la baule+ 22 | Septembre 2024 Cinéma ► Rencontre avec le réalisateur et producteur à La Baule Claude Lelouch : « Tout ce que j’ai réussi dans ma vie, je l’ai d’abord raté. » Claude Lelouch est l’auteur de 51 films et il envisage d’en réaliser un 52e ! Nous l’avons rencontré à La Baule à l’occasion du Festival de cinéma et musique de film, dont il était l’invité d’honneur. Dans cet entretien, Claude Lelouch évoque également son prochain film, « Finalement », qui sortira le 13 novembre prochain. La Baule+ : Votre cinéma est aussi le fruit de l’observation des comportements humains. Si, dans quelque temps, on devait analyser la sociologie française des années 60 à maintenant, il faudrait visionner vos films pour comprendre la manière de penser de ces décennies… Claude Lelouch : Cela me fait plaisir que vous disiez cela, parce que j’ai vraiment le sentiment d’avoir été le reporter de mon temps. J’ai commencé comme journaliste. J’avais 20 ans. J’avais une caméra, j’ai fait le tour du monde et je me suis aperçu très vite que j’étais très curieux. Au départ, on m’a dit que c’était un vilain défaut mais, pour moi, c’était ma qualité principale car tout m’intéresse. J’aimais la vie et j’avais envie de la faire aimer aux autres. C’est très dur d’aimer la vie, parce qu’elle est très contradictoire. Elle peut être d’une cruauté terrible. Mais j’ai aussi compris que tout cela, tout ce qui nous arrivait, c’était pour notre bien, même si cela nous faisait du mal sur le moment. Tout ce qui m’a fait du mal m’a fait du bien. Tout ce que j’ai réussi dans ma vie, je l’ai d’abord raté, et mes échecs m’ont plus fait grandir que mes succès. Je suis un observateur et tout ce que j’ai filmé, je l’ai vu ou entendu. Je crois vraiment avoir entendu dans la réalité tous les dialogues de mes films. Les idées sont dans l’air et elles viennent se planter chez moi. Finalement, les idées se plantent dans des jardins très différents. Une idée, c’est beaucoup de travail et les idées se plantent généralement chez les gens qui ont le goût du travail. Aux innocents les mains pleines. Je n’ai pas très vite compris comment les choses venaient à moi, mais j’ai un défaut : je ne sais pas garder un secret. Je n’aurais pas pu être espion. Dès que je découvre quelque chose, j’ai envie de le partager avec le monde entier et le cinéma est un média extraordinaire pour partager des secrets avec le public. Je suis curieux du genre humain. Le genre humain me fascine. Je pense que c’est la dernière invention du grand metteur en scène, celui qui a inventé la Terre, les arts, ou les animaux. Un jour, il s’est dit qu’il allait créer un animal doué d’intelligence et de réflexion… J’ai une préférence pour les cons, parce qu’ils sont plus photogéniques et c’est avec eux que l’on fait les grands succès Il paraît qu’il s’est trompé et qu’il a dû remettre les compteurs à zéro avec Adam et Ève… Oui, sa plus belle invention n’est pas au point, c’est bien cela le problème. C’est parce que son invention n’est pas au point qu’elle est vraiment fascinante. J’aime tout et c’est mon gros défaut. J’aime le chaud, j’aime le froid, j’aime la mer, la campagne, la montagne, les gens intelligents... Mais j’ai une préférence pour les cons, parce qu’ils sont plus photogéniques et c’est avec eux que l’on fait les grands succès. En nourriture, j’aime tout. Je ne m’interdis rien, j’ai goûté à tous les parfums. Je suis vraiment un reporter de la vie et je n’ai peur de rien quand je suis derrière ma caméra. Mes films sont le résultat de tout cela et c’est pourquoi j’ai été le témoin de mon temps, des années 60 à aujourd’hui, y compris des clivages politiques et sociologiques. Dans les années 60, il y avait cette bataille entre les gauchistes et les gens de droite. On pourrait croire que c’est démodé, or on retrouve les mêmes sous d’autres appellations… Bien sûr ! Je pense que « L’aventure c’est l’aventure » est un film qui devrait sortir aujourd’hui. La confusion dans la clarté, c’est ma réponse aux événements de 68. J’avais arrêté le Festival de Cannes avec mes camarades et j’ai bien compris que c’était une cour de récréation. Tout le monde était dans la confusion la plus totale, comme aujourd’hui. Aujourd’hui, nous sommes dans une crise de confusion totale aussi. Comme je suis un adepte du positif, je fais des films. Je n’aime pas les films qui se terminent mal ou les films qui se terminent bien, j’adore les films où il y a de l’espoir. L’espoir, c’est un acompte sur le bonheur et, avec un acompte sur le bonheur, on peut déjà y goûter un tout petit peu. J’essaye aussi de faire des films du milieu. Les films d’auteur sont un peu chiants et les films trop populaires sont un peu trop en dessous de la ceinture. Donc, j’essaie de faire des films populaires dans lesquels on a envie de discuter sérieusement de temps en temps. J’ai plus appris de choses dans les cours de récréation que dans les salles de classe. Un film doit être une cour de récréation Comme beaucoup d’entre nous, d’ailleurs… C’est pour cela qu’un film doit être une cour de récréation. Un film doit être une cour de récréation et, quand la cour de récréation est réussie, on peut balancer deux ou trois certitudes ou idées plus importantes que d’autres.
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