La Baule+

la baule+ 20 // Décembre 2021 Il y a depuis quelques années une grande offensive contre le français au Maroc Que pensez-vous de cette campagne qui se développe actuellement au Maroc sur le thème qu’il ne sert plus à rien d’avoir le français comme deuxième langue et qu’il vaut mieux apprendre l’anglais directement, parce que c’est la langue utile, alors que la France est en déclin ? Il y a depuis quelques années une grande offensive contre le français au Maroc. La nouveauté, c’est que maintenant l’Angleterre participe activement à cette offensive en Afrique francophone. Pour le Maroc, je peux vous dire que le site Internet du British Council au Maroc évoque clairement «le passage du Maroc à l’anglais». Il s’agit bien de pousser les Marocains de passer à l’anglais et non pas d’apprendre l’anglais en plus du français. Pour l’instant, c’est marginal et le Maroc est solidement francophone. Mais de plus en plus de Marocains apprennent l’anglais en plus du français. Il y a un courant visant à demander le remplacement du français par l’anglais. Ce serait une très grave erreur pour le Maroc, car il se situe dans un espace africain francophone. Donc, cela le couperait en partie de ses voisins, cela amoindrirait son influence économique et géopolitique dans toute cette partie ouest de l’Afrique et cela remettrait en question les relations multiséculaires qui existent entre le Maroc et les pays du Sahel. Au passage, cela ne ferait pas du Maroc un pays plus développé. À ceux qui vous disent que le passage à l’anglais permettrait à un pays de devenir plus développé, on peut répondre tout simplement que l’Égypte est un pays anglophone et que ce n’est pas pour autant que c’est un pays plus développé que le Maroc. D’ailleurs, la Syrie est anglophone, le Yémen est anglophone, le Soudan est anglophone, le Zimbabwe est anglophone... Et ainsi de suite. Mais cela dépend aussi de l’attitude de la France. C’est la faute de la France et de ses dirigeants qui ne cessent d’éradiquer le français chaque fois qu’ils le peuvent et sans aucune raison ! Notre président Macron ne se gêne pas pour assister à des événements en France dans lesquels vous n’avez aucun mot en français au niveau de l’affichage, alors qu’au Québec ou en Afrique francophone, ce serait inimaginable. C’est vraiment dangereux, parce que cela pousse des gens, au Maroc notamment, à dire : « Pourquoi continuer à parler français, puisqu’en France on ne veut plus parler français ? » Il ne faut pas oublier que la France n’est pas la petite puissance que l’on présente. C’est globalement la deuxième ou la troisième puissance mondiale, car, quand on veut comparer des pays, il faut regarder tous les éléments de la puissance : l’économie, la politique, l’armée, l’espace géographique et maritime, l’influence culturelle et diplomatique… On ne compare pas deux élèves d’une même classe sur une seule matière, mais sur l’ensemble des matières étudiées. La France est une puissance mondiale au coude à coude avec la Chine, après les États-Unis, mais nous avons des personnes qui occupent des postes de haute responsabilité politique, qui ne sont pas à la hauteur et qui font oublier à leur propre population que la France est une grande puissance. Peut-on parler d’une guerre linguistique cachée qui se déroule actuellement dans le monde ? La langue est un élément majeur de l’influence politique, économique et géopolitique d’un pays. C’est un point dont nous avions parfaitement conscience il y a un certain nombre d’années, alors que les pays anglo-saxons ne l’ont jamais oublié. Ils ne manquent aucune occasion pour imposer leur langue. Ils ne manquent pas d’arrogance en la matière. On le voit bien avec l’attitude anglaise au Maroc, avec la BBC qui sert de support à une propagande antifrançaise sur le continent en donnant la parole à des gens qui disent des mensonges. La Chine est aussi parfaitement consciente de l’importance de diffuser sa langue. Si vous regardez toutes les entreprises chinoises qui sont implantées dans le monde, vous verrez que le chinois est toujours présent dans l’affichage et en grand, notamment en Afrique. Si les Chinois avaient à leur tête les hommes politiques que nous avons chez nous en France, ils se diraient qu’il est inutile de faire ainsi puisque le chinois est une langue qui n’est parlée par personne… Les Chinois sont beaucoup plus intelligents et ils savent qu’il est important de faire la promotion de leur langue, parce que c’est un instrument de pouvoir. Il ne faut avoir aucune gêne à imposer la langue française, conformément aux règlements de certaines organisations internationales, d’autant plus que c’est bénéfique à tous les pays francophones: c’est bon pour la France, mais aussi pour le Sénégal, le Québec, Madagascar et tous les autres pays francophones du monde. Que dites-vous à tous ces gens qui envoient des invitations avec « Save the date » ou «Dressing code » ? D’abord, il faut signaler ces anomalies. Il ne faut avoir aucune crainte en la matière et il faut avoir pour réflexe de voir ce qui se passe au Québec ou dans le reste du monde francophone, en dehors de sa partie européenne qui n’a plus vraiment de repères en matière culturelle. Au Québec, ce genre de dérive est inexistant. Tout est écrit en français. Tous les intitulés de formations diplômantes sont en français, toutes les écoles de commerce ont des noms en français, si c’est possible au Québec ou en Afrique francophone. Il n’y a aucune raison pour que cela ne soit pas imposé en France. Propos recueillis par Yannick Urrien. Ilyes Zouari : « La France est une puissance mondiale au coude à coude avec la Chine, après les États-Unis, mais nous avons des personnes qui occupent des postes de haute responsabilité politique, qui ne sont pas à la hauteur. » La Région des Pays de la Loire a lancé l’opération « Liberté – Egalité – Connecté » afin d’équiper individuellement d’un ordinateur portable les élèves des lycées publics et privés arrivant en classe de seconde ou en première année de CAP ces trois prochaines rentrées scolaires, avec des mesures d’accompagnement associées. Ainsi, Franck Louvrier, maire de La Baule et vice-président de la Région, vient de distribuer des ordinateurs aux élèves du lycée Grand-Air : « Par ma présence, j’ai voulu attirer l’attention de tous les parents sur cet enjeu majeur qu’est la formation des jeunes des Pays de la Loire en général, et des jeunes Baulois en particulier ; aux usages du numérique, pour favoriser la réussite scolaire et l’entrée dans les études supérieures ou la vie active. La fracture numérique touche les jeunes: il convient à notre collectivité régionale de tout mettre en œuvre pour la faire reculer.» La Baule : des ordinateurs pour lutter contre la fracture numérique des jeunes

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