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Marc Touati : « On nous a dit que l’on allait mettre la Russie à terre et on se rend compte que c’est nous qui sommes en récession ! »

Après une crise sanitaire sans précédent, le monde a enchaîné avec une crise géopolitique et maintenant économique. L’euro est en pleine tempête. Notre monnaie payera les mauvais choix de nos dirigeants, qui ont préféré la planche à billets à la remise en question de certains modèles, selon Marc Touati. Pour l’économiste, la situation peut encore empirer, voire faire péricliter la zone euro. Marc Touati prédit la fin de la zone euro dans son nouveau livre intitulé « Reset II ».

Marc Touati : l’invité de Yannick Urrien mercredi 31 Août 2022 sur Kernews

Extraits de l’entretien

On nous avait expliqué il y a six mois que l’on allait mettre l’économie russe à terre, c’étaient les propos de Bruno Le Maire. Or, aujourd’hui, on nous demande d’acheter des couvertures pour cet hiver et de nous habituer à prendre des douches froides. Qu’en pensez-vous ?

Marc Touati : Ce manque d’anticipation de nos dirigeants fait froid dans le dos. Cela n’a pas commencé avec la guerre en Ukraine, car auparavant on nous expliquait qu’il n’y aurait pas d’inflation et que tout se passerait bien dans le meilleur des mondes, alors que j’annonçais déjà dans mon précédent livre qu’il y aurait de l’inflation. Tout cela s’est poursuivi. On a voulu punir la Russie, pourquoi pas, mais le problème c’est que nous n’avions pas les moyens de le faire. On se rend compte, une fois que le mal est fait, que nous avons des problèmes d’approvisionnement en énergie et que la moitié de nos centrales nucléaires ne sont pas utilisées, puisque nous n’avons pas suffisamment investi… Donc, nous n’avons pas les moyens des sanctions que l’on voulait prendre. Ce qui est encore plus dramatique, c’est que nous tombons dans une récession. L’activité économique a été sauvée en France cet été par le tourisme, mais la récession est de retour dans l’ensemble de la zone euro, avec l’euro qui est en train de s’effondrer et cette inflation que nous n’arrivons pas à maîtriser. Pourquoi a-t-on pris ce risque de laisser faire cette guerre ? Il fallait tout faire pour l’éviter ! Ensuite, comme nous n’avons pas les moyens de procéder à des sanctions, ou de les maintenir, elles se retournent contre nous. On savait, depuis le début, que 60 % du gaz allemand vient de Russie. Au début, on devait boycotter les produits russes et, maintenant, on se rend compte que ce sont eux qui nous boycottent ! Tout cela n’est pas très sérieux et ce n’est pas de nature à améliorer la crédibilité de nos dirigeants. Or, aujourd’hui, nous avons une crise de confiance. L’indice INSEE de confiance des ménages est l’un des plus bas historiques : plus bas que pendant le printemps 2020 en pleine pandémie et plus bas que pendant la crise des Gilets jaunes… Nous prenons des risques énormes et nous n’avons pas les moyens de soutenir ces risques. Tout cela est assez classique, nous sommes très bons pour donner des conseils et des avertissements mais, devant la réalité, nous sommes moins bons. Aujourd’hui, on demande aux Français de se serrer la ceinture après deux ans de pandémie, avec cette forte augmentation de la dette publique. Ce n’est vraiment pas sérieux.

Lors du premier conseil des ministres de la rentrée, Emmanuel Macron a déclaré : « Nous vivons la fin de l’abondance ». Cela signifie-t-il que le monde n’étant plus pareil, il décharge sa responsabilité personnelle, celle du chef de famille, sur la fatalité ? Ou bien s’agit-il d’un problème de compétence, puisqu’une partie du monde continue de vivre dans l’abondance, voire dans l’opulence ?

