TÉLÉCHARGEZ L’APPLICATION la baule+ Septembre 2025 | 17 Bachelot, Valérie Pécresse, Fabien Roussel et Anne Hidalgo. Joséphine Baker était une héroïne française et elle méritait cet hommage suprême qu’est la panthéonisation. J’ai aussi rencontré beaucoup de Français qui étaient heureux de cette décision, même ceux qui ne sont pas toujours d’accord avec le président Macron... Elle avait quitté les États-Unis en raison de la ségrégation. Elle racontait souvent que des artistes noirs américains étaient venus la voir entre les deux guerres en étant presque surpris de l’absence d’apartheid en France… Effectivement, quand ma mère est arrivée à Paris, elle a été surprise en constatant qu’elle pouvait être servie dans les restaurants et les cafés, et qu’elle pouvait entrer dans n’importe quel hôtel, ce qui n’était pas le cas aux États-Unis où il y avait encore la ségrégation. Même si la France était un pays colonialiste à cette époque, elle appliquait quand même les principes des Droits de l’homme. Les êtres de couleur et de religion différentes avaient les mêmes droits que les Français d’origine. Au même moment, aux États-Unis, la ségrégation était encore très forte, notamment dans tous les États du Sud. Ma mère a été accueillie au théâtre des Champs-Élysées et elle a pu constater que dans toute la France, les gens se sont toujours comportés de manière républicaine. Elle a vu cela dès son arrivée en 1925. Votre rappel est intéressant, car même les indépendantistes de Guadeloupe ou de Martinique qui, par définition, sont contre la France métropolitaine, reconnaissent qu’ils doivent expliquer qu’il n’y a aucune ségrégation en France, ce qui est parfois difficile à comprendre pour leurs interlocuteurs étrangers… Nos compatriotes antillais ont les mêmes droits que tous les métropolitains, alors qu’à l’étranger, y compris aux États-Unis encore, il y a des dérapages. Les attitudes ségrégationnistes s’observent encore dans le sud des États-Unis. Évidemment, chez nous, les Antillais ne peuvent pas raisonnablement estimer qu’ils sont sous-considérés en métropole. Elle a créé cette petite ONU familiale qui démontre que tout est possible N’est-ce pas l’un des effets de la construction de la France, avec les rois qui ont dû unifier des peuples très différents sous un même emblème ? Ce sont aujourd’hui les principes républicains. Ma mère a toujours dit que son idéal était celui de la fraternité universelle, que peu importe la couleur de peau ou la religion, et que peut-être un jour il n’y aura plus de passeports et de frontières. C’est aussi un combat pour la paix entre les pays. Elle voulait montrer que tout cela était possible en adoptant douze enfants d’origines différentes. Elle a créé cette petite ONU familiale qui démontre que tout est possible. À l’échelle planétaire, il faudra encore beaucoup de temps. Ma mère défendait les valeurs de la République française. Elle est devenue française par mariage en 1937 et elle a toujours voulu défendre la France, ce qu’elle a fait au cours de la Seconde Guerre mondiale, notamment en tant qu’agent secret, résistante et officier de l’armée de l’air. Elle a été décorée à plusieurs reprises, notamment de la Croix de guerre, chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire, Croix de la Résistance et Croix de Lorraine offerte par le général de Gaulle en personne. Vous évoquez son combat pour la fraternité entre les peuples avec l’espoir de la paix dans le monde. N’estce pas une douce illusion, alors que l’on observe souvent dans les conflits que ce n’est pas une affaire de race ou de religion ? Regardez celui dont on parle le plus en ce moment : on ne peut même pas dire que ce soient deux peuples qui se combattent, entre les Russes et les Ukrainiens, puisque c’est le même… C’est vrai, mais c’est aussi une question de puissance et de domination économique. Il y a également la question historique puisque l’Ukraine est le berceau de la Russie. Elle a été russe, puis soviétique, avant de devenir indépendante. Donc, on est sur un dossier très politique. Il y a aussi en Afrique de nombreuses guerres intertribales. Effectivement, on pourrait qualifier d’utopistes les gens qui pensent que l’on pourra un jour tous vivre ensemble. Mais ma mère disait : « C’est possible, d’ailleurs l’Europe est en paix depuis la Seconde Guerre mondiale, alors qu’elle a souvent été en guerre. » Nous sommes le continent des conflits et ce n’est plus le cas, à l’exception de l’Europe de l’Est évidemment. C’est long, mais cela évolue. Donc, c’est possible. D’ailleurs, ma famille, la tribu arc-en-ciel, démontre cela puisque nous sommes douze enfants venus de continents différents, avec des religions différentes. Vous racontez votre enfance dans votre livre. Vous avez côtoyé pratiquement tous ceux qui comptaient sur cette planète… Oui, cela va des Kennedy à la princesse Grace, de Dalida à Gilbert Bécaud, d’Evita Peron au maréchal Tito, en passant par Fidel Castro, le pape Paul VI, le roi Hassan II, le président Boumediene, le Shah d’Iran ou la reine de Suède... J’ai côtoyé aussi des personnalités anonymes très fortes. Que représentait cette femme à leurs yeux ? Une incroyable personnalité qui dégageait beaucoup d’amour et d’énergie. Elle était universelle. Elle a chanté dans le monde entier. C’était une femme engagée, d’abord contre la barbarie nazie, ensuite pour la paix dans le monde. Elle a rencontré Golda Meir avec nous et le président Sadate, et avant lui Nasser. C’était aussi une maman universelle qui a adopté des enfants venus de différents horizons. Elle disait souvent que son idée était la fraternité universelle. Dalida : j’ai quand même été marié avec elle pendant 24 heures ! Quelle est la rencontre qui vous a le plus marqué ? Je vais répondre Dalida, parce que j’ai quand même été marié avec elle pendant 24 heures ! J’avais cinq ans, je l’ai demandée en mariage et elle m’a répondu oui. Mais cela a duré 24 heures. Mes frères m’ont dit que j’étais naïf puisqu’elle n’a évidemment jamais été mariée avec moi. Mais elle a quand même dit oui pour 24 heures ! (Suite page 18) la baule+ Con
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