La Baule+

la baule+ 20 // Juillet 2022 Geneviève de Galard : Elle a porté haut les couleurs de l’aristocratie et de son nom Geneviève de Galard est toujours vivante et j’ai pu la rencontrer chez elle. C’est une femme admirable. C’est une très grande combattante. Elle n’a pas combattu en ayant des armes à la main, mais pour moi c’est quand même une combattante, car elle était avec les soldats, en appui des troupes au front, dans cette cuvette de Diên Biên Phu, lors de cette bataille qui va signer la fin de la présence française en Indochine et qui sera un calvaire pour les Français. Diên Biên Phu, c’est quand même 15 000 artilleurs, artificiers et soldats pris au piège dans une cuvette entourée de neuf collines, face à 100 000 soldats marxistes du Viêt Minh. La bataille a duré 40 jours et Geneviève de Galard est restée 56 jours sur place. Pendant ces 40 jours il y avait un obus au phosphore qui tombait toutes les 30 secondes dans la cuvette de Diên Biên Phu. C’était l’enfer sur Terre. Elle a vécu dans des boyaux, sous la terre. C’était l’époque de la mousson, il faisait 50 degrés et le médecin opérait avec une lampe qui montait la température jusqu’à 63 degrés. Les hommes arrivaient éventrés, avec des jambes arrachées, avec le thorax enfoncé. Certains mouraient en suffoquant sous la terre. Geneviève de Galard n’a pratiquement pas dormi, elle était la sœur, la mère, la confidente et l’infirmière de ces hommes qui n’avaient plus rien. C’était la seule douceur que ces hommes pouvaient encore rencontrer dans cet enfer. Elle a porté haut les couleurs de l’aristocratie et de son nom. Elle fait partie d’une famille de chevaliers qui a toujours servi, depuis Jeanne d’Arc, et elle n’a jamais abandonné ces hommes en montrant le moindre signe de fatigue ou de désespoir. Par la grâce d’un sourire ou d’une main posée sur un front, elle les a aidés à mourir ou à supporter l’insupportable. Cette femme est une sainte ! Marie-Laure Buisson : « Des jeunes filles Russes de 14 à 18 ans sortaient tous les soirs sur des avions avec des petites ailes en bois et goudronnées. C’étaient des avions très sommaires qui servaient à l’épandage au-dessus des champs de blé d’Ukraine et ces femmes larguaient les bombes à la main ! » Évoquons maintenant Lydia Litviak, une pilote de chasse russe, qui s’est engagée sous Staline pour combattre les Allemands… J’ai une vraie passion pour elle. Elle est restée dans l’histoire soviétique comme la rose blanche de Stalingrad. C’est un petit bout de femme d’un mètre cinquante, elle est en couverture du livre. Elle était blonde aux yeux bleus et elle est devenue à 20 ans la terreur des aviateurs nazis dans le ciel de Stalingrad. Ces femmes ont accompli l’impensable dans des conditions invraisemblables Vous racontez la situation à l’époque : elle volait à 600 km/h, à 2400 m d’altitude. Les avions n’étaient pas capitonnés et le froid était tel qu’il y avait toute une procédure de réchauffement pour éviter que ses doigts se cassent : elle devait enlever ses gants délicatement et chauffer sa main progressivement… C’est exactement ça. Ces femmes ont accompli l’impensable dans des conditions invraisemblables. Elle a participé à la bataille de Stalingrad quand il faisait moins 34 degrés sur la rive est de Stalingrad. Ces jeunes femmes avaient 50 grammes de pain par jour pour se nourrir et rien pour se chauffer, et elles sortaient jusqu’à dix fois par jour en avion pour aller pilonner les positions allemandes. Malgré cela, elles ont réussi à défaire les troupes allemandes. Mon livre est un hommage à l’éternel féminin, parce que les femmes sont incroyablement fortes et résilientes. Il faut savoir que près d’un million de femmes soviétiques se sont battues pendant la Seconde Guerre mondiale aux côtés des hommes. On a fait en sorte d’en garder deux ou trois en tête de gondole, parce que cela arrangeait Staline, mais il a fait en sorte d’effacer complètement certaines figures, notamment Lydia Litviak, pour éviter que les femmes s’arrogent trop d’importance à cette époque. Il faut aussi connaître l’histoire des sorcières de la nuit, des jeunes filles de 14 à 18 ans qui sortaient tous les soirs sur des avions avec des petites ailes en bois et goudronnées. C’étaient