la baule+ Juillet 2025 | 29 Corinne Denuet, la directrice générale d’Atlantia. Elle a une énergie, une grâce, une vitalité et une passion. Je devais partir faire cette tournée dans le Midi et, après, je tourne un autre film. Donc, je n’avais pas précisément la possibilité de venir. Mais la détermination de Corinne a été telle, qu’elle a su trouver les mots. Et me voilà chez vous. Je vous avais dit il y a quelques années, dans votre journal, que La Baule est une incarnation baudelairienne, parce que tout n’est qu’ordre et beauté, mais aussi luxe, calme et volupté. Pour préparer ces textes, vous êtes-vous inspiré uniquement des écrits de Victor Hugo ou également de ceux de Juliette Drouet, qui tenait un carnet ? J’ai tout lu, j’ai construit tout cela. J’ai aussi eu la chance d’avoir rencontré une femme, qui nous a quittés beaucoup trop tôt, Sophie Fillières, qui m’a donné l’idée du début du spectacle. Après, j’avais une obsession sur la préface des Contemplations, que je trouve sublime. C’est grâce à ce succès énorme qu’il a pu acheter sa maison à Guernesey. Cette préface commence par : «Si un auteur pouvait avoir quelques droits d’influer sur la disposition d’esprit des lecteurs qui ouvrent son livre, l’auteur des Contemplations se bornerait à dire ceci : ce livre doit être lu comme on lirait le livre d’un mort. » Il y a 25 années dans ces deux volumes. L’auteur a laissé ce livre se faire en lui. Il veut mourir après la mort de sa fille, il ne veut plus vivre. Après, il y a la renaissance par l’écriture et par les événements politiques. Il est condamné à mort et il doit quitter la France, puisqu’il est parti plus de 19 ans. C’est presque 20 ans hors de notre terre : 1 an en Belgique, 3 ans à Jersey et 15 ans à Guernesey. Après tous ces poèmes, je dis les chefs-d’œuvre sur sa fille : « Oh ! je fus comme fou dans le premier moment, hélas ! Et je pleurai trois jours amèrement. Vous tous à qui Dieu prit votre chère espérance, pères, mères, dont l’âme a souffert ma souffrance, tout ce que j’éprouvais, l’avez-vous éprouvé ? Je voulais me briser le front sur le pavé ; puis je me révoltais, et, par moments, terrible, je fixais mes regards sur cette chose horrible, et je n’y croyais pas, et je m’écriais : non ! Est-ce que Dieu permet de ces malheurs sans nom qui font que dans le cœur le désespoir se lève ? Il me semblait que tout n’était qu’un affreux rêve, qu’elle ne pouvait pas m’avoir ainsi quitté, que je l’entendais rire en la chambre à côté, que c’était impossible enfin qu’elle fût morte, et que j’allais la voir entrer par cette porte ! Oh ! que de fois j’ai dit : Silence ! Elle a parlé ! Tenez ! Voici le bruit de sa main sur la clé ! Attendez ! Elle vient ! Laissez-moi, que j’écoute ! Car elle est quelque part dans la maison sans doute ! » (Suite page 30)
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