La Baule+

La Baule + : Il est facile de mesurer le degré de crédibilité d’un économiste, puisqu’il suffit simplement de reprendre ses précédentes déclarations. Or, dans ce domaine, vous faites partie de ceux qui avaient annoncé très précisément ce qui est en train de se produire… Que va-t-il se passer après la probable censure du gouvernement Bayrou ? Olivier Delamarche : Curieusement, j’ai beaucoup de gens qui ricanaient il y a quelques années et qui rejoignent aujourd’hui mes positions, ce qui me fait beaucoup rire. Beaucoup de gens expliquaient que la dette n’avait aucun intérêt et que l’on pouvait l’effacer. Mais, aujourd’hui, ils s’aperçoivent que la dette est vraiment un problème et qu’elle ne s’efface pas aussi facilement. Tout cela va avoir des conséquences. On assiste à un déclassement français qui est gigantesque. Les économistes reconnaissent cela aujourd’hui, mais c’était largement prévisible. Cela fait quinze ans que j’explique que la planche à billets n’est pas une bonne idée. Aujourd’hui, tout le monde s’en rend compte. Je n’en tire pas une gloire, car j’aime mon pays, mais je le vois inexorablement s’enfoncer, parce que nous avons des gens incompétents et nocifs. Pour moi, Emmanuel Macron a détruit méthodoÉconomie ► L’économiste estime que la situation ne peut que se dégrader Olivier Delamarche : « Nous avons un modèle soviétique total. » Olivier Delamarche, expert financier et analyste économique, est connu pour ses analyses sans langue de bois et surtout pour la justesse de ses prévisions. Il a longtemps été l’un des économistes préférés des Français lorsqu’il était invité sur BFM TV. la baule+ 6 | Septembre 2025 logiquement la France. Pas simplement sur le plan économique, mais aussi sur le plan social. Il y a des pays qui sont complètement détruits, notamment le Royaume-Uni et la Belgique. Et maintenant c’est la France qui va suivre. C’est malheureux. Ceux qui refusaient de comprendre jusqu’à maintenant, commencent à s’en apercevoir. Mais c’est trop tard. Quel politique pour prendre la suite ? Je suis prêt à prendre les paris que dans deux ans vous aurez un Gabriel Attal ou un Édouard Philippe à l’Élysée. Or, ce sont des clones d’Emmanuel Macron, qui vont achever la destruction systématique du pays. Vous ne pourrez pas avoir quelqu’un hors du système qui arrive, comme ce fut le cas aux États-Unis, car le problème n’est pas d’aimer ou de ne pas aimer Trump. Je ne suis pas fan de la forme, mais c’est quelqu’un hors du système. C’est un type qui fait tout pour que son pays renaisse de ses cendres. Avant, il y avait dans la plus grande démocratie du monde un type qui n’avait plus de cerveau et qui était quasiment mort. Ce n’était pas lui qui dirigeait. On sait maintenant que c’était l’équipe Obama et Clinton. Et pourtant, on a entendu des gens expliquer que Biden est un grand monsieur ! C’est un fait avéré, il n’a plus de cerveau. Trump est un type hors système, qui n’est pas corruptible, parce qu’il est milliardaire et, d’un autre côté, nous avons un système qui empêche l’arrivée au pouvoir d’un type hors système. On a des gens qui n’ont jamais rien fait de leur vie, qui n’ont jamais travaillé, comme Gabriel Attal qui n’a jamais rien fait de sa vie et qui va probablement diriger la France. Mais c’est comme Macron ! On nous l’a présenté comme un Mozart de la finance, alors que c’est quelqu’un qui n’a pas fait grand-chose de sa vie et on nous l’a vendu comme un génie. Je trouve qu’il est incompétent, sauf en communication. Et encore, se prendre des tartes à la sortie de l’avion, ce n’est pas très brillant en termes de communication... C’est pour cette raison que je me suis expatrié. Malheureusement, tout le monde ne peut pas le faire. Mais vous devez savoir qu’il y a de plus en plus de Français qui partent, parce qu’ils n’en peuvent plus. Je ne vois pas de changement à l’horizon. Je suis prêt à prendre des paris que, dans les années qui suivent, vous aurez un Gabriel Attal ou un Édouard Philippe qui sont des clones de Macron. Ce sont des gens qui feront exactement la même chose. Donc, il n’y a pas d’espoir. En plus, si jamais quelqu’un arrivait avec une réelle politique de rupture, malheureusement le point de non-retour a été largement franchi et il faudrait au moins une quinzaine d’années pour s’en sortir. On va le payer lourdement ! Finalement, dans votre scénario, on continue de descendre des marches et de cacher la poussière sous le tapis, au point de se faire dépasser chaque année par des pays sur lesquels on ricanait il y a quelques décennies… C’est loin d’être fini, croyezmoi. On est dans un scénario d’agonie sans fin. Et même si l’on chutait d’un coup, dans un scénario extrêmement violent, il faudrait quand même plus d’une dizaine d’années pour réémerger. On ne pourra pas changer les choses en trois ou quatre ans. On ne peut pas régler vingt ans de bêtises en quelques jours. La facture sera lourde et longue. Donc, malheureusement, il y aura une génération sacrifiée. Et cela durera une vingtaine d’années. Le droit de propriété n’existe plus Quels conseils donneriez-vous à un ami qui habite en France ? Si je lui donne comme conseil de partir, je suis conscient que, malheureusement, très peu de gens peuvent partir et pour des milliers de raisons. Tout cela rend difficile l’expatriation. Si la personne le peut, évidemment, elle doit partir. C’est compliqué. Elle doit au moins mettre en sécurité son argent. C’est quelque chose sur lequel tout le monde peut agir. Mais cela devient aussi de plus en plus difficile. En France, le droit de propriété n’existe plus, vous payez des impôts sur ce que vous gagnez, vous payez des impôts au moment de votre mort... Votre argent ne vous appartient plus. Ce qui est terrible, c’est tout le narratif visant à expliquer que nous sommes dans une société ultralibérale. Mais où est le libéralisme ? L’État se mêle de l’éducation de vos enfants, de votre sexualité, de votre argent, des zones où vous pouvez circuler ou non, dans quoi vous pouvez vous déplacer, avec quoi vous pouvez payer, et même dans quoi vous pouvez investir ! C’est ahurissant. On essaye de faire croire aux gens qu’ils sont dans une économie libérale, alors qu’ils sont dans le communisme et le soviétisme le plus total. Vous ne pouvez rien faire de façon libre en France Sommes-nous dans la situation de l’Union soviétique des années 80 ? Aujourd’hui, on est dans l’inversion totale de tout. C’est nous qui sommes dans un pays communiste. Nous avons un modèle soviétique total. L’État se mêle absolument de tout. Vous ne pouvez rien faire de façon libre en France. Cela n’existe plus. On se mêle de tout. Chaque fois qu’il y a un problème, on accuse les Russes, ou Trump, parce que c’est facile. Mais c’est la paille qui se moque de la poutre. Nous sommes dans l’inversion accusatoire et c’est effarant. Propos recueillis par Yannick Urrien.

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