dans

L’invité de Yannick Urrien du mardi 1er mars 2022 : Louis Saillans

Durant près d'une décennie, Louis Saillans a participé à des opérations militaires en Afrique et au Moyen-Orient en tant que commando marine.

A l’heure où la France acte son retrait militaire au Mali, il n’est pas inutile de recueillir l’avis de Louis Saillans, qui a effectué plusieurs mandats dans les opérations spéciales au Sahel. Louis Saillans évoque également la guerre en Ukraine.

Louis Saillans souligne : « L’armée a fait de moi ce que je suis. Je ne l’oublie pas et je ne l’oublierai jamais. Comme beaucoup de militaires, je ne me sens hélas plus en phase avec la façon dont les conflits sont menés à l’étranger par les politiques de notre pays. C’est la raison pour laquelle, la mort dans l’âme, j’ai pris la décision de quitter l’institution. Un arc allant de la Mauritanie à l’Égypte est aujourd’hui frappé par le djihadisme salafiste, toute l’Asie du Sud- Est Est gangrenée et, dans l’ensemble des autres régions du monde, des cellules agissent plus ou moins dans l’ombre. Ses terrains d’action n’ont jamais été aussi étendus. La masse d’individus qui se met au service de cette cause ne cesse d’augmenter. Telle est la plus grande pandémie mondiale que nous avons à affronter. Les djihadistes sont convaincus qu’ils finiront par gagner la guerre. Notre regard occidental sur le rapport de force militaire n’a rien en commun avec leur vision des choses. Par nos opérations armées, nous pouvons diminuer le nombre de combattants djihadistes. Mais nul ne peut tuer une idée avec une balle. Eux le savent : leur cause ne mourra jamais. Le califat islamique en Irak ne fut qu’une étape à leurs yeux. Ils ont le temps. De génération en génération, ils continuent d’œuvrer pour leur cause. Les Occidentaux et les Orientaux n’ont pas la même notion ni du temps ni de la guerre. Pour nous, une guerre se limite à un temps donné : nos soldats ne sont dans l’armée que pour quelques années avant de retrouver le cours de leur existence. Eux sont des soldats tout au long de leur vie. Nous pensons que la guerre est circonscrite dans le temps. Pour les combattants du Moyen- Orient, la guerre ne cesse jamais. Le grand théoricien européen des conflits armés, Clausewitz, l’a parfaitement résumé avec cette célèbre phrase : « La guerre est la continuation de la politique. » Dans les pays orientaux, nous sommes confrontés à l’exact contraire : le politique est le prolongement de la guerre. Nous devons être conscients de tout cela. Les opérations militaires permettent de remporter des batailles, mais pas la guerre. Pour gagner la guerre, la confrontation idéologique doit prendre le relais. Et seules les idées peuvent combattre sur le champ des idées. »

Écrit par Rédaction

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Contribuables associés publie « Le livre noir des gaspillages »

Taoufik Djebali : “Les gens dénoncent l’intervention russe sur Facebook, mais cela s’arrête là.”