La Baule+

la baule+ Juin 2025 | 15 hommes les plus influents au monde. Or, on oublie souvent que la diplomatie du Vatican a une influence considérable sur des résolutions de conflits ou de guerres… Vous soulignez un point extrêmement important. Les cardinaux ne disent pas pour qui ils ont voté, mais on observe un assentiment très général. Ils recherchaient un profil particulier : celui d’un homme capable d’avoir une parole sereine dans un contexte international complètement chaotique. Je pense que nous serons étonnés par la force de cet homme discret et très spirituel. Dans sa première prise de parole, le mot paix est revenu en boucle, il a commencé en évoquant l’Ukraine et la bande de Gaza. Ceux qui pourraient douter de cette influence douce du Vatican dans les relations internationales pourraient revenir à cette photo qui a fait plusieurs fois le tour du monde, celle où l’on voit Monsieur Trump et Monsieur Zelensky qui se parlent, non pas dans un grand hôtel ou dans une ambassade, mais dans la basilique Saint-Pierre vide, au moment des funérailles du pape François. Ces hommes avaient du mal à se comprendre, mais on sait que cette entrevue a été un tournant pour une possible déclaration de paix. Le Vatican est capable de créer les conditions favorables pour que des ennemis se parlent et se rencontrent D’ailleurs, sur cette diplomatie secrète du Vatican, on sait que le pape François avait des liens très forts avec l’Azerbaïdjan, pays musulman et laïc, et qu’il a fait beaucoup de choses en faveur de la protection des lieux de culte et des populations chrétiennes d’Arménie. Il a fait en sorte qu’il y ait un apaisement de la part des gouvernements de ces deux pays… C’est très important. Au-delà même du pape Léon XIV, dans le leitmotiv du SaintSiège, il y a toujours cette volonté de rétablir les relations diplomatiques quand elles sont rompues, toujours en jouant les bons offices. Le Saint-Siège ne vient pas avec un plan de paix, ce n’est pas possible, mais le Vatican est capable de créer les conditions favorables pour que des ennemis se parlent et se rencontrent. Vous soulignez aussi à juste titre la question de la liberté religieuse qui est très précieuse pour le Saint-Siège. Il faut avoir la capacité de se tourner vers Dieu sans être inquiété, exécuté ou mis en prison. L’exemple que vous prenez avec l’Arménie est extrêmement important, mais il y a beaucoup d’endroits sur la planète où le Saint-Siège travaille en coulisses pour la liberté religieuse. Encore faut-il avoir un interlocuteur dans l’autre camp : par exemple, le Roi Mohammed VI pourrait-il être un interlocuteur en tant que Commandeur des croyants ? Avec le monde musulman, François a souvent pris au mot les responsables musulmans, en leur disant qu’il est impossible qu’un homme qui prétend parler au nom de Dieu puisse utiliser la violence. Le pape François, comme jadis Benoît XVI, avait tenté de le faire en embarquant une frange de responsables religieux musulmans, chiites ou sunnites sur la voie de la paix et de la fraternité, pour les désolidariser des membres les plus radicaux qui ont une lecture absolument littérale du Coran. Quand la lecture du Coran est littérale, cela donne malheureusement des crimes et des massacres. Finalement, Léon XIV aura à cœur de chercher les hommes de bonne volonté, qui évidemment ne croient pas dans le Dieu des chrétiens, mais qui savent par instinct que la violence ne peut pas être la grammaire de Dieu. (Suite page 16) « Tout le monde a été déjoué dans cette affaire. Finalement, j’y vois le doigt de Dieu...»

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