La Baule+

la baule+ Mars 2022 // 21 doit être ouvert à tous et doit avoir un contenu et une portée universels. Nous, chansonniers, et tous les gens que j’ai connus, depuis Robert Rocca, en passant par Pierre-Jean Vaillard et Jean Amadou, nous nous sommes toujours refusés à cela. Notre but a toujours été de faire rire et d’amuser nos contemporains, qui en ont plus que jamais besoin. Il faut que tout le monde soit traité sur un pied d’égalité Pensez-vous à votre salle en préparant votre spectacle en vous disant qu’il va falloir faire rire un tiers de lepénistes et de zemmouristes, un tiers de centristes et de macronistes et un tiers de gens de gauche ? Oui, il faut que tout le monde soit traité sur un pied d’égalité, il faut qu’il y en ait pour tout le monde ! Il faut que tout le monde ait sa part du gâteau. D’ailleurs, il y a un phénomène assez curieux qui se passe quand les hommes politiques viennent nous voir au Théâtre des Deux Ânes, ce qui est assez fréquent : la chose qu’ils n’aiment pas du tout, c’est que l’on ne parle pas d’eux... Récemment, on a eu une belle fournée de députés LR qui sont venus au théâtre et il y en a deux qui sont venus me dire après le spectacle: «Vous ne parlez pas de moi!» Leur ego est assez démesuré. Que leur avez-vous répondu ? Mon pote, tu n’es pas assez connu ? Malheureusement, quelquefois c’est ça... Ou bien je leur demande d’essayer d’être plus drôles dans leur vie politique, pour que nous puissions trouver des choses qui feront rire les Français, parce qu’ils sont souvent trop techniques ou trop technocratiques. Il faut de la rugosité, de l’aspérité. C’est ce que l’on retrouvait chez des gens comme Charles Pasqua ou chez Robert Ballanger. On avait des personnages extrêmement truculents. Si l’on ne trouve rien, on ne trouve rien : donc, malheureusement, on ne peut pas parler d’eux. Et puis, il y a la notoriété. Pendant des années, à la télévision, avec Jean Amadou, on disait aux téléspectateurs qu’on allait leur parler de tel ministre, parce que personne ne le connaissait et on allait ainsi essayer de faire sa campagne... Jean Lassalle est-il votre meilleur client aujourd’hui ? Jean Lassalle est un excellent client. Il ne manque pas de truculence, il a de la notoriété, il a l’accent des Pyrénées, il chante, il est très souvent hors-piste… C’est le député le plus borderline de l’Assemblée nationale. Donc, c’est d’une facilité déconcertante de faire rire nos contemporains avec lui. Est-il plus difficile de faire rire avec Éric Zemmour ? Oui, il est assez sérieux, mais je l’aborde sur le côté de sa séduction, puisqu’on le voit toujours en photo avec de jolies femmes, alors je prends cet angle-là. Je dis : « Ne vous y trompez pas ! Malgré son petit physique de petit ramoneur savoyard, Zemmour est un grand séducteur. Alors, faites attention, Mesdames, si vous croisez Zemmour. Ce n’est peut-être pas Strauss-Kahn ou JeanJacques Bourdin, mais peutêtre... Faites attention… » Les spectacles de chansonniers sont toujours à la mode et plaisent à toutes les générations. En ce moment, de jeunes chansonniers remplissent des salles en province avec 200 ou 300 personnes, un public d’une trentaine d’années… Oui, je crois que c’est dans la culture française. C’est l’héritage de la Révolution française et du côté contestataire des Français qui aiment leurs élus, mais, à peine élus, ils peuvent être brûlés par ceux qui les ont portés au pouvoir. C’est extrêmement français. Je crois que c’est dans nos gènes, dans notre histoire. C’est pour cette raison que les chansonniers ont toujours été extrêmement prisés du public. C’est presque un jeu de fléchettes. Les Français viennent assister à ce clouage au pilori de leurs hommes politiques. C’est très curieux, parce que les Français sont restés monarchistes, ils rêveraient d’avoir un souverain. Ils n’en ont plus, donc ils se vengent sur les hommes politiques. Ce qu’ils sont incapables de faire quand ils ont le pouvoir, ils savent ce qu’ils doivent faire dès qu’ils ne l’ont plus ! Après les avoir brûlés, on les regrette… Ils peuvent revenir ! Nous sommes l’un des seuls pays au monde où un homme politique qui a eu les pires ennuis, ou qui a connu les pires revers électoraux, peut revenir dans la course. Aux ÉtatsUnis, ce n’est pas le cas. On va s’en rendre compte avec Donald Trump et je ne pense pas qu’il puisse revenir. Mais, chez nous, ils peuvent revenir. On le voit très bien avec François Hollande. Malgré un quinquennat qui ne restera pas dans les annales de la République, il est tous les jours dans les médias pour expliquer à ses successeurs ce qu’ils doivent faire. Ce qu’ils sont incapables de faire quand ils ont le pouvoir, ils savent ce qu’ils doivent faire dès qu’ils ne l’ont plus ! C’est ce qui est très étonnant. François Hollande est une sorte de SVP permanent… (Suite page 22) On a eu une belle fournée de députés LR qui sont venus au théâtre et il y en a deux qui sont venus me dire après le spectacle : « Vous ne parlez pas de moi ! »

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