La Baule+

la baule+ 12 | Octobre 2025 La Baule+ : Comment avez-vous pris conscience de l’importance de l’alimentation ? Jacky Allonville : Biocoop est né du regroupement d’un certain nombre de personnes de l’Ouest, mais aussi du sud-ouest de la France, qui ont voulu faire émerger ce réseau à partir de 1984. Notre démarche, c’était une prise de conscience des traitements chimiques utilisés dans l’agriculture conventionnelle. Très tôt, j’ai perçu les signaux faibles que cela produisait sur la population. L’industrie pharmaceutique et l’agroalimentaire camouflaient beaucoup ces effets à l’époque. Nous étions un petit groupe à nous opposer pour défendre la qualité des aliments. Nous étions vus comme des farfelus, des marginaux ! Aujourd’hui, la science vous donne raison, mais à l’époque on vous traitait presque de complotiste… Alimentation ► Le combat du fondateur des Hameaux Bio et cofondateur de Biocoop Jacky Allonville : « La malbouffe est un outil au service de la dépopulation. » Jacky Allonville est le fondateur, avec son épouse Maïté, des Hameaux Bio, et l’un des initiateurs du réseau Biocoop. L’entreprise familiale a été reprise par leurs enfants, Éloïse, Quentin et Romain, qui poursuivent son combat pour une alimentation saine. C’est en toute liberté que Jacky Allonville évoque sa passion : défendre une agriculture qui ne soit pas dévoyée par les industriels et les distributeurs. On nous traitait même de secte. Nous étions vus comme des farfelus, des marginaux ! Aujourd’hui, tout le monde a au moins un produit Biocoop dans son placard. Les clients viennent d’abord pour bien se nourrir et protéger leur santé. D’autres pour des raisons écologiques. Mais de plus en plus de personnes font le lien entre ce qu’elles absorbent, ce qu’elles sont et ce qu’elles deviennent. Cela, on le sait depuis l’Antiquité : Hippocrate disait déjà que notre premier médicament, c’est notre aliment. Dans ce domaine, estce tout ou rien, ou bien, même avec quelques entorses, le corps s’en sort-il ? Je penche pour la seconde option. Nous vivons dans un monde saturé de pollutions dont on ne peut pas totalement se passer : ondes, additifs, perturbateurs divers. Nos modes de vie sont déstructurés, les gens sont perdus. Plus que jamais, il faut retrouver les fondamentaux : respirer sainement, manger sainement, boire sainement. On confond souvent production locale, bio et écologique… Ce débat découle du narratif originel du bio. À mon sens, l’erreur a été de nommer ces produits « bio ». En réalité, c’est l’alimentation que l’humanité connaît depuis toujours. On aurait dû parler d’alimentation normale. En enfermant le bio dans un terme réducteur, on a ouvert la porte à la confusion, avec des concepts comme le « raisonné », qui égarent le consommateur. On a justifié la nourriture industrielle par la surpopulation, en affirmant que l’agriculture traditionnelle ne pourrait pas nourrir la planète… Sincèrement, c’est faux. L’alimentation chimique a appauvri l’humanité. On a industrialisé, perdu des variétés, perdu le goût. Cette vision agricole, tournée vers le court terme, est une impasse. Malheureusement, je crois que l’humanité fonce droit dans le mur. Ne sommes-nous pas dans un cycle infernal qui néglige la vie, dans tous les domaines ? Oui. La malbouffe est un outil au service de la dépopulation. Je me souviens du film Soleil Vert, qui m’avait choqué : on y annonçait déjà que les improductifs seraient éliminés, à la naissance ou en fin de vie. Après 62 ans, on le voit bien aujourd’hui : nous n’en sommes pas loin. Le bio a été totalement dévoyé par l’industrie On observe une prise de conscience dans le monde entier. Pensez-vous avoir gagné ce combat ? Non, car le bio a été totalement dévoyé par l’industrie. On trouve aujourd’hui du « bio industriel », sous plastique, cultivé en Espagne, avec des tomates en toutes saisons. Biocoop n’a jamais suivi cette voie : le réseau est resté sur un modèle national et local, avec des contrôles plus exigeants que le simple cahier des charges, lui-même affaibli par les industriels et les distributeurs. À l’origine, nous voulions une alimentation saine, une meilleure santé, dans un cadre de distribution local et artisanal, avec des magasins à taille humaine favorisant les relations. Ce sont nos convictions. On ne parle pas à mille personnes comme on parle à une seule Pourquoi les industriels ne sont-ils pas capables de produire quelque chose de vraiment sain ? Parce qu’en agriculture, il faut respecter la nature. Prenons l’exemple des yaourts: en industrie, ce sont d’immenses cuves avec des bras mécaniques qui déstructurent le produit. Alors oui, c’est un yaourt « bio », mais il n’a rien de comparable avec un yaourt artisanal. Le goût, la qualité, tout change. Le petit producteur, attentif à ses vaches et à ses champs, ne travaille pas du tout de la même façon. On ne parle pas à mille personnes comme on parle à une seule. Mais la question du prix revient souvent… C’est un faux problème. Beaucoup dépensent 1 500 € pour un iPhone et rechignent à payer 0,10 € de plus sur un kilo de carottes. C’est une question de conscience : si l’on ignore ce que ce kilo de carottes apporte vraiment, on trouvera toujours que c’est trop cher. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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