la baule+ 14 | Juillet 2025 Guerre ► Un Baulois nous permet de comprendre les dessous de la guerre entre Israël et l’Iran Jean-René Belliard : « Il faut se méfier de l’idéologie occidentale quand on regarde le Moyen-Orient. » Jean-René Belliard est un spécialiste reconnu du Moyen-Orient. Il a publié de longues enquêtes pour « La Tribune de Genève » et il a même vécu en Iran et au Liban. Ce Baulois parle une dizaine de langues, notamment le russe, l’arabe, le persan et le chinois. Dans son dernier livre, il analyse le conflit que se livrent depuis des années Israël et le Hezbollah. « Hezbollah – Israël : une guerre sans limites » de Jean-René Belliard est publié aux Éditions du Nouveau Monde. Le gouvernement libanais ne pouvait rien faire sans le Hezbollah, tout comme l’armée libanaise La Baule+ : Quelles raisons vous ont amené à traiter le rôle du Hezbollah face à Israël, et pas celui du Hamas ? Jean-René Belliard : Le Hezbollah est le bras armé de l’Iran au Liban. Donc, on doit parler de l’Iran, mais on doit aussi parler de la Syrie car, jusqu’à la chute de Bachar el-Assad, le Hezbollah était armé sur les stocks de l’armée syrienne. Longtemps, c’étaient des armes soviétiques, puis des armes iraniennes. Je parle moins du Hamas dans mon livre parce que depuis le 7 octobre 2023, il y a les bombardements inouïs que l’on connaît, mais ce n’est pas la force dominante au MoyenOrient. C’est uniquement une force régionale, basée à Gaza, alors qu’Israël est engagé dans un conflit avec l’ensemble du monde chiite et un certain nombre de pays sunnites. C’est donc cet aspect international qui m’intéresse. Jusqu’à la défaite du Hezbollah, en décembre 2024, le gouvernement libanais ne pouvait rien faire sans le Hezbollah, tout comme l’armée libanaise. À cela s’ajoutent les milices irakiennes chiites, qui sont totalement inféodées à l’Iran, et certaines utilisent même le terme de Hezbollah. Enfin, il y a la communauté Houthi chiite au Yémen, aussi armée et financée par l’Iran, mais organisée par le Hezbollah libanais. Le Hezbollah et le Hamas sont considérés comme des organisations terroristes par de nombreux pays occidentaux. Je me souviens d’un contrôle routier du Hezbollah dans une montagne libanaise : c’était une intervention classique, comme un gendarme normal le ferait en France, alors que le Hamas ne se comporterait pas de la même façon… Tout à fait. Le Hamas contrôle Gaza et, jusqu’en décembre 2024, le Hezbollah contrôlait effectivement tout le Liban. Si vous aviez un barrage du Hezbollah, il y avait sans doute des militaires libanais pas très loin, mais ils n’avaient pas leur mot à dire. C’est un peu comme à la frontière syrienne. Lorsque l’on demandait aux militaires libanais ou syriens de faire passer un véhicule du Hezbollah, ils se taisaient et ils ne contrôlaient même pas les passeports. Moi-même, j’ai été plusieurs fois contrôlé par le Hezbollah et ils voulaient toujours savoir ce que je faisais sur place. Vous avez de plus en plus d’éléments djihadistes en provenance d’Ouzbékistan, d’Afghanistan, mais aussi des Ouïghours chinois Depuis la fameuse opération israélienne, avec l’explosion des bipeurs des cadres du Hezbollah, en septembre 2024, peut-on penser que l’organisation se soit effondrée ? 80 % du management du Hezbollah a été éliminé, dont Hassan Nasrallah. Au Moyen-Orient, lorsque le leader charismatique disparaît, l’organisation a du mal à s’en remettre. Ensuite, il y a eu la chute de Bachar el-Assad par les milices islamistes et le Hezbollah n’a plus cette voie d’approvisionnement à partir de l’Irak et de l’Iran. Maintenant, tout dépend de la capacité du nouveau président syrien, Ahmed al-Charaa, à contrôler ses troupes et désarmer les milices. Au Liban, personne n’a réussi à désarmer le Hezbollah. Du coup, les milices chrétiennes ont pu conserver un certain nombre d’armements dans les fonds de cave. En Syrie, on ne désarme pas les milices. Vous avez de plus en plus d’éléments djihadistes en provenance d’Ouzbékistan, d’Afghanistan, mais aussi des Ouïghours chinois, qui ont conservé leur autonomie d’action et ils ont toujours pour objectif d’imposer la charia à la population syrienne. Évidemment, les alaouites, qui étaient de la religion de Bachar el-Assad, ont commis pas mal d’atrocités et ils sont aujourd’hui en difficulté. Il y a eu des massacres au début de l’année contre la communauté chrétienne et contre la communauté alaouite, et les Druzes ont voulu prendre un peu de distance avec le pouvoir islamiste de Damas. Les Kurdes voulaient signer un accord, mais ils ont aujourd’hui fait complètement marche arrière.
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