La Baule+

la baule+ 42 // Juillet 2022 Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière Le calme avant la tempête ? À vous qui nous rejoignez pour profiter d’un moment de congés bien mérité, je ne vais pas vous souhaiter des vacances ludiques, parce que ludique est un mot très savant que tout le monde ne comprend pas. De plus, si je l’utilisais, je recevrais probablement des tonnes d’insultes troussées dans un jargon autrement parlant, puisé plutôt dans le petit Hanouna illustré que dans le Littré de nos humanités. Je vais donc vous souhaiter de kiffer grave ces jours et ces heures de villégiature dans notre si belle presqu’île. (On excusera la préciosité du terme villégiature, il m’a échappé. Préciosité aussi d’ailleurs.) Cela dit, il est étrange tout de même que ludique ne soit pas davantage familier à toute une frange de la population. Voilà qui est très surprenant en effet puisque ce mot est celui-là même auquel on recourt pour donner à croire à notre belle jeunesse - et aux autres d’ailleurs - que rien n’est plus ringard et inutile que l’effort. C’est le mot emblématique de la démission intellectuelle, culturelle. Tout apprentissage proposé se doit d’être présenté avant tout comme ludique. Sous-entendu, il n’est pas question que, pour apprendre le mandarin du bas empire, la belote coinchée, ou la flûte à bec, cela exige de vous la moindre peine. Ni sueur physique, ni sueur mentale, voilà l’alpha et l’oméga. L’acquisition des connaissances, de la maîtrise des arts et des techniques, de la perfection du geste sportif, de l’efficacité professionnelle, tout cela doit se faire sous la bannière du jeu, du sacro-saint « ludique » ... Du ludique et - j’allais oublier - du convivial. Convivial étant une autre tarte à la crème de l’époque. Il convient donc que je vous souhaite, pour tout dire, des vacances ludiques et conviviales. Voilà qui est fait. Des vacances de mer calme, en fait. Oui, parce que, à ce qu’on entend ici et là, il n’est pas exclu que, à la rentrée, le calme ne soit plus qu’un souvenir lointain. Il se murmure que, dès la chute des premières feuilles, ça risque de tanguer. Et de tanguer fort. Vous aurez compris que je fais allusion ici à l’ambiance politique du pays. Ou plus précisément, aux jours et aux nuits qu’est appelée à connaître notre Assemblée nationale nouvelle mouture. L’affaire devrait être, n’en doutons guère, des plus mouvementées et on est en droit d’envisager que ce qu’il est convenu d’appeler le jeu parlementaire sera en fin de compte, cette fois, tout sauf ludique ! Étrange paradoxe, d’ailleurs. Des gens très experts nous expliquent que cette nouvelle Chambre des députés reflète les réalités, les sensibilités, les diversités du pays tout aussi précisément que si nous nous étions exprimés sous le mode de la proportionnelle. Et, dans le même temps, voilà qu’on nous dit que cette assemblée sera probablement ingouvernable. Ainsi, plus la représentation nationale serait fidèle à ce que nous sommes, à ce qu’est le pays dans ses profondeurs, moins elle serait gérable, gouvernable. Surprenant paradoxe. On pourrait s’attendre à ce que ce soit exactement le contraire. Mais non. Aussi, peut-être pourrions-nous consentir à nous corriger, à nous amender, oui nous, braves petits citoyens, pour nous couler dans le moule du « facile à gouverner » que doivent souhaiter ces dames et messieurs de l’hémicycle, leur offrant ainsi une mandature point trop âpre, tumultueuse, harassante, un exercice parlementaire aussi ludique que possible. Ou alors, ce serait eux qui devraient s’efforcer de changer, inventant la bonne méthode pour gouverner ce qui paraît, à première approche, ingouvernable. Mais ce serait beaucoup leur demander. Une vraie révolution en vérité. Oublions... Eh oui, ça va tanguer. Gare aux coups de chien. Gare aux surprises. Gare à l’improbable et à ses conséquences rarement aussi prévisibles qu’on se l’imagine. On a déjà réussi à refiler la puissante et influente présidence de la commission des finances de notre splendide « start-up nation » à un trotskiste altermondialiste islamo-compatible (performance que le monde entier nous envie !), on peut donc s’attendre à du grandiose pour la suite. Oh que oui ! En un mot comme en mille : ça va tanguer. Il reste à espérer que, pour cette nouvelle traversée de cinq années, ce ne soit pas à bord d’un navire genre Titanic que nous nous trouvions embarqués. Dominique Labarrière et Fabienne Brasseur : 6h30 - 7h Rediffusion : 8h15 - 8h45 Du lundi au vendredi : une matinale 100% Info

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