la baule+ 30 // Décembre 2021 Je pense qu’il vaut mieux ne pas trop tarder à se mettre en conformité avec les oukases de la nouvelle dictature de la pensée qui nous pend au nez. Vous voyez évidemment à quoi je fais allusion. Aussi, préparons-nous dès à présent à modifier nos traditions, nos célébrations, si anciennes et si ancrées dans nos us et coutumes soient-elles. Commençons donc par Noël et le Nouvel an, puisque ces deux fêtes figurent à notre calendrier de ce mois. Sans doute, avant toute chose, pour partir d’un bon pied, serait-il opportun de bannir toute référence au Père Noël. Ce personnage cumule en effet la plupart des caractéristiques désormais condamnables. C’est un mâle, qui plus est un mâle blanc. Peut-être même hétérosexuel, allez donc savoir ! Et qui manifeste ouvertement un vif intérêt pour les petits enfants (HoHoHo!). Ajoutez à cela la maltraitance à animaux, car faire cavaler de pauvres cervidés par monts et par vaux en pleine nuit au plus creux de l’hiver relève à l’évidence d’une cruauté à peine digne de l’homme de Cro-Magnon. Devant tant de monstruosités, il se pourrait que nos très éclairés et très inspirés néo-dictateurs de la bonne pensée optent, au moins temporairement, le temps que nous nous adaptions, pour un moyen terme. Ils auraient alors la bonté de nous proposer un ersatz dégenré, quelque chose comme une aimable fusion père-mère Noël, vous voyez. Cela dit, se poserait alors la délicate question de la barbe, détestable marqueur de masculinité. Je pense qu’il suffirait d’inscrire dans la Constitution le droit des femmes à la barbe pour lever l’obstacle. Par ailleurs, ai-je besoin d’ajouter qu’il sera de bon ton, dans la rue comme dans le foyer familial, de faire l’impasse sur le sapin conventionnel, la bonne ville de Bordeaux ayant montré sur ce point la voix à suivre. Pour autant, on ne recourra pas au sapin en plastique, trop contraire à l’évangile selon sainte Greta. Un vieux chrysanthème fané, vétéran de la Toussaint, devrait faire l’affaire. Quant à l’enfant Jésus de la crèche, nous veillerons à ne pas trop mettre en avant le fait qu’il pourrait être blanc, lui aussi, comme le Père Noël, ce qui, à n’en pas douter, traduirait avec beaucoup trop d’arrogance la revendication d’un privilège blanc. La plus grande prudence est donc de mise. À chacun de mobiliser son imagination pour éviter l’écueil. En revanche, une chose semble d’ores et déjà acquise: pour le cantique traditionnel, il suffira de se conformer à la formulation entièrement nouvelle, estampillée inclusive trois étoiles : « Iel est né(e) le-la divin(e) enfant(e)...». (Certes, nous pouvons ricaner devant ces prétendues avancées linguistiques ! Il n’empêche : voilà résolue la très ancienne question du sexe des anges. Nous n’aurons plus à nous réveiller la nuit pour nous en soucier. L’affaire est réglée une fois pour toutes.) Dans un registre plus léger, nous nous garderons d’oublier que Noël a aussi son côté profane, donnant lieu notamment aux plaisirs de la table. À cet égard, là encore la vigilance s’impose. On ne saurait être trop pointilleux. Vous vous aventurez à servir de la dinde, du chapon, des huîtres, des escargots et hop ! Au petit matin vous voilà embastillé pour - là aussi - maltraitance à animaux, aggravée cette fois du chef d’atteinte au dogme de la nouvelle religion antispéciste qui veut que nous soyons tous frères et sœurs, vous, moi, iel, mais aussi le chapon. (Le chapon est désormais l’animal totem des néo-féministes, puisque castré.) Embastillés au petit matin, disais-je, car en fin de nuit une ronde de la brigade de la pensée correcte sera passée par là, cherchant dans vos poubelles les pièces à conviction. Oh ! Je vous vois venir : « Que nous reste-t-il à nous mettre sous la dent?» vous affolez-vous. Pour être tout à fait franc, j’avouerai que je suis aussi perplexe que vous. Mais me refusant à baisser les bras, je cogite. J’envisage de réunir un comité scientifique afin d’étudier la possibilité de nous servir les agapes de Noël sous forme d’injections. Une au 25 décembre, une au 31, et une troisième, appelée « rappel», aux rois, le 6 janvier... Si cette triplette seringuée autant que festive pouvait nous aider à nous convaincre qu’il n’y a pas que le Covid dans la vie, ce serait déjà un très beau cadeau, non ? Excellentes fêtes de fin d’année à toutes et à tous. Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière Préceptes pour un Noël bien-pensant « Labarrière en liberté » Dominique Labarrière et Fabienne Brasseur Du lundi au vendredi en direct : 6h30 - 7h00 Rediffusion : 8h15 - 8h45 La rediffusion complète de la semaine : 8h10 - 10h30 tous les samedis.
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