La Baule+

la baule+ 10 // Juillet 2022 La Baule + : On entend beaucoup de gens expliquer qu’ils veulent quitter la France, parce que le pays est en déclin. Toutefois, entre le dire et le faire, il y a une grande différence et, en réalité, il faudrait plutôt s’habituer à vivre dans son pays. Comment nous adapter dans les années qui viennent, avec la fiscalité qui va forcément augmenter ? Éric Verhaeghe : D’abord, il y a les impôts visibles qui vont augmenter, mais il y a aussi les impôts invisibles, c’est-à-dire les taxes sur le carburant et surtout l’inflation, qui est un impôt déguisé, puisque c’est le moyen de diminuer la valeur des billets pour les États, c’està-dire prélever une partie de la richesse des gens. Il faut se préparer à une longue période d’inflation. Face à cela, il faut développer l’agilité. Avant, on épargnait pour plusieurs années, ou décennies. Cette époque est finie. Il va falloir apprendre à naviguer à vue et changer de pied régulièrement. Par exemple, si vous savez que dans les six mois il y aura une pénurie de sardines en boîte, il faut stocker des sardines en boîte. Cela peut être du thon, des légumes, ou un certain nombre de produits, mais il va falloir apprendre à acheter au cas par cas. Ce sera probablement le cas de l’énergie de chauffage: si vous avez une cuve au fioul, il faudra profiter du moment où le fioul baisse, même temporairement, pour remplir votre cuve, même si vous n’en avez pas un besoin pressant. Le deuxième sujet, c’est qu’il faut comprendre que face aux dettes qui s’accumulent, face aux guerres qu’il va falloir financer - Emmanuel Macron a clairement dit que nous étions dans une économie de guerre - c’est clair, ce sera long et compliqué. Donc, il faut se préparer à des années Éric Verhaeghe : « Il n’est plus impossible qu’il y ait des ruptures d’approvisionnement alimentaire pendant une quinzaine de jours. » Société ► Le fondateur du Courrier des stratèges livre quelques conseils pour se préparer à la crise qui s’amplifie Éric Verhaeghe, est énarque, haut fonctionnaire, essayiste, journaliste économique et fondateur du Courrier des stratèges. Dans un entretien sans langue de bois, il évoque les conséquences économiques et sociales de la crise actuelle, avec une inflation qui risque d’appauvrir des millions de Français. Comment s’y préparer ? Comment se protéger ? Éric Verhaeghe partage quelques pistes de réflexion. difficiles. Dans ce contexte, il faut privilégier les valeurs d’usage, c’est-à-dire qu’il faut profiter de la vie. Si vous mettez de l’argent de côté en vous disant que cela servira dans dix ans, vous allez vous apercevoir qu’entre l’inflation et les saisies bancaires, il n’y aura plus d’argent sur votre compte. Donc, il vaut mieux acheter des biens durables dont vous aurez la jouissance très longtemps. Cela peut être la Porsche 911 de vos rêves, cela peut être aussi une œuvre d’art, un beau meuble, ou une maison de campagne… Il faut privilégier ce qui peut durer. Pour rétablir la situation, face à la grogne des gens, on retirera l’euro papier pour mettre en place un euro numérique qui sera un euro de contrôle permanent de la vie privée Cela fait des décennies que nous écrivons dans ces colonnes qu’il y aura forcément un moment où l’épargne sera saisie en raison du surendettement des États. La seule erreur que nous ayons commise, c’est d’avoir pensé que cela se ferait comme en Grèce, en un week-end. Or, en fait, cela se produit déjà, via un mécanisme plus insidieux qui est celui de l’inflation… Il faut avoir en tête que chaque fois que la Banque centrale européenne fait tourner la planche à billets - on a tous entendu parler des 800 milliards d’emprunts européens pour relancer l’économie - c’est une façon déguisée d’expliquer que la Banque centrale européenne va fabriquer des billets. Les billets en circulation actuellement vont voir leur valeur diminuer, parce qu’il y aura une augmentation phénoménale. On peut penser beaucoup de mal de Vladimir Poutine, mais il explique très bien cela dans une interview récente sur une chaîne de télévision russe : la hausse des prix faramineuse a commencé avec l’explosion de la masse monétaire, c’està-dire de la masse de billets en circulation aux États-Unis sous Joe Biden. La BCE va faire la même chose avec les 800 milliards d’emprunts que nous faisons pour la relance de l’Europe ou la transition énergétique. On nous explique que l’on nous appauvrit pour notre bien. Il faut s’apprêter à un long épisode d’inflation et Bruno Le Maire a annoncé que cela se terminerait fin 2023, avec ce que je prédis être le remplacement de nos euros actuels par un euro numérique que la BCE va imposer, en retirant les billets papier de la circulation début 2024. Cet euro numérique sera un euro totalitaire, puisqu’il permettra de suivre chaque dépense de chaque consommateur et à chaque instant... Je pense que la mise en place de l’euro numérique interviendra en même temps que l’effacement autoritaire des dettes contractées par les États. Il va y avoir une remise à zéro, Klaus Schwab parlerait d’un Great reset, et on va nous expliquer que l’euro papier ne vaudra plus rien en raison de l’hyperinflation qui atteindra 20 à 40 % par an en 2023. Donc, pour rétablir la situation, face à la grogne des

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