la baule+ 34 | Juillet 2025 Culture ► L’incontournable violoncelliste en concert à La Baule François Salque : « Il y a l’éternelle admiration que Brahms vouait à Beethoven et l’éternelle admiration que Beethoven vouait à Bach. » François Salque, ancien élève du Conservatoire de Paris et de l’Université de Yale, est l’un des violoncellistes les plus réputés et il a joué dans le monde entier. Il est également enseignant à la Haute École de musique de Lausanne et au Conservatoire de Paris. À l’occasion de sa venue à La Baule, il a accordé un entretien exclusif à Yannick Urrien pour évoquer les « Trois grands B ». La Baule+ : Que représentent pour vous les Rencontres musicales de La Baule ? François Salque : La Baule, c’est une longue histoire. J’y joue depuis plus de trente ans. Autrefois, il y avait un petit festival. On organisait des concerts de musique de chambre, mais aussi des concerts ouverts à l’improvisation, des musiques du monde, ainsi que de la musique issue de différentes écoles de jazz. Il y avait une session au printemps et une autre en été. Cette fois-ci, c’est vraiment autre chose. C’est un festival grandiose et très ambitieux, avec des centaines et des centaines de spectateurs qui sont de plus en plus nombreux. L’équipe du précédent festival était vraiment heureuse de rejoindre Georges Zeisel dans ce magnifique projet et le public vient maintenant de très loin. Vous allez rendre hommage aux Trois grands B : par ordre chronologique, Bach, Beethoven loncelle. Il prend parfois le rôle de la guitare. C’est un peu l’objet du projet autour du violoncelle fou, Loco Cello, le 17 juillet, lors du concert de clôture. Nous allons partager ce concert avec Biréli Lagrène, qui est une légende vivante de la guitare. Je crois que c’est la première fois qu’il vient jouer à La Baule. Le violoncelle peut murmurer, comme déployer un son extrêmement large. C’est l’un des instruments à cordes les plus polyvalents Le violoncelle est capable d’accompagner toutes les musiques… Sa tessiture est très grande. Il peut descendre dans l’extrême grave et monter dans le suraigu. La diversité du timbre est assez incroyable, tout comme les dynamiques. Le violoncelle peut murmurer, comme déployer un son extrêmement large. C’est l’un des instruments à cordes les plus polyvalents. C’est la raison pour laquelle il existe de nombreux orchestres de violoncelle. C’est un véritable orchestre symphonique aux mille couleurs. Il y a eu une période de marginalisation du violoncelle, qui a parfois été considéré comme désuet. Puis on a vu apparaître des groupes très modernes qui ont standardisé le violoncelle sur des musiques modernes, parfois même du disco. Quand il y a un ensemble comme le Rondo Veneziano, s’agit-il pour vous d’un sacrilège, ou pensez-vous que c’est un merveilleux moyen de démocratiser cet instrument ? C’est très bien, cela montre toute cette polyvalence du violoncelle. Certains de mes élèves font une grande carrière dans cette polyvalence. Il y a parfois même des musiques orientales et évidemment les différentes écoles du jazz, dont celui de Django Reinhardt. C’est quelque chose que j’encourage, y compris dans la création contemporaine. C’est un instrument ancien et moderne. Vous avez raison de dire que cet instrument a été écarté un certain moment. Il y avait cette lutte entre la viole de gambe et le violoncelle, qui est un instrument plus populaire, mais aussi plus difficile à jouer. À l’époque, la pédagogie n’était pas aussi développée que maintenant. Beethoven est le premier compositeur majeur à exploiter toutes les ressources techniques émotionnelles du violoncelle. Au XVIIIe siècle, le violoncelle a vraiment été mis à l’honneur. Dans le cadre de ce festival, il y aura des représentations sur différents sites, notamment l’amphithéâtre des Dryades. Mais votre concert aura lieu à l’église Sainte-Thérèse. Pour rassembler les Trois grands B, il ne pouvait donc y avoir que la solennité d’une église... C’est vrai que l’église Sainte-Thérèse offre une acoustique généreuse et précise. Elle est très grande, mais très conviviale aussi, parce que les auditeurs sont en arc de cercle. Elle offre également une estrade naturelle. Les auditeurs reçoivent un son ample et précis, tout en voyant le jeu de main des archers. Cet aspect visuel est aussi important. Je vais avoir plus d’affinités avec Brahms, qui est le compositeur le plus universel Une question personnelle : lequel de ces Trois grands B vous ressemble le plus ? Plus on avance dans le temps, plus on se rapproche du compositeur. Je vais avoir plus d’affinités avec Brahms, qui est le compositeur le plus universel. Vous auriez pu répondre que plus on avance dans le temps, plus on se rapproche de Bach et de la passion divine… Cela aurait pu être une autre réponse ! Quand on veut faire de la musique entre amis, Brahms vient naturellement. Il aimait les interprètes et c’est quelque chose qui se ressent. Même quand c’est du quatuor à cordes, chaque partie prise isolément est extrêmement belle. C’est un miracle que les parties soient aussi cohérentes de manière individuelle et aussi merveilleuses quand on les met ensemble. C’est la magie de cet été culturel à La Baule : vous allez rendre hommage à Brahms et, un mois plus tard, Fabrice Luchini va rendre hommage à Victor Hugo qui était aussi un contemporain de Brahms… La boucle est bouclée ! Propos recueillis par Yannick Urrien. et Brahms. On comprend ce qui peut les unir, l’âme et la spiritualité… Il y a aussi l’éternelle admiration que Brahms vouait à Beethoven et l’éternelle admiration que Beethoven vouait à Bach. Il y a forcément des liens dans la construction et dans les formes. Bach a établi des règles sur les enchaînements harmoniques, sur les contrepoints et sur l’équilibre des voix, et cette perfection a été largement reprise par Beethoven et Brahms. Ce titre sur les Trois grands B nous permet d’offrir des chefs-d’œuvre, au-delà des liens qui les unissent. On a choisi la Sonate opus 69 de Beethoven pour violoncelle et piano. C’est probablement l’œuvre romantique la plus jouée au monde. C’est la même chose pour l’opus 62 de Brahms, une œuvre tardive, de grande maturité, qui sublime tous les instruments dans leur lyrisme. En introduction, il y aura les célèbres variations Goldberg que Bach lui-même reconnaissait comme être son plus grand chef-d’œuvre. Ce sont des variations extraordinaires, qui présentent une immense unité. Ce qui est très original, c’est que ce n’est pas la version pour clavier écrite par Bach, mais une version pour trio à cordes réalisée beaucoup plus tardivement. Glisser sur une corde avec des doigts, c’est un peu plus difficile que d’appuyer sur les touches d’un piano. C’est un vrai défi que vont relever les jeunes solistes du festival. Lorsque j’ai vu au programme les noms de Bach, Beethoven et Brahms, j’ai immédiatement pensé à Gabriel Fauré qui serait une suite logique sur le plan musical et chronologique… Gabriel Fauré n’est pas absent et il sera à l’honneur pour le concert carte blanche à Iris Scialom. J’ai eu l’honneur d’enregistrer l’intégrale de la musique de chambre de Gabriel Fauré. C’est vrai, il y a des liens. Il admirait énormément Bach, Beethoven et Brahms. On retrouve des liens dans cette complexité harmonique, cette maîtrise des différents accords et l’enchaînement des tonalités et la densité harmonique. Il y a forcément des points communs. Parlez-nous de votre art, celui du violoncelle que vous enseignez… C’est un instrument très polyvalent. Beaucoup de mes groupes favoris exploitent toutes les ressources du vioPhoto : Tavernier
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