La Baule+

la baule+ 16 // Juin 2022 Andréa Le Masne, qui a été enseignante en histoire géographie, publie des articles dans des revues historiques et elle est également l’auteur d’un livre sur une famille d’armateurs à Nantes au XVIIIe siècle. Engagée au sein de l’association des Amis de PenBron et de La Croisière de Pen-Bron, elle vient de faire paraître un très bel ouvrage avec de nombreuses photos et illustrations sur l’histoire du site. Elle a décidé de reverser tous ses droits d’auteur à ces deux associations. Notons que trois libraires ont accepté de distribuer gratuitement ce livre : la Librairie Lajarrige à La Baule, La Maison de la Presse de La Baule et la Librairie du Pouliguen au Pouliguen. La Baule+ : Que va devenir Pen-Bron ? Andréa Le Masne : Je ne sais pas ce que va devenir Pen-Bron, mais je peux vous dire que l’association qui gère Pen-Bron se démène pour essayer de trouver des solutions pour que ce site vive, parce que nous sommes tous conscients de la valeur de ce site, en raison de sa situation géoAndréa Le Masne publie un ouvrage sur l’histoire de Pen-Bron dont les bénéfices seront reversés aux associations de Pen-Bron graphique - c’est un endroit magique - mais aussi en raison de toute l’histoire qui s’y est déroulée. Je voulais raconter l’histoire de tous ces gens qui ont espéré. Certains ont été récompensés, que ce soient les patients ou le personnel qui s’est dévoué à Pen-Bron. Comment cette aventure est-elle née ? L’aventure est née en 1885 avec Hippolyte Pallu, qui était inspecteur de santé publique, muté dans la région nantaise, après un parcours dans d’autres régions de France. Il était hanté par ces enfants qui vivaient dans des conditions assez misérables et qui avaient besoin, pour se refaire une santé solide, de bon air, d’iode et de soleil. Pour lui, Pen-Bron était une trouvaille. Sa vie a été bouleversée, parce qu’il a passé tout son temps à chercher des financements et des partenariats pour que ce site puisse exister et pour que des enfants puissent venir s’y reconstituer. Pour Hippolyte, il fallait aussi régénérer le sang des Français Nous étions après la guerre de 1870… Oui. Il y avait également les conditions de vie difficiles de la classe ouvrière, notamment dans les villes. C’était terrible pour les enfants. Pour Hippolyte, il fallait aussi régénérer le sang des Français, puisque nous étions après la guerre, tout cela dans une perspective patriotique. Pourtant, ce type de structure était souvent au cœur des actions publiques pendant les siècles précédents… Oui, mais il y avait un vide à propos des enfants et c’est ce qui a donné cette énergie à Hippolyte. Sur ce site de Pen-Bron, il y avait une usine désaffectée, des bâtiments abandonnés, et il a sonné à la porte des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul pour avoir leur appui, et surtout leur main-d’œuvre et leurs compétences, pour soigner les enfants. Il n’avait pas d’argent. Ce sont des miracles permanents et il doit trouver de l’argent en permanence. Il se tourne aussi vers de grands industriels car, une fois qu’il a convaincu trois religieuses de venir travailler bénévolement à Pen-Bron, il se tourne vers des financiers, notamment Jules Benoît, qui a été l’un des premiers à accepter de financer le site. Il donne des conférences, des industriels participent au financement, notamment des familles juives, particulièrement des banquiers, qui donnent des moyens assez conséquents à Pen-Bron. Chaque fois, lorsque les choses semblent désespérées, il y a toujours une bonne âme qui arrive au dernier moment. Ce sont les miracles quotidiens de PenBron ! Au départ, son action était destinée aux enfants. Quand le site a-til accepté les adultes ? Au départ, on soigne une forme de tuberculose des enfants et, ensuite, cela devient un sanatorium. Après la guerre de 14, le site accueille des colonies de vacances. On se rend compte progressivement que les conditions sanitaires s’améliorent dans les villes et il y a l’arrivée du vaccin. Alors on s’intéresse aux enfants qui sont en difficultés physiques, donc les enfants handicapés. C’est à partir des années 70 que le site s’ouvre aux adultes, parce qu’il y a moins de demandes pour des enfants. La mobilisation financière a toujours été forte tant qu’il y avait des enfants La mobilisation financière a-t-elle toujours été forte ? La mobilisation financière a toujours été forte tant qu’il y avait des enfants et l’on se rend compte que le public était plus généreux lorsque les enfants étaient présents à Pen-Bron. Maintenant, les choses ont changé. Après la Seconde Guerre mondiale, Pen-Bron était en grande difficulté, parce que les enfants n’étaient plus là. II fallait les faire revenir, mais les bâtiments avaient souffert de l’occupation allemande, même s’il n’y avait pas eu de combat. Donc, il fallait trouver de l’argent. Un jour, la mère supérieure de PenBron a reçu une lettre d’un grand libraire parisien qui n’avait pas d’enfants et qui a donné tous ses biens à PenBron. Il y a toujours eu des miracles... Avec l’ouverture aux adultes, les choses ont changé. Les associations, comme La Croisière de PenBron, apportent un peu de financement, mais c’est un financement pour faire vivre autrement les patients, cela ne permet pas de faire fonctionner le site. Dans un premier temps, les sœurs embauchent des jeunes filles qui sont payées très modestement et souvent logées sur place. Après, cela devient une entreprise avec des salariés, le sens n’est plus le même. On a institué la Sécurité sociale et l’État est devenu le payeur. La générosité publique est devenue moins importante Les dons ont-ils progressivement baissé au fur et à mesure que l’État a pris en charge notre protection sociale? Aujourd’hui, on a le sentiment qu’il s’occupe de tout et on est donc moralement moins mobilisé que lorsque l’État n’était pas présent… C’est ce qui s’est passé, en 1945, après la guerre : on a institué la Sécurité sociale et l’État est devenu le payeur. Cela a changé les choses. La générosité publique est devenue moins importante, puisque l’État était toujours présent. Cela fait partie des choses qui ont modifié l’esprit de Pen-Bron. Les deux associations jouent un rôle très important et elles sont apparues en 1983. Il y a eu Les Amis de Pen-Bron, qui assure un supplément d’âme au quotidien auprès des patients, et La Croisière de Pen-Bron, qui est un pari fou, puisqu’il s’agit d’emmener 200 personnes handicapées sur des bateaux ordinaires pour deux jours de croisière. Tout cela fait partie de ce que j’appelle l’esprit de Pen-Bron, c’est-à-dire une générosité infinie, mais qui est aujourd’hui encadrée par la structure étatique, notamment l’ARS (Agence Régionale de Santé). Dans le livre, je publie quelques témoignages, avec des documents anciens, des cartes postales que les enfants envoient à leurs familles. J’évoque évidemment la croisière de Pen-Bron, la seule sortie de l’année de leur monde de l’hôpital. Cela leur donne une énergie extraordinaire pour assumer la vie de l’hôpital au quotidien. Le succès de Pen-Bron a été immédiat, donc Hippolyte Pallu devait trouver des fonds, pour pousser les murs, pour moderniser le site en fonction des nouvelles techniques médicales, puisque Pen-Bron est aussi devenu un centre de chirurgie. Tout cela a nécessité beaucoup de temps, d’imagination et de dons.

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