La Baule+

la baule+ 22 // Septembre 2023 Nautisme ► Entretien exclusif avec le navigateur baulois Sébastien Rogues : « Tous les gens qui atteignent leurs rêves sont des gens qui sortent de leur zone de confort. » Sébastien Rogues a été le plus jeune vainqueur de la Transat Jacques Vabre en Class40 en 2013, troisième de la Transat Jacques Vabre en 2019, vainqueur de la Transat Jacques Vabre en Ocean Fifty en 2021, et troisième de la Route du Rhum - Destination Guadeloupe en 2022. Avec de nombreux objectifs et la Route du Rhum en ligne de mire, le skipper baulois n’entend pas s’arrêter en si bon chemin. Le nouveau trimaran Ocean Fifty Primonial 2 de Sébastien Rogues a été livré le 17 août dernier. Il est visible au port de Pornichet où son équipe travaille à sa préparation, avant les premiers essais en mer et l’apprentissage studieux du maniement de ce nouveau bateau. L’enjeu, pour toute l’équipe de la Primonial Sailing Team, est donc l’optimisation très rapide de l’Ocean Fifty afin d’aller chercher le plus rapidement possible cette qualification impérative pour la Transat Jacques Vabre, dont le départ sera donné le 29 octobre au Havre en Normandie. La Baule + : Vous avez passé votre enfance auPays basque et ensuite à La Baule. Le fait de vivre au bord de l’Atlantique est-il à l’origine de cette passion pour la voile ? Sébastien Rogues : Il y a deux choses. D’abord, les valeurs transmises par mes parents. Mon père était sportif de haut niveau. Il a fait trois fois les Jeux Olympiques en faisant du hockey sur gazon pour l’équipe de France et il a su me transmettre cette passion de la compétition, c’est-à-dire faire les choses du mieux possible, de préférence avec un classement. Ensuite, en ce qui concerne la voile, j’ai découvert très tôt que le résultat de la compétition n’était pas simplement lié à des aspects sportifs. C’est la différence avec d’autres sports, notamment l’athlétisme ou le football, où le sportif n’est jugé que sur ses prestations sportives, alors que la voile est un savant mélange entre le sport et l’entreprise. La voile est un sport mécanique, on a besoin d’argent, il faut trouver des sponsors, on est aussi patron de PME... J’ai compris très jeune tout cela et c’est un équilibre parfait pour moi. S’il n’y avait que le sport, il manquerait quelque chose et, s’il n’y avait que l’entreprise, il manquerait quelque chose. La voile regroupe tout cela. N’est-ce pas un peu comme pour un général sur un champ de bataille ? Dans votre équipe, il y a un tacticien, un responsable météo, il faut savoir calculer sa course, être au bon moment au combat... D’habitude, on fait plutôt la comparaison avec un chef d’orchestre... Mais un commandant d’armée me va aussi. On n’a pas le choix, on incarne un rôle de leader, il faut un chef de file. J’ai la chance d’être entouré de spécialistes qui sont bien meilleurs que moi sur leurs sujets, mais ils ont besoin d’une vision, d’un cap et de quelqu’un qui gère un certain nombre de choses autour. C’est ce fonctionnement qui prime. La voile est un sport sain pour plusieurs raisons La voile reste un milieu très sain, avec des gens qui ont la tête sur les épaules. Le public éprouve à l’égard des grands navigateurs une forme de respect qui n’est pas le même que celui que l’on peut ressentir pour un grand sportif… On peut aussi nous comparer aux montagnards, parce que notre passion est adossée à quelque chose de bien plus puissant. Cette puissance, en l’occurrence l’océan et la nature, oblige à une humilité énorme. Le premier qui arrive en se pensant plus fort que ce qui l’entoure ne résiste pas très longtemps. Au final, nous vivons avec cette humilité. Je fais de la voile depuis que je suis tout petit. La nature m’a appris à devenir ce que je suis et je me rends compte que tous les gens qui naviguent un peu ont cette mentalité. La voile est un sport sain pour plusieurs raisons. Par exemple, le dopage est impossible, notamment en raison de la durée de la compétition : aucune substance ne peut nous aider à être meilleurs sur une durée de 20 ou 30 jours… Cela marche pour quelques heures quand on fait du vélo, du tennis ou du football, mais lorsque l’on part 70 jours pour faire le Vendée Globe, il n’y a évidemment aucun sujet. Ensuite, il n’y a aucun sujet d’argent. Si j’avais voulu bien gagner ma vie, je n’aurais pas fait la voile… On est très loin des problématiques que l’on peut rencontrer dans d’autres sports. Je ne me pose pas la question de savoir si je vais jouer en Arabie Saoudite l’année prochaine! C’est quelque chose d’important et il faut se battre pour garder cette simplicité. Cela ne veut pas dire que nos projets ne coûtent pas cher, parce que les bateaux sont très onéreux, mais nous devons garder les pieds sur terre. Peut-être que la voile a cette chance d’avoir des gens bien élevés qui gravitent autour. Chaque sport a son adepte type et j’ai rarement croisé des gens malsains dans le milieu de la voile. Je fais de la voile aussi pour cela. D’ailleurs, aujourd’hui, on nous reproche presque cela. Il y a un certain nombre de séries qui sont tournées sur notre milieu et on nous explique que nous sommes trop lisses. On ne va pas s’insulter, donc c’est forcément moins croustillant que de tourner une série sur d’autres sports. Je dois à tellement de personnes le fait d’être là, qu’il n’est pas question pour moi d’avoir la grosse tête. Je suis entouré de gens très performants, qui ont beaucoup de projets. Je suis unmanager et, si le manager fait bien son boulot, c’est probablement le plus mauvais de l’équipe ! Le travail d’un

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