La Baule+

la baule+ Juillet 2025 | 31 Il était poursuivi par des femmes qui lui envoyaient des mots. Il avait un tempérament totalement démesuré et il adorait les femmes. C’était un mystique, un charnel, un dessinateur de génie... Un personnage complexe. Ma lecture montre un Victor Hugo avec son génie poétique. Il y a un troisième Victor Hugo dont on parle moins : il éprouvait une forte attirance pour la spiritualité, mais il était aussi anticlérical. Et il y a toutes ces séances de spiritisme à Jersey… C’est dans mon spectacle. Il a beau ne pas être baptisé, Dieu est sa grande affaire, comme l’âme et les choses invisibles. Victor Hugo dit à un moment : « Le souvenir, c’est la présence invisible ». Je pense à mon ami Philippe Labro qui nous a quittés il y a quelques semaines. C’est une phrase qui m’obsède beaucoup car, quand les gens nous quittent, il reste le souvenir. Pour Victor Hugo, le souvenir, c’est la présence invisible. Hugo n’a qu’une relation, c’est avec Dieu, peu importe qu’il ait été baptisé ou non. Il y a des curés qui viennent me voir et qui me disent : « Il n’a pas été baptisé». Mais en même temps, il est obsédé par Dieu parce qu’il se demande comment Dieu a pu lui donner une telle épreuve. Il pose la question à Dieu : « Tu t’en fous, tu m’as pris ce que j’avais de plus beau. » Les artistes de cette dimension ne cherchent pas de bonnes vacances sympathiques, avec l’apéro Victor Hugo aurait-il été Victor Hugo si Dieu ne lui avait pas donné cette épreuve ? Il était déjà bien parti, mais il est très difficile de vous répondre, évidemment. Les artistes de cette dimension ne cherchent pas de bonnes vacances sympathiques, avec l’apéro. Ce sont des gens tourmentés, assez malheureux. Pourquoi il n’y a-t-il pas beaucoup de Victor Hugo ? Parce qu’il n’y a pas beaucoup de gens qui supportent le tourment et les questions métaphysiques. Il faut supporter les épreuves et les horreurs de la vie quand elle est douloureuse. Dans la préface, il dit une phrase extraordinaire : «Qu’est-ce que les contemplations ? C’est ce que l’on pourrait appeler les mémoires d’une âme, ce sont toutes les impressions, tous les souvenirs, toutes les réalités, tous les fantômes. Une destinée est écrite là jour à jour. Est-ce donc la vie d’un homme ? Oui, et la vie des autres hommes aussi. Nul de nous n’a l’honneur d’avoir une vie qui soit à lui. Ma vie est la vôtre, votre vie est la mienne, vous vivez ce que je vis ; la destinée est une. Prenez donc ce miroir, et regardez-vous-y. On se plaint quelquefois des écrivains qui disent moi. Parlez-nous de nous, leur criet-on. Hélas ! quand je vous parle de moi, je vous parle de vous. Comment ne le sentez-vous pas ? Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi. » Le désespoir est parfois salvateur, c’est aussi une source et une force de créativité. Le tourment peut être parfois magnifique… Oui, il est aussi douloureux, pénible… C’est l’inverse de l’apéro sur la plage de La Baule... Je suis incapable de cela. Je les admire, ah, je les admire, ces gens qui prennent l’apéro sur la plage. Il faut une force de vie, une bonne humeur ! Propos recueillis par Yannick Urrien. Fabrice Luchini : « Ah, je les admire, ces gens qui prennent l’apéro sur la plage ! »

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