passionnant, c’est que votre travail met en évidence le degré d’évolution de notre civilisation…

C’est exact. Pour travailler, il faut s’appuyer sur des écrits et c’est ce qui permet d’affirmer cela. J’ai aussi découvert que la foire s’est installée dans le bourg actuel d’Escoublac en 1787 et, jusqu’en 1924, la foire s’est déroulée dans ce que l’on appelle le cerne d’Escoublac. Auparavant, elle se déroulait dans le milieu de la forêt d’Escoublac, juste au-dessus de la gare actuelle de La Baule les Pins. Après, il y a eu des confusions, parce que parfois le 13 de May tombait un dimanche et cela gênait le curé, qui ne pouvait pas dire la messe. Il y a des histoires assez savoureuses avec le curé qui descend à toute vitesse pour faire taire les animaux…

Avez-vous trouvé des traces de présence d’étrangers, comme des marchands arabes, par exemple ?

Non, pas d’aussi loin. Il y a un étranger qui est resté après et on l’a appelé Advenard, ce qui signifie étranger. Les Advenard qui sont restés ici sont les descendants de cet étranger qui venait du sud de la France. C’est à partir de 1800 que l’on a commencé à montrer des noirs africains.

Vous devriez envoyer votre livre à Franck Louvrier en lui proposant de refaire une foire chaque 13 de May à Escoublac !

Je lui ai donné mon livre. Nous devions faire une exposition sur les foires au mois d’août et Monsieur Louvrier m’a proposé de refaire cette exposition l’année prochaine.


Christine Blanc

Installé au cœur de la baule depuis plus de 20 ans, le salon de coiffure Christine Blanc vous accueille dans une ambiance chaleureuse et conviviale entièrement dédiée à la beauté et au soin du cheveu. Composéd’un étage, il vous propose au sein d’un espace privilégié, consacrénotamment à la métamorphose du cheveu, de répondre aux exigences des client(e)s souhaitant profiter d’un moment de tranquillité et de relaxation.

Christine Blanc, 154, avenue du Maréchal de Lattre de Tassigny, 44500 La Baule-Escoublac. Téléphone : 02 40 11 05 11. Lien vers le site de Christine Blanc.


 

Écrit par Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

La SNCF organise une réunion sur l’impact des travaux du pont-rail de l’Etier Malor.

Yann Trichard, président de la CCI Nantes – Saint-Nazaire, aborde les conséquences économiques de la crise sanitaire en Pays de la Loire