la baule+ 18 | Septembre 2024 La Baule+ : On nous répète depuis plusieurs décennies qu’il n’y a pas réellement de différences entre les hommes et les femmes, mais qu’un conditionnement éducatif et culturel incite les hommes à se comporter comme tels et les femmes comme telles. La science est-elle en train de démontrer l’inverse ? René Écochard : En effet, cette idée que tout serait culturel est très répandue. Elle est liée à la psychologie et à la sociologie des années 70. C’est une affaire assez ancienne, qui arrive maintenant en France après avoir parcouru l’Amérique, l’Australie et la Suède. Simone de Beauvoir avait dit que l’on ne naît pas femme, mais qu’on le devient et cela a parcouru les têtes des sociologues. C’était une hypothèse qui n’était pas du tout fondée sur la science ! Depuis vingt ans, la science étudie la différence entre les hommes et les femmes. Nous n’avons plus le droit, depuis 2005, de publier un article scientifique sans faire une colonne sur ce qu’il en est pour la femme et une autre colonne pour l’homme. Chaque jour, il y a de nouveaux articles qui nous disent que pour tel médicament, il est plus efficace chez l’homme que chez la femme, ou inversement. La tension artérielle n’est pas la même, le risque des maladies n’est pas le même, Alzheimer n’a pas la même fréquence... On découvre en permanence que ces gens, qui partaient peut-être d’une bonne intention, se sont trompés. Il y avait une bonne intention à l’origine, qui était de dire que l’on naît homme ou femme et que l’on développe cette masculinité ou cette féminité, progressiNeurologie ► Les différences entre les hommes et les femmes expliquées par la science René Écochard : « La sexuation a débuté il y a très longtemps dans le développement de l’univers. » Le professeur René Écochard, docteur en médecine, professeur à l’université Claude Bernard (Lyon I) est membre du laboratoire de Biostatistique-Santé de Lyon. Son dernier livre est le fruit de plusieurs années d’études sur le chromosome Y pour faire comprendre ce qui différencie sur le plan génétique les hommes et les femmes. Il avait déjà publié en 2022 un ouvrage intitulé « Homme, femme... ce que nous disent les neurosciences ». « Ce que l’homme doit à son chromosome Y : les révélations des neurosciences » du professeur René Ecochard est publié chez Artège. vement, grâce à la culture ou à l’éducation. En fait, les scientifiques sont allés à l’inverse des thèses wokistes selon lesquelles on ne doit plus faire de différences entre les hommes et les femmes… Il y a toujours un grand retard entre la recherche et la vie quotidienne. Les personnes qui diffusent ces idées les ont trouvées dans les textes de leurs formations philosophiques et sociologiques qui datent vraiment. Les travaux des scientifiques démontrent comment la génétique et l’épigénétique font de nous des hommes et des femmes, avec des potentiels différents. La biologie nous donne des forces particulières La vie n’est faite que de différences : il y a le courant positif et négatif avec l’électricité, il y a le chaud et le froid, le jour et la nuit, la viande et le poisson, les fruits et les légumes... comme il y a les hommes et les femmes… Cela veut dire que nous sommes complémentaires. La masculinité ne se comprend pas sans observer la féminité, et la féminité se comprend vraiment lorsqu’on la voit en relation avec la masculinité. Plus on va quitter la guerre des sexes, plus on va se dire que la biologie nous donne des forces particulières, plus on va pouvoir développer notre relation humaine et progresser dans notre rôle de parents ou dans nos relations au sein d’une entreprise. On ne peut se comprendre qu’en complémentarité. Les études scientifiques que vous avez menées visent à écarter toute opposition : personne n’est supérieur à l’autre et les hommes et les femmes sont simplement différents… C’est pour cela que votre comparaison avec le courant électrique est très juste: que ferait le plus s’il n’y avait pas le moins et que ferait le moins sans le plus ? La sexuation a débuté il y a très longtemps dans le développement de l’univers, il y a plus d’un milliard d’années, et il y a eu l’apparition des fleurs, qui sont totalement liées au masculin et au féminin. Il n’y a que quelques espèces qui ne sont pas d’emblée masculines ou féminines, comme les œufs de tortue. Toute la vie qui jaillit se fait dans la complémentarité entre le masculin et le féminin. Dans nos gènes, nous avons 23 paires de chromosomes et 22 ne sont pas liées au sexe… La paire de chromosomes qui est liée au sexe détermine tout… Nous avons une très grande humanité commune, 22 gènes communs, mais la nature a prévu que chacun de nous, dans chacune de nos cellules, ait une marque particulière qui va faire travailler chaque cellule de manière spécifique, grâce à cette 23e paire de chromosomes. Il y a plus de 2000 gènes qui travaillent différemment chez l’homme et chez la femme C’est donc cette 23e paire qui a une influence sur la couleur et la texture des cheveux, la voix, les traits de caractère… Oui, c’est assez impressionnant. Quand on analyse les cellules, par exemple la base des cheveux, la peau ou la voix, c’est grâce à la présence de cette 23e paire de chromosomes qui est comme un chef de chantier. L’ensemble des chromosomes va travailler sous les ordres de cette 23e paire. Dans l’amygdale du cerveau, il y a plus de 2000 gènes qui travaillent différemment chez l’homme et chez la femme, alors que le chromosome Y a moins de 100 gènes. Mais c’est un chef de chantier. Il fait travailler les autres chromosomes de la cellule, de manière à ce que cela convienne pour un homme. À l’inverse, le deuxième X de la femme fait travailler l’ensemble des chromosomes de la cellule de la femme pour que cellesci soient optimales pour une femme. Il n’y a pas de gène de l’homosexualité Évoquons maintenant deux sujets bien distincts : homosexualité et transgenre. D’abord, l’homosexualité existant depuis la nuit des temps, peut-on penser que c’est simplement un plaisir personnel qui n’a rien à voir avec cette affaire de chromosomes ? À l’inverse, la transidentité est-elle quelque chose qui fait que l’on peut réellement se sentir femme en naissant avec un corps
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