La Baule+

la baule+ 24 | Juin 2025 Georges Zeisel : « Quand il y a de la belle musique, les oiseaux écoutent et ne chantent plus. » Georges Zeisel est compositeur, réalisateur artistique, critique musical et journaliste. Il a notamment travaillé pour Diapason, France Musique, France Culture, Arte et Le Monde de la musique. Il est également le fondateur de l’association ProQuartet. Il y a deux ans, avec le concours de lamunicipalité, il a lancé les Rencontres musicales de La Baule, dont la prochaine édition se déroulera du 9 au 17 juillet. Georges Zeiseil nous a reçus chez lui, face au Bois des Aulnes, afin d’évoquer sa passion pour la musique. Musique ► Entretien avec l’historien de la musique classique et directeur artistique des Rencontres musicales de La Baule La Baule+ : La musique et vous, ce n’est pas simplement votre métier, c’est fusionnel… Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? Georges Zeisel : J’ai commencé comme critique à la fin des années 70, en étant aussi spécialisé dans les enregistrements historiques, notamment de grands chefs d’orchestre ou de grands solistes des années 30 ou 40. Je produisais une émission sur France Musique pour justement présenter ces vieilles cires, ces grands concerts d’archives. C’était une émission très écoutée par les collectionneurs. Pour cela, je suis allé chercher des concerts d’archives dans toutes les grandes radios européennes et américaines. J’ai notamment pu découvrir des concerts inédits de Toscanini enregistrés à la fin des années 40. Au fur et à mesure, mes goûts de collectionneur se sont élargis. Je suis devenu producteur et je me suis intéressé à la musique de chambre, particulièrement à son aspect historique. J’ai contribué à une grande exposition, à Beaubourg, sur la Vienne de la fin du XIXe siècle. À partir de là, le commissaire de l’exposition m’a proposé de réaliser des entretiens avec tous les grands musiciens contraints à l’exil avant la guerre. Dès lors, j’ai conçu une série de documentaires pour Arte. J’ai pris l’histoire du quatuor à cordes par ceux qui ont initié ce genre musical et qui ont transmis ce genre depuis l’époque de Mozart ou de Haydn. J’ai essayé de retracer tout ce parcours culturel, du XIXe siècle jusqu’à l’immense mouvement de migration des musiciens vers les ÉtatsUnis avant la Seconde Guerre mondiale. Tous les maîtres de la musique, tous les héritiers de cette culture, ont ensuite travaillé avec des jeunes pour transmettre leur culture. Il y a eu ce premier transfert culturel vers les États-Unis et, à la fin des années 90, on a pu opérer un contre-transfert culturel. C’est à partir de là que j’ai lancé l’association ProQuartet, dédiée à l’étude et à la pratique musicale du quatuor à cordes. Le quatuor à cordes, c’est le cœur de la musique. Un musicien formé au quatuor à cordes peut ensuite jouer n’importe quoi. C’est la symbolique d’un dialogue responsabilisé. Les musiciens savent que se produire en face d’un public relève toujours d’un enjeu La musique classique est l’un des rares domaines artistiques où le public du XXIe siècle reçoit les mêmes sensations que celui du XIXe siècle, où il n’y avait pas les amplificateurs ou les jeux d’éclairages. Lorsque l’on écoute un quatuor à cordes, c’est exactement la même chose… Rien ne peut égaler les œuvres originales. Votre objet musical, sur un CD, a beau être très bien enregistré, cela n’aura jamais la même signification que lorsque vous êtes en face de musiciens qui jouent. Évidemment, cela n’a pas changé, c’est la même œuvre et c’est le même engagement. Les musiciens savent que se produire en face d’un public relève toujours d’un enjeu. Un bon enregistrement est toujours le résultat d’un concert face à un public. Les musiques violentes ne sont que des rythmes répétitifs et sans grande modulation Depuis plusieurs décennies, la recherche scientifique nous apporte des informations incroyables sur le rôle de la musique sur notre santé, que ce soit notre corps ou notre cerveau. Selon vous, qu’est-ce que la musique ? Le chant des oiseaux a une influence sur notre comportement, comme lorsque vous regardez du vert et qu’il y a du vent. Vous avez raison, quand on se laisse atteindre par la musique de Mozart, ce n’est pas pareil que lorsque l’on écoute du rap ou de la musique violente. D’ailleurs, les musiques violentes ne sont que des rythmes répétitifs et sans grande modulation. Si vous recevez la violence, vous renverrez de la violence. Mozart, ou Bach, c’est totalement autre chose. C’est de la musique apaisante, c’est une invitation à l’écoute, alors que les musiques actuelles nous atteignent par le choc et la violence. Mais cela représente aussi le XXIe siècle. Quand on m’a proposé de travailler dans l’amphithéâtre du Parc des Dryades, avec ce plateau de 240 métres carrés et les arbres autour, j’ai craqué...

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