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Mathieu Moustafa Taïeb : « Je témoigne pour que les musulmans n’aient plus peur de basculer vers le christianisme. »

Le témoignage inédit d’un militaire français musulman converti au catholicisme

Mathieu Moustafa Taïeb habite dans le Morbihan. C’est un auditeur de Kernews et il a pris contact avec nous pour présenter son livre passionnant. En effet, les témoignages de musulmans qui se convertissent au catholicisme sont très rares, notamment pour des raisons de sécurité, car les personnes converties sont souvent menacées. Les militaires musulmans sont nombreux dans l’armée française et, pour la première fois, un ancien soldat témoigne de sa conversion après avoir longuement dialogué avec ses frères d’armes catholiques. Ainsi, Moustafa Taïeb est devenu Mathieu Taïeb par le baptême.

« Devenir votre frère. Français, militaire et musulman : la fraternité entre chrétiens » de Mathieu Moustafa Taïeb et Cyriac Zeller est publié aux Éditions Mame.

 L’invité de Yannick Urrien

Kernews : De quelle manière avez-vous découvert le catholicisme ?

Mathieu Moustafa Taïeb : Ma mère est algérienne et mon père marocain. Je suis né en France et j’ai grandi en France avec mes frères et sœurs. J’ai été éduqué dans la foi musulmane et, comme je l’indique dans mon livre, il y a eu un grand bouleversement dans ma vie à l’âge de 30 ans, avec vraiment une nouvelle vie. J’ai découvert le Christ avec mes camarades militaires à Saint-Cyr, puisque j’ai été militaire pendant 23 ans. Mes camarades me parlaient souvent du Christ. C’étaient de fervents chrétiens. Leur comportement et leur fraternité m’ont énormément touché. La croyance en Dieu a toujours été présente dans ma vie. Dieu a toujours été présent dans notre foyer, donc le terreau était fertile, comme l’ont dit mes camarades saint-cyriens.

Dans les familles musulmanes, les références à Dieu sont permanentes…

Tout est tourné vers Dieu. Dieu est omniprésent dans les cœurs, tout comme dans les rapports sociaux et familiaux. Dans les propos, il y a toujours une référence à Dieu chez les musulmans.

Comment avez-vous intégré l’armée ?

J’ai fait des études d’allemand et d’arabe, puis j’ai dû faire mon service militaire. J’ai été intégré dans un régiment d’infanterie. Finalement, j’ai resigné et je me suis réellement engagé parce que j’avais trouvé dans l’armée une réponse, puisque je voulais absolument servir la France qui a accueilli mes parents, qui nous a donné un toit, qui nous a donné une instruction, qui nous a tant donné. Pour moi, il était évident de servir la France en intégrant les forces armées. Ensuite, j’ai intégré l’école de Saint-Cyr Coëtquidan. Au contact de mes camarades, il s’est passé plusieurs choses. Un comportement qui marquait une réelle fraternité. J’ai aussi été accepté dans leurs foyers. Ils m’ont invité chez eux, alors que l’on ne se connaissait pas forcément. En plus, nous n’avions pas les mêmes traditions. J’ai été vraiment accueilli comme quelqu’un de la maison. Parfois, on parlait de religion, on évoquait le Christ. J’ai voulu comprendre ce qui se passait, savoir qui était ce Christ…

Vous le connaissez pourtant à travers le nom d’Aïssa…

Oui, c’est un prophète dans la religion musulmane, mais je ne connaissais pas spécialement la foi catholique. À travers des rencontres, il y a eu davantage d’interrogations et des échanges avec des prêtres. Puis cela m’a incité à faire des études de théologie à Paris le samedi. Après tout cela, il s’est passé une vraie rencontre avec le Christ.

Qu’est-ce qui a déclenché cette envie de vous convertir ?

L’accueil et la chaleur des rapports humains. Cela m’a beaucoup touché. Même si, dans ma foi musulmane, nous avions des rapports assez fraternels avec les musulmans et les chrétiens, j’ai senti qu’il y avait autre chose. C’était plus fort et plus puissant.

Pourtant, vous auriez pu vivre votre religion de naissance en ayant une relation avec Dieu proche de celle que peut avoir un chrétien…

Au-delà, c’était quelque chose de vraiment fort, qui ne laisse pas indifférent. Je suis quelqu’un d’assez curieux et c’est quelque chose qui m’a touché et déstabilisé. Il y a eu une bascule et cela ne peut venir que de Dieu. Cela me remplissait de joie et je voulais comprendre. Tel un puzzle que je devais reconstituer, j’étais en quête de sens…

Quelle a été la réaction de vos parents ?

Ils l’ont appris par deux autres personnes. Un jour, j’ai fait le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle, qui passe par chez mes parents, et ma mère a été surprise : « Normalement, ce sont les chrétiens qui font ce chemin… » Ensuite, je suis allé à la messe et des personnes qui connaissaient mes parents m’ont vu. Puis ma mère m’en a parlé. Malheureusement, c’est devenu un sujet tabou. Les choses se sont bien passées avec mes frères et sœurs. Finalement, ce n’était ni positif ni négatif.

Pour eux, le pire n’aurait-il pas été que vous n’ayez pas de Dieu ? Finalement, vous êtes avec Dieu et cela les rassure…

Merci de le préciser ! Si j’avais dit que je n’avais plus de foi religieuse, cela aurait été terrible pour mes parents. Au final, cela s’est très bien passé et il n’y a pas eu de changement dans mes relations avec eux. Le changement s’est surtout opéré en moi. J’ai découvert une autre vie. Le Christ m’a complètement transformé, notamment sur mon regard par rapport à la vie et la mort. Ma vision du monde a aussi changé.

Comment voyez-vous nos rapports avec l’islam ?

D’abord, il faut prier pour nos frères musulmans. Nous sommes nombreux à le faire. Je prie pour qu’ils rencontrent le Christ et qu’ils rencontrent le vrai bonheur. Donc, maintenant je prie pour les conversions. Je témoigne pour que les musulmans n’aient plus peur de basculer vers le christianisme, parce qu’ils ont peur, en raison du poids social et du poids familial. Ils sont nombreux à être persécutés à travers le monde pour s’être convertis.

Vous devez apparaître comme un extraterrestre au sein d’une société où la spiritualité a disparu…

Déjà, être croyant, c’est aller à contre-courant. C’est un vrai combat et une remise en question. Ne serait-ce pas un combat pour le vrai bonheur et la vraie vie ? Alors, n’hésitons pas à prier pour les conversions et pour les missions.

Écrit par Rédaction

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