La Baule+

la baule+ 28 | Juillet 2025 Théâtre ► Seul un grand génie de la scène pouvait transmettre cette passion Fabrice Luchini : « Pourquoi n’y a-t-il pas beaucoup de Victor Hugo ? Parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui supportent le tourment et les questions métaphysiques. » C’est à l’hommage d’un très grand artiste de la scène française à Victor Hugo qu’assistera le public baulois le 11 août prochain. Celui d’un homme passionné par le « génie français » qui seul pouvait insuffler cette ferveur à travers un tour de force : un spectacle seul en scène, de presque deux heures, où il n’est question que de Victor Hugo, encensé par Baudelaire et salué par Péguy. Fabrice Luchini n’avait pas prévu de venir à La Baule. Toutefois, comme il nous l’a confirmé, c’est parce que Corinne Denuet, directrice générale d’Atlantia, lui a demandé d’y présenter son spectacle cet été, qu’il a accepté de faire ce détour alors qu’il comptait rester sur les bords de la Méditerranée. Il a accordé un entretien exclusif à Yannick Urrien pour La Baule+ et Kernews. « Fabrice Luchini lit Victor Hugo », lundi 11 août à 20h au Palais des Congrès Atlantia Jacques Chirac de La Baule. La Baule+ : Vous allez présenter votre spectacle « Fabrice Luchini lit Victor Hugo » le lundi 11 août à La Baule. Il est à noter que vous aviez commencé à Paris dans une salle d’une centaine de personnes. Puis, en raison du succès, dans une salle de 600 personnes. Et vous allez vous retrouver à La Baule devant plus de 1000 spectateurs… Fabrice Luchini : Exactement. J’ai commencé, en pensant que ce serait un peu exigeant, dans une salle d’une centaine de personnes, Le Petit Saint-Martin, une salle de 180 places. Un an plus tard, j’étais dans le même théâtre, plus dans la petite salle, mais dans le grand théâtre, avec plus de 1080 personnes. J’ai fait six théâtres. C’est un spectacle qui a dépassé mes prévisions. Ce n’est quand même pas rien! Ce n’est pas le grand Hugo lyrique, c’est un Hugo au moment où il est accablé par l’épreuve de la mort horrible de sa fille, qu’il apprend en rentrant des Pyrénées. Il arrive dans un café et Juliette Drouet lui donne un journal… Un Hugo dramatique qui va transformer cette douleur par le fait qu’il va écrire, il va tomber amoureux, et les événements politiques vont l’entraîner à l’exil... Juliette était sa maîtresse… Oui, Léopoldine est morte le 4 septembre 1843 et, à ce moment-là, il est en voyage avec Juliette Drouet. Ils remontent tranquillement vers Paris. Ils font une pause à l’île d’Oléron, parce qu’il voulait découvrir cette île, qu’il n’a finalement pas beaucoup appréciée et, quelques jours plus tard, ils décident de remonter vers Paris. Il fait très chaud, la diligence doit bientôt partir, ils doivent attendre encore cinq heures. Juliette Drouet lui propose d’aller dans un café pour lire les journaux. Elle a à peine le temps de voir un titre, que le pauvre Victor Hugo la regarde en lui disant : « Voilà qui est horrible ! ». On est sûr qu’il a dit cela à Juliette Drouet. Le titre du journal était : « La fille du grand poète est morte noyée ». Il ne le savait pas et c’est le début de l’horreur. Ensuite, c’est la remontée vers Paris. J’ai pris cette option d’un Hugo dramatique qui va transformer cette douleur par le fait qu’il va écrire, il va tomber amoureux, et les événements politiques vont l’entraîner à l’exil. Le spectacle part de ce moment. On évoque très rapidement les événements politiques, et c’est l’exil. J’ai eu beaucoup de chance dans ma vie avec Céline, Flaubert, Paul Valéry, mais là j’ai vécu quelque chose d’un peu à part. La critique, de gauche et de droite, a été excellente. Le Monde a fait une page complètement démente dans la vie d’un acteur. On en a une comme ça une fois dans sa vie ! Le Figaro l’a aussi couvert, comme tous les journaux. Pour la première fois, j’ai eu le public et toute la presse. J’ai fini le mois dernier à la Porte-Saint-Martin et je vais reprendre début octobre aux Bouffes Parisiens, puis à L’Atelier, parce que je suis obligé d’ouvrir deux théâtres, puisque tout est plein jusqu’en mars. Je sais qu’il reste seulement quelques places à La Baule, mais Corinne Denuet m’a dit qu’elle était débordée ! Si vous dites trois noms aux Français, c’est La Fontaine, Molière et Hugo Ce n’est pas une question de vanité. C’est clair : si vous dites trois noms aux Français, c’est La Fontaine, Molière et Hugo. Ce sont les trois piliers de ce qu’est le génie français. Ils n’ont rien à voir les uns avec les autres. La Fontaine a plus à voir avec Molière, mais ce n’est pas pareil, et le XVIIe siècle n’a rien à voir avec le XIXe siècle. Mais cela veut dire qu’en France - c’est vrai que les jeunes ne lisent plus, ils ne regardent que des films américains - on est dans un espace minoritaire, parce qu’il ne faut pas croire que l’on est majoritaire. Je joue depuis deux ans, ce spectacle a été vu par 100 000 personnes, ce n’est pas un match de football. Lorsque de grandes stars de la chanson débarquent, 30 000 places sont vendues en une heure. Nous ne pouvons pas nous vanter, mais en même temps, on doit reconnaître que cela fonctionne. La détermination de Corinne a été telle, qu’elle a su trouver les mots Pourquoi venez-vous présenter votre spectacle à La Baule ? Parce que j’aime beaucoup Photo : Stéphanie Guertin

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