La Baule+
18 // Décembre 2020 La Baule + : Cette affaire Khashoggi est digne d’un scénario de James Bond, mais il est probable qu’une grande majorité de Fran- çais n’en aient jamais en- tendu parler… Pierre Jovanovic : C’est fort possible. On en a parlé à un mo- ment donné, mais les chaînes d’information se sont bien gar- dées de s’étaler sur ce sujet, parce qu’elles ont reçu des ordres. Pour une raison très simple : la France vend beaucoup d’armes à l’Arabie saoudite. L’assassinat d’un jour- naliste du Washington Post dans le consulat d’Arabie saoudite à Is- tanbul est un véritable scandale, mais les médias n’en ont pas beaucoup parlé. Jamal Khashoggi est jour- naliste. Il a été directeur d’une chaîne de télévision, il a travaillé dans un journal saoudien et il était même proche du régime saou- dien… Oui. En plus, c’est le neveu d’Ad- nan Kashoggi, ancien agent de la CIA, marchand d’armes bien connu dans les années 70. Donc, c’est une grande famille. On peut également dire que Jamal Khas- hoggi est l’un des rares journa- listes à avoir interviewé Ben La- den. Le nouveau prince Mohammed ben Salmane a ins- tallé une véritable dictature, en- core pire que la précédente, et Ja- mal Khashoggi avait pris ses dis- tances. L’Arabie saoudite a un fou furieux à sa tête, qui ne supporte pas que l’on écrive des choses qui seraient politiquement incor- rectes selon lui. Il ne supporte pas la liberté de la presse et il a décidé d’avoir la peau de ce journaliste qui, sentant le vent tourner, s’est installé aux États-Unis où il a été embauché par le Washington Post. Sauvagerie diplomatique ➤ L’incroyable affaire d’un journaliste assassiné et dépecé dans un consulat ! Pierre Jovanovic : « On arrive à tout savoir, parce que les espions turcs avaient criblé de micros le consulat d’Arabie saoudite. » L e Jardin des Livres publie la version française de l’enquête réalisée par trois journalistes turcs du Daily Sabah sur l’assassinat de Jamal Khas- hoggi, éditorialiste du Washington Post, perpétré dans l'enceinte même du consu- lat d’Arabie saoudite à Istanbul. Ce que les Saoudiens ne savaient pas, c’est que les services spéciaux turcs avaient criblé les murs du consulat de micros, grâce auxquels le crime et surtout le rôle actif de Mohammed ben Salmane, prince dirigeant l’Arabie saoudite, ont pu être prouvés. On découvre ainsi ce qui s’est passé pendant les 7 dernières minutes de la vie de Jamal Khashoggi, entre le moment où il est entré dans le consulat et sa mort. Pierre Jovanovic, directeur littéraire des Éditions Le Jardin des Livres, nous présente cet ouvrage. « Sauvagerie diplomatique » de Ferhat Ünlû, Abdourrahman Simsek et Nazif Karaman est publié aux Éditions Le Jar- din des Livres. Jamal Khashoggi est entré en dis- sidence et, quand on est en dissi- dence, on est forcément suivi par les services secrets saoudiens… Exactement. Quand on a parlé de la dis- parition de Jamal Kashoggi, le 2 octobre 2018, le consul d’Arabie saoudite à Is- tanbul a tout nié en disant qu’il était sorti normalement et que les caméras de sur- veillance l’avaient filmé en train de sor- tir. Il y a un élément que ses assassins n’avaient pas prévu : sa fiancée l’atten- dait dehors avec l’un de ses téléphones et c’est elle qui a lancé l’alerte. On l’a fait venir dans un traquenard et on entend même les services spéciaux saoudiens dire : « Est-ce que l’animal sacrificiel est arrivé ? » Ce qui fait la force de ce livre, c’est que l’on est carrément dans un SAS ! On arrive à tout savoir, parce que les espions turcs avaient criblé de micros le consulat d’Arabie saoudite. Il y en avait partout dans les murs. La chose la plus dingue, c’est qu’une unité spéciale des services saoudiens, donc des techniciens, était venue quelques jours auparavant pour nettoyer les murs, donc pour vérifier qu’il n’y avait pas de micros posés par la CIA ou les Turcs. Pour comprendre la nullité de ces espions saoudiens, sachez qu’ils n’ont rien trouvé, alors qu’ils ont des budgets illi- mités ! Cela montre bien que les micros des Turcs étaient très bien placés et in- détectables. C’est la raison pour laquelle on a pu avoir toutes ces preuves. Le consul d’Arabie saoudite dit que Kashoggi est sorti tranquille- ment, tout simplement parce que les Saoudiens avaient même prévu une doublure pour quitter les lieux en se faisant passer pour lui… Ils ont pris quelqu’un qui avait la même stature que Kashoggi. Ils ont tué Kas- hoggi, ils lui ont retiré ses vêtements - les vêtements étaient encore chauds - et ils les ont donnés à la doublure, qui est sortie tranquillement. La doublure a pu tout mettre, sauf les chaussures, et lorsque les services turcs ont travaillé sur les images, ils se sont rendu compte qu’il y avait de nombreux points de dif- férence. Cette doublure était un ancien général de l’armée saoudienne. Jamal Kashoggi va être découpé en morceaux dans l’enceinte même du consulat par une équipe qui est venue en jet privé Donc, l’opposant Kashoggi va au consulat d’Arabie saoudite en Tur- quie pour une démarche assez ba- nale : il avait besoin d’un papier attestant qu’il était célibataire… Il prend rendez-vous et les Saou- diens lui tendent un piège… Oui, parce qu’il voulait se marier avec une jeune femme turque. Ce piège se re- ferme sur lui. En arrivant, ils lui disent qu’ils veulent le ramener en Arabie saou- dite. Mais tout était prévu à l’avance, puisque les Saoudiens avaient même en- voyé un spécialiste de la médecine légale qui a l’habitude de découper des corps avec des scies. Ce médecin était venu avec une scie, en prévision du découpage du corps. Jamal Kashoggi va être découpé en morceaux dans l’enceinte même du
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