La Baule+

la baule+ 10 | Septembre 2025 La Baule+ : Vous avez été pendant dix ans aux Renseignements généraux, proche d’Yves Bertrand, mais aussi de François Mitterrand que vous avez fréquemment accompagné dans ses déplacements. Vous venez d’enquêter sur ce que l’on appelle l’État profond. Cette expression est connue aux États-Unis, mais très peu en France… Hubert Marty : L’État profond est un concept de sociologie politique qui a été développé par un sociologue canadien, également diplomate, Peter Dale Scott, qui explique que c’est un conglomérat informel de hauts responsables. On retrouve des politiques, mais également des gens issus du monde de la justice, de l’armée, des banques, de la police et de la grande industrie. Ce conglomérat protéiforme se réunit, selon les époques, pour prendre des décisions politiques, financières et criminelles, afin que cela soit favorable à ses intérêts. L’État profond existe dans tous les États modernes. Aux ÉtatsUnis, l’État profond est pour moi à l’origine de l’assassinat de Kennedy en 1963, mais également des tentatives d’assassinat de Donald Trump plus récemment. On voit vraiment la main de l’État profond. Ce sont des actions hors normes, des tentatives d’attentats ou des crimes de masse, organisées de façon construite. Ce ne sont pas des actions isolées. Chaque fois que vous voyez une mort brutale et que l’on vous donne une explication toute faite, en vous indiquant qu’il est inutile de faire une enquête puisque la solution est évidente, vous devez avoir un clignotant qui s’allume. L’État profond prend surtout des décisions pour permettre la perpétuation du pouvoir L’État profond peut-il aussi exister dans des régimes autoritaires, notamment en Turquie, en Chine ou en Russie ? Absolument. Par essence, Enquête ► Le témoignage choc d’un ancien commissaire aux RG Hubert Marty : « L’État profond n’a pas forcément des objectifs politiques, puisqu’il s’attaque à tout ce qui dérange les lobbys puissants. » Hubert Marty, ancien commissaire aux RG, passe souvent ses vacances à La Baule. Il s’apprête à publier un livre intitulé « Face à l’État profond », dans lequel il livre un témoignage sans concession sur de nombreuses affaires politiques non résolues: par exemple, Pierre Bérégovoy, Robert Boulin, la princesse Diana… Il dénonce un système qui n’hésite pas à tuer pour faire taire les plus gênants. Des rapports internes aux enquêtes avortées, chaque élément s’inscrit dans une stratégie de dissimulation. l’État profond est antidémocratique et peu visible. Sa nature est d’être dans l’occulte. Dans les régimes autoritaires que vous citez, c’est même l’État profond qui est au cœur du réacteur. Par exemple, l’État profond a sans doute dû suggérer à Poutine que depuis les événements de Maïdan en Ukraine en 2014, il fallait passer à ce que l’on appelle l’opération spéciale. En Chine, il y a les événements de 1989, Place Tian’anmen, avec le soulèvement des étudiants, qui sont très intéressants. Face à cela, fallait-il agir d’une façon molle, modérée ou violente ? L’État profond a dicté la conduite à tenir en imposant une répression par la force. En général, l’État profond prend des décisions pour se maintenir au pouvoir ou pour une transition de pouvoir, mais il prend surtout des décisions pour permettre la perpétuation du pouvoir. C’est un système de survie. C’est comme le lézard qui perd sa queue, il va régénérer autre chose pour continuer de vivre. Dès qu’il y a un événement étonnant, il faut réfléchir et voir comment l’information mainstream est un rouleau compresseur qui écrase la vérité On est tenté de vous rétorquer que votre vision est complotiste… La vision complotiste est la seule qui soit réaliste. Ce sont des étiquettes qui visent à enlever toute faculté de recul et toute critique. L’objectif étant d’écarter toute vision contradictoire. En plus, on essaye de vous culpabiliser face à une version qui est répétée des milliers de fois. On essaye de vous empêcher de chercher et de faire vous-même votre propre investigation. Un complotiste va tenter de réfléchir, de chercher, de prendre du recul et de se faire lui-même sa propre idée. Dès qu’il y a un événement étonnant, il faut réfléchir et voir comment l’information mainstream est un rouleau compresseur qui écrase la vérité. L’État profond fonctionne parce qu’il a la main mise sur les grands médias. L’illustration la plus symbolique n’est-elle pas l’affaire des prétendues armes chimiques de Saddam Hussein, puisque tous ceux qui pensaient que l’Irak n’en détenait pas étaient à l’époque traités de complotistes ? En regardant les vraies sources d’information, il était facile de comprendre que cette histoire était complètement fausse. Déjà, il fallait réfléchir aux attentats du 11 septembre et à ce que l’on nous a raconté. Je demande souvent aux gens combien de tours se sont effondrées le 11 septembre. Si l’on se contente de regarder les informations, on va répondre deux tours. Ceux qui savent que le WTC7 s’est effondré vers 17h10 vont vous répondre trois tours. Mais ce n’est même pas la vérité, puisque ce sont sept tours qui se sont effondrées! Les médias mainstream occultent souvent des éléments essentiels de l’information face à la vérité des événements. Avant d’entrer aux Renseignements généraux, le policier que vous étiez avait-il conscience de cela ? Je suis allé aux Renseignements généraux par choix. Je revendique l’idée d’être un intellectuel né. J’ai toujours lu des articles et des livres politiques dans ma jeunesse. Ensuite, j’ai fait Sciences Po, une licence en droit, une maîtrise en droit, et j’ai été admissible à l’ENA. Comme je n’ai pas eu les oraux de l’ENA, j’ai passé le concours de commissaire et je suis arrivé major de ma promotion. En sortant, je voulais être dans le renseignement et je me suis orienté vers cette direction. J’ai commencé au Havre. C’était passionnant. C’était au moment de la première cohabitation, nous étions au début de la mondialisation. J’ai connu Jean Lecanuet, Laurent Fabius, François Léotard… J’ai réussi une affaire antiterroriste, fin 1987, en arrêtant un groupe de néonazis. Grâce à nos arrestations, on a évité un bain de sang, car ces garçons préparaient une attaque dans un hypermarché. Charles Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, est venu me féliciter et c’était le début de ma mise en lumière. Finalement, à la réélection de François Mitterrand, j’ai été choisi pour être le patron des RG dans le département de la Nièvre, celui de François Mitterrand. Bérégovoy : il s’est aperçu qu’il était victime d’une véritable machination d’État Abordons maintenant les circonstances de la mort de Pierre Bérégovoy. Vous êtes de ceux qui estiment qu’il a été « suicidé », pour reprendre cette expression très actuelle… Pour ma part, il a été éliminé, c’est très clair. Ce n’est pas une thèse, c’est le résultat d’une enquête. Je raconte d’abord les mauvaises relations que j’ai eues avec Pierre Bérégovoy, donc je suis bien placé pour essayer de le réhabiliter. C’était un homme un peu buté, obstiné, il avait ses têtes… Il était petit et il n’aimait pas les gens très grands. Il n’avait pas fait beaucoup d’études et il n’aimait pas les gens très diplômés. Quand il m’a vu arriver dans la Nièvre, cela ne lui a pas plu ! À la fin, il s’est aperçu qu’il était victime d’une véritable machination d’État qui a commencé après son discours du 8 avril 1992 à l’Assemblée nationale, quand il a dit que la priorité du gouvernement serait de s’attaquer à la corruption. Reprenez ce discours : il explique que si la justice traîne dans les enquêtes, il poussera pour que l’on aille au fond des dossiers et il produit même une liste de gens qui pourraient être inquiétés par ces enquêtes. À partir de

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