Évidemment, c’est ce qui me rend fou – j’explique cela clairement dans mon livre – tout ce qui se passe aujourd’hui est lié à des erreurs de politique économique et monétaire de nos dirigeants. Il est facile de dire que c’est la faute de la guerre en Ukraine, c’est le bouc émissaire idéal. Il ne faut pas oublier que l’inflation a commencé en 2021 parce que les dirigeants politiques ont augmenté n’importe comment la dette publique, sans regarder où les deniers publics passaient. Parallèlement, cette dette a été achetée par la Banque centrale européenne, à travers ce que l’on appelle la planche à billets. Donc, on a augmenté artificiellement la demande, alors que l’offre ne suivait pas. C’est la règle de base de l’économie. Si la demande est supérieure à l’offre, l’inflation augmente, il ne faut pas être un grand économiste pour comprendre cela ! Malheureusement, nos dirigeants n’ont pas compris cela, ou alors ils ont fait du déni de réalité, ce qui est extrêmement grave. Il y a encore quelques mois, les dirigeants français disaient : « Ne vous inquiétez pas, il n’y aura pas d’inflation, c’est temporaire… » J’avais annoncé cette inflation en 2021, bien avant la guerre en Ukraine et, évidemment, cette guerre a mis de l’huile sur le feu. J’ai expliqué cela à Bruno Le Maire, qui ne m’a pas écouté. Le problème, c’est que nous avons tiré toutes nos cartouches pendant la pandémie, alors qu’il fallait agir à l’époque en bon père de famille en regardant la réalité en face, sans sombrer dans le défaitisme et l’enfermement. Les politiques ont fait le choix d’enfermer les gens en lâchant de la dette publique et en se disant que tout allait bien se passer… Aujourd’hui, nous payons la grave erreur du confinement. Normalement, les crises se produisent tous les sept à dix ans. Le problème, c’est que celle-ci survient deux ans plus tard ! Nous n’avons plus rien pour relancer la machine et Emmanuel Macron nous dit que c’est la fin de l’insouciance… Mais je ne vois pas où il y avait de l’insouciance pendant deux ans, puisque nous étions en pandémie, avec des pénuries un peu partout ? Il ne me semblait pas qu’il y avait de l’abondance… C’est un discours extrêmement dangereux qui est lié aux erreurs de politique économique de nos dirigeants. Comme nous n’avons plus de cartouches pour relancer la machine, c’est extrêmement compliqué et il est fort de café de faire porter cette responsabilité aux Français. Nous avons besoin d’être responsabilisés, car l’échelle des valeurs est tombée. La valeur travail a été complètement bafouée. Les gens se sont dit qu’ils pourraient continuer de vivre chez eux en touchant un revenu tombé du ciel et maintenant les entreprises ne peuvent plus produire, parce que nous sommes en pénurie de main-d’œuvre. J’ai eu des cas d’entreprises qui refusent des carnets de commandes, donc du business, parce qu’elles n’ont pas la main-d’œuvre. Pendant ce temps, nous avons un taux de chômage d’environ 6 millions de personnes. C’est la même chose avec cet argent magique. On a lâché l’argent n’importe comment et cela n’a pas généré de croissance forte. Je vous rappelle qu’aujourd’hui le niveau du PIB français, hors inflation, est encore inférieur à celui que nous avions en 2019, malgré une augmentation de la dette publique de 560 milliards d’euros ! Où est l’argent ? Il faut dire la vérité aux gens et je dédie mon livre à tous ceux et toutes celles qui recherchent la vérité. Nos dirigeants continuent de pratiquer le déni de réalité et c’est très dangereux. Regardez, on nous a dit que l’on allait mettre la Russie à terre et on se rend compte que c’est nous qui sommes en récession ! Les Français ne comprennent pas.

Les Russes ne sont pas en récession…

Pourquoi a-t-on menti ? Les Français ne sont pas des enfants, il faut expliquer, faire de la pédagogie et responsabiliser les Français. Malheureusement, on a déresponsabilisé les Français depuis la crise sanitaire. Je viens de faire un débat avec une représentante de la France Insoumise sur BFM TV, mais son seul discours est d’augmenter la dette publique… Nous n’avons pas les moyens de nos ambitions et nous faisons prendre des risques énormes à nos enfants. Les taux d’intérêt augmentent et c’est la double peine, plutôt même la triple peine, entre une inflation, une récession et des taux d’intérêt qui augmentent. Ce n’est pas sérieux. Nos dirigeants doivent faire passer l’intérêt des Français avant toute chose et arrêter de faire du marketing pour faire du marketing. Cela me révolte d’entendre que l’on va devoir se serrer la ceinture et qu’il ne faut plus consommer !

Écrit par Rédaction

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