Une augmentation de quelque 17 % en quatre ans ! Qui dit mieux ? Non, il ne s’agit pas des impôts. Du moins pas encore, parce que, à en croire certains dont on dit qu’ils seraient bien informés, un tel coup de Jarnac pourrait nous tomber dessus à plus ou moins brève échéance. Avec nos trois mille milliards de dettes officiellement « revendiquées », l’État, le gouvernement, en est réduit à chercher partout et jusque dans le moindre recoin des suppléments de ressources ou, mieux encore, des gisements nouveaux. Face à eux, donc, la bonne vieille quadrature du cercle : comment demander plus à l’impôt sans demander davantage au contribuable. Jusqu’alors, personne, nulle part au monde, n’y est vraiment parvenu. En conséquence, nous serions devant une très grande première et nous n’aurions d’autre parti à prendre que d’applaudir à tout rompre. Voilà qui serait en effet de nature à faire entrer pour de bon les locataires de l’Élysée et de Bercy dans l’Histoire. Ils en rêvent. Concrètement, jusqu’à ce jour, ils se sont limités à surtaxer ce qui l’était déjà, les billets d’avion de certains vols et les recettes fort coquettes des sociétés d’autoroute. Parallèlement, ils ont aussi tenté le coup d’en inventer de nouvelles, le contrôle technique des motocyclettes étant en la matière une assez jolie tentative. Pas sûr que l’affaire réussisse aussi facilement. Dommage, parce que sur la lancée, les enfiévrés de Bercy (autrefois, ce qu’on appelait la fièvre de Bercy était un attrait déraisonnable pour la picole. Aujourd’hui, ce serait une convoitise, non moins déraisonnable à certains égards, pour ce que nous avons dans nos poches). Sur leur lancée, disais-je, les enfiévrés de Bercy auraient beau jeu de nous pondre une obligation périodique de contrôle technique pour les déambulateurs. Cela juste après celui programmé pour les patins à roulettes et les trottinettes. Sans compter l’obligation (actuellement sous roche) de repasser la baule+ 26 // Septembre 2023 Humeur ► Le billet de Dominique Labarrière Au fil de l’eau tout ou partie du permis de conduire à période fixe, cela dès que nous aurions atteint l’âge très canonique de vingtsept ou vingt-huit ans. On le voit, les pistes ne manquent guère. Chacun pourra enjoliver son week-end en explorant les siennes propres. À mots à peine voilés, certains seconds couteaux de la sphère politique essaient de nous préparer à de telles ponctions. En quelque sorte, ceux-là distillent une manière d’avertissement. Mais ne nous méprenons pas : s’ils tiennent à nous avertir, ce n’est pas animés d’un élan d’exceptionnelle mansuétude, mais juste parce qu’« un homme averti en valant deux », ils peuvent espérer ponctionner deux fois le pauvre bougre ainsi dédoublé. Ai-je besoin de préciser que, surtout en ces domaines touchant à la fiscalité, la femme est un homme comme les autres ? Elle n’y échappera donc pas. Sacro-saint principe d’égalité oblige. Non, ce qui a connu l’augmentation spectaculaire de 17 % entre 2019 et 2023 n’est autre, en France, que le nombre de détenteurs de cartes de pêche âgés de moins de vingt-six ans. Les responsables de la fédération nationale évoquent « un phénomène énorme », du jamais vu. Plus étonnant encore, ce regain d’intérêt se manifeste, certes en milieu rural, mais plus encore en ville. Métropoles comprises. Cependant, comme il faut bien sacrifier à la détestable manie de chasser notre langue française au profit de l’anglo-saxonne, on parle alors de street fishing. Comme si « pêche de ville » ou « pêche de rue » ne faisait pas l’affaire ! Passons. Toujours est-il que cette évolution a de quoi surprendre, qui n’était nullement prévue par les études et officines autorisées. Ainsi, des jeunes, en nombre, se détourneraient enfin des écrans, parviendraient à rompre le sortilège de cette addiction, à se libérer de l’imperium des GAFAM ? Oui, plus nombreux seraient ceux qui, tournant physiquement et symboliquement le dos à la ville, à son agitation convulsive, à ses excès, à sa frénésie stressante, angoissante, consacreraient une part importante de leur temps à regarder le bouchon de liège courir au fil de l’eau. Dans le calme, le silence. Et, ce qui ne gâte rien, pour trois francs six sous ! Car ce bonheur si simple ne coûte pratiquement rien. Du moins pour l’instant. Il ne faudrait pas que Bercy se sente à présent une irrépressible vocation à ferrer également le pêcheur. En établissant une taxe à l’asticot, par exemple…
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