La Baule+
Décembre 2020 // 19 consulat par une équipe qui est venue en jet privé. Ce qui est d’autant plus incroyable, c’est que les Saoudiens ont nié pendant longtemps, en expliquant qu’ils n’étaient au courant de rien. Le consul, dans sa maison privée, avait un immense four tandoori et la police turque en est arrivée à la conclusion que les morceaux du cadavre de Kashoggi ont été brûlés dans ce four... Aumoment de l’enquête, les enquêteurs turcs ont utilisé du Luminol et de la lumière infrarouge pour trouver des échan- tillons d’ADN de Kas- hoggi sur les lieux du crime : donc ils se dou- taient de quelque chose. Or, ils n’ont rien trouvé… La convention de Vienne sur les relations diplomatiques précise que les locaux consu- laires sont intouchables, mais, dans certains cas, la po- lice peut rentrer, en cas d’in- cendie par exemple. Quand les Saoudiens ont vu la polé- mique dans le monde entier, ils ont envoyé une autre équipe de police scientifique pour effacer toutes les preuves, de manière à ce que la police turque ne puisse rien trouver. D’ailleurs, on voit bien, dans les images tirées de la vidéosurveillance, les espions saoudiens sortir du consulat avec de très grosses valises prévues à cet effet. On frise la folie, parce qu’ils sont sortis du consulat pour aller dans la résidence privée du consul. Le consul, dans sa maison privée, avait un im- mense four tandoori et la po- lice turque en est arrivée à la conclusion que les morceaux du cadavre de Kashoggi ont été brûlés dans ce four... Dans cette affaire, les services secrets turcs ont reconnu avoir piégé le consulat d’Arabie saoudite et ils ont mis ces enregistrements à la disposition des enquê- teurs du monde entier en organisant des séances d’écoute… L’affaire a fait un scandale aux États-Unis et, lorsque Donal Trump a appris cela, il a eu du mal à le croire. C’est Hakan Fidan, le patron des services turcs, qui a invité Gina Haspel, la patronne de la CIA, à venir écouter les en- registrements à Ankara. Elle était atterrée en écoutant les enregistrements et elle a confirmé à Donald Trump que ben Salmane avait dé- coupé Kashoggi en tranches. Donald Trump a décidé de le sauver en le faisant chanter, en lui faisant signer des pro- messes d’achat de plusieurs dizaines de milliards de dol- lars d’armes et d’avions. Do- nald Trump a écrit un livre sur l’art de conclure des mar- chés. On peut dire que dans ce cas, il lui a tordu le bras : d’ailleurs, en évoquant ces gros contrats, il a dit qu’il avait sauvé les fesses de MBS (Mohamed ben Salmane). Cela peut-il aussi expli- quer la position de l’Ara- bie saoudite, qui a suivi Donald Trump sur la question de Jérusalem comme capitale d’Israël ? On peut faire un parallèle. Il ne faut pas oublier que les services spéciaux israéliens travaillent depuis très long- temps avec les Saoudiens. Le monde musulman ne sait ab- solument pas qu’il y a une entente de longue date entre ces deux pays. Les Turcs savaient tout dès le départ. Mais au début, comme dans une enquête de police, ils se sont contentés de dire aux Saoudiens qu’ils avaient des preuves so- lides, sans préciser les- quelles… Les Saoudiens ne supportent pas les Iraniens et les Saou- diens ne supportent pas les Turcs, puisque les Turcs ai- dent l’Iran qui leur fournit du pétrole. Il ne faut pas oublier que les Américains inter- disent au monde entier de faire du business avec les Ira- « Ils ont pris quelqu’un qui avait la même stature que Kashoggi. Ils ont tué Kashoggi, ils lui ont retiré ses vêtements - les vêtements étaient encore chauds - et ils les ont donnés à la doublure, qui est sortie tranquillement. La doublure a pu tout mettre, sauf les chaussures, et lorsque les services turcs ont travaillé sur les images, ils se sont rendu compte qu’il y avait de nombreux points de différence. Cette doublure était un ancien général de l’armée saoudienne.» Gina Haspel, la patronne de la CIA, était atterrée en écoutant les enregistrements et elle a confirmé à Donald Trump que ben Salmane avait découpé Kashoggi en tranches. niens. Erdogan a joué très fi- nement contre les Saoudiens avec ce dossier. La retranscription des faits est incroyable. Ils endorment Kashoggi avec une piqûre dans le cou. Quelques secondes plus tard, on entend des bruits bizarres de décou- page, de sacs plastiques qui sont manipulés... Un agent dit : « Laisse-le dé- couper… » puis : « C’est fini, enlève-le, c’est un chien, emballe, em- balle… ». Un autre dit : « Si tu n’aimes pas le bruit, mets tes écou- teurs, écoute de la mu- sique, comme moi quand je découpe des ca- davres, parfois j’ai une tasse de café et un cigare à portée de main ». C’est effrayant ! On comprend très bien ce qui s’est passé. Lorsque l’affaire est devenue publique, quand il a été clairement établi que MBS avait donné l’ordre de tuer Kashoggi, il a fait un très gros chèque au fils de Kas- hoggi et la remise a été fil- mée, avec une poignée de main devant la télévision saoudienne. Cela montre bien l’ignominie de ben Sal- mane : le fils a été obligé de serrer la main du meurtrier de son père ! Propos recueillis par Yannick Urrien.
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