des avions très sommaires qui servaient à l’épandageau-dessusdes champsde blé d’Ukraine et ces femmes larguaient les bombes à la main ! À la tombée de la nuit, elles arrivaient au-dessus des positions allemandes. Elles coupaient le moteur, elles se laissaient chuter et les Allemands n’entendaient que le bruit du vent, comme le bruit d’une sorcière sur son balai… Ces jeunes filles jetaient à la main des bombes au-dessus de ces soldats, avant d’essayer de redémarrer le moteur à la main. Malheureusement, beaucoup se sont écrasées au-dessus des positions allemandes. Les soldats nazis ne pouvaient plus dormir et ils sont devenus fous. Lydia rencontre son compagnon, Alexei, et ils prennent l’habitude de voler ensemble au-dessus de Stalingrad… Elle tombe éperdument amoureuse de ce grand as de l’aviation et ils partent tous les jours à la chasse aux Allemands. Ils ne pensent plus au danger, puisqu’ils font cela chaque jour. Mais ils n’avaient pas le choix sous Staline. Il y a aussi le côté James Bond avec Noor Inayat Khan, cette princesse indienne musulmane qui s’engage dans la Résistance… Noor est incroyable. C’est une jeune princesse musulmane très pacifiste. C’est une descendante de l’un des grands maharajahs de l’Hindustan, un souverain qui avait un pouvoir incroyable, à l’époque de Louis XVI. Son papa était un prêcheur indien. Musulman soufi, il a beaucoup d’enfants, il est marié à une Américaine qu’il a rencontrée aux États-Unis. La petite Noor naît àMoscou. Très rapidement, son père décide de rapatrier sa famille en France, où elle passe toute son enfance, jusqu’à ce que la guerre éclate. Elle se retrouve à Londres et, dans le même instinct que Susan Travers, elle se dit qu’elle ne peut pas laisser son pays d’amour, la France, rester sous le joug des nazis. Elle s’engage dans la Résistance. Ce qu’elle ne sait pas, c’est qu’elle avait déjà été repérée par les services secrets anglais, qui ont décelé une particularité. Comme son père était musicien, elle a beaucoup joué de la harpe et du piano. Elle a des mains d’une dextérité incroyable et on lui apprend le codage. Elle est capable de coder jusqu’à 22 mots par minute, ce qui est absolument exceptionnel, et on lui propose d’entrer dans les services secrets. Elle est déposée dans un champ en France et elle entre en résistance. On retrouve, là encore, cette notion de devoir Elle découvre aussi cette atmosphère délétère où tout le monde se méfie de tout le monde, y compris au sein des résistants, car chacun se dit qu’il pourra être trahi à un moment ou un autre… C’est une époque effrayante. Il y a des dénonciations dans tous les sens. La petite Noor se retrouve avec sa valise, avec sa radio de 15 kg à l’intérieur. Elle est l’une des seules à savoir faire cela, car tous les opérateurs radio ont été torturés et exécutés par la Gestapo. On lui propose de la rapatrier à Londres, mais elle veut rester en France pour continuer de faire son devoir. On retrouve, là encore, cette notion de devoir. Vous racontez aussi l’histoire de Cassiopée : cette fois-ci, c’est un pseudonyme car il s’agit d’une jeune militaire française engagée dans l’opération Barkhane… Tout est vrai mais, pour des raisons évidentes, dans lamesure où l’opération est classée secret-défense, j’ai changé certaines dates et j’ai placé mon héroïne sous anonymat. Cette jeune femme est capitaine dans l’Armée de l’air. Elle est belle comme un soleil et son histoire est incroyable. Toujours dans l’actualité, dans ce portrait de femmes combattantes, il y a Jihane Cheikh Ahmed, née à Rakka, en Syrie, en 1981… Ce portrait est unique. Personne n’a raconté l’histoire de cette commandante kurde qui a libéré Rakka. Il était très compliqué de pouvoir la rencontrer, car elle change de planque tous les soirs parce que sa tête est mise à prix par les Turcs qui détestent les Kurdes, mais aussi par Daech qui existe toujours en Syrie. Cette femme m’a raconté son histoire. Elle a failli mourir, mais elle a réussi à libérer sa ville du joug de ces monstres. Elle raconte la vie sous l’islam radical, sous Daech. C’est abominable, les femmes sont considérées comme des pondeuses. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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