La Baule+

la baule+ Juin 2022 // 9 de la production de l’énergie décarbonée, à commencer par le renouvelable, le solaire, les éoliennes, l’énergie en mer, le biogaz et la biomasse sous certaines conditions, mais aussi la géothermie. Il faut faire en sorte que, rapidement, le coût de l’énergie fossile soit suffisamment élevé par rapport aux énergies décarbonées pour que nous allions tous vers cette énergie décarbonée qui est la seule que, demain, nous pourrons utiliser si nous voulons sauver la planète. Je m’efforce toujours d’écouter les gens qui émettent des opinions différentes des miennes Comment avoir un débat apaisé sur cette question ? Par exemple, si vous deviez discuter avec Christian Gérondeau, que lui diriez-vous ? Aujourd’hui, on censure les opinions contradictoires et on traite de fascistes ceux avec qui l’on n’est pas d’accord, ce qui aboutit à des échecs… Je partage votre point de vue. Je ne suis pas un spécialiste du dialogue social, mais il y a des choses importantes. Je suis tombé dans le climat en 2002. J’ai totalement changé ma pratique de professeur d’université après avoir rencontré de grands climatologues comme Jean Jouzel ou Hervé Le Treut. Ils m’ont expliqué les bases du changement climatique, c’est-à-dire les interactions entre tous les éléments qui font le climat. La première des conditions, pour avoir un débat correct, c’est de bien dissocier ce qui est de l’ordre de la science, de ce qui est de l’ordre du militantisme et de l’action. Il faut commencer par comprendre, donc se débarrasser des opinions toutes faites et des certitudes, en allant puiser à la source de la connaissance, c’est-à-dire la science. On a l’extraordinaire chance d’avoir les rapports du GIEC, qui réunit régulièrement l’ensemble des scientifiques qui peuvent comprendre l’évolution du climat, et c’est un investissement qui est nécessaire. Avant d’avoir une idée sur la taxe carbone, j’ai passé beaucoup de temps à essayer de comprendre la mécanique du réchauffement climatique. Si l’on n’accepte pas cela, on risque de repartir vers des idées fausses. Ensuite, il faut reconnaître les vertus du dialogue et de l’écoute. Je m’efforce toujours d’écouter les gens qui émettent des opinions différentes des miennes. Tout cela manque dans le débat actuel. D’un autre côté, j’entends des certitudes absolument énormes sur le nucléaire. Or, quand on étudie le dossier avec un peu d’attention, en essayant de comprendre les choses, on s’aperçoit qu’il n’y a pas un problème, mais qu’il y a une somme de paramètres à intégrer sur le nucléaire existant versus le nouveau nucléaire et, après, on peut travailler sur le nouveau nucléaire, avec des petits réacteurs modulaires. Il y a des risques qu’il faut analyser, c’est un travail très important. Enfin, il faut prendre des décisions et l’on sait que les décisions n’amèneront jamais un consensus à 100%. Le climatoscepticisme pur et dur a quasiment disparu dans nos sociétés Si vraiment la survie de l’humanité est en jeu, il devrait y avoir un consensus à 100 %, puisqu’il y a en a bien un pour interdire le meurtre… Vous avez un consensus à 100 % pour interdire le meurtre, mais vous n’avez pas un consensus à 100 % sur les meilleures façons de diminuer le nombre de meurtres dans une société. Pour le réchauffement climatique, il doit y avoir un consensus à 100 % sur le fait que si l’on continue d’accroître la quantité de gaz à effet de serre, on va aller vers un niveau de réchauffement qui rendra la planète inhabitable dans quelques décennies. On n’est pas très loin de ce consensus. Je pense que le climato-scepticisme pur et dur a quasiment disparu dans nos sociétés, mais pas partout, notamment aux États-Unis et en Australie. Justement, pourquoi serions-nous les seuls à nous serrer la ceinture, avec la perte de richesses que cela entraîne, alors que les Indiens, les Chinois ou les Russes se moquent complètement du réchauffement climatique ? Je ne mettrai pas sur un même plan les Chinois, les Indiens ou les Russes. On parle bien évidemment des gouvernements, mais pas des peuples. L’Europe représente aujourd’hui un peu moins de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, contre 20 % il y a 25 ans. Donc, notre poids dans les émissions mondiales diminue, parce que nous avons baissé nos émissions de 25 % depuis 1990, alors qu’il y a des pays qui ont augmenté leurs émissions de gaz à effet de serre depuis 1990. Très rapidement dans le cas de la Chine, moins rapidement dans le cas de l’Inde. Le cas de la Russie est un peu particulier. (Suite page 10) Christian de Perthuis, inventeur de la taxe carbone: « Il faut tarifer le carbone d’origine fossile si l’on veut accélérer la transition écologique.»

RkJQdWJsaXNoZXIy MTEyOTQ2