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Olivier Vial : « Vous pouvez tout à fait être hétéro en considérant que vous êtes de genre féminin alors que, biologiquement, vous êtes un homme. Et, dans ce cas, vous êtes un homme lesbien ! »

Les combats sémantiques et sociologiques analysés par l’Observatoire de la déconstruction.

C’est un sujet passionnant que celui des intersectionnalités, parce qu’il reflète une mutation profonde de la société. Depuis quelque temps, le terme de déconstruction est à la mode.  L’idée défendue, par des intellectuels et certains élus, vise à déconstruire les stéréotypes et les préjugés de classes, de genres et de races à travers cette notion d’intersectionnalité des luttes. Olivier Vial, fondateur de l’Observatoire de la déconstruction, décrypte ce bouleversement sémantique et sociologique.

Lien vers l’Observatoire de la déconstruction

Entretien avec Olivier Vial diffusé le mercredi 16 septembre à 8h15 dans le magazine de Yannick Urrien

Kernews : Le terme de déconstruction reste encore peu connu du grand public. Il désigne le nouveau discours médiatique et politique dont l’objectif est de modifier notre pensée sur la plupart des aspects de la vie. Est-ce cela ?

Olivier Vial : La déconstruction, c’est quelque chose qui nous revient des États-Unis, mais c’est une invention française. Ce sont des universitaires français qui, dans les années 50 et 60, ont voulu déconstruire les rapports de domination. Pour eux, le monde était composé de dominants et de dominés, et il fallait libérer les dominés en déconstruisant tout ce qui permettait d’établir la domination de certaines classes dirigeantes. Cela peut être la culture, la littérature ou le langage. Cette pensée a progressé aux États-Unis et elle nous est revenue survitaminée, puisqu’elle a rencontré là-bas tout ce que les États-Unis comptent de militantisme et d’activisme extrêmement virulents, par ce courant de la déconstruction que l’on a vu apparaître en France autour de la question de la théorie du genre, puisque l’objectif est de déconstruire les rapports hommes-femmes et ce qu’ils appellent la binarité des sexes. On voit aujourd’hui le même courant s’intéresser à la question de l’appartenance raciale et de l’appartenance ethnique, et ils veulent déconstruire les questions d’universalité, de laïcité et d’assimilation. Pour eux, les minorités ne doivent plus être placées sur un point d’égalité, mais sur un point supérieur, de façon à payer le dû qu’on leur devrait et de façon à faire descendre le privilège blanc. C’est un mouvement qui ne s’arrête pas puisque, chaque fois qu’ils ont déconstruit quelque chose, ils trouvent un autre obstacle à déconstruire. Maintenant, il y a les courants antispécistes qui veulent déconstruire la hiérarchie qui est censée exister entre l’homme et l’animal, en considérant que n’importe quel animal a la même légitimité et les mêmes droits que l’homme.

Et maintenant, il y a même les végétaux, avec la décision du maire de Bordeaux de ne plus exposer d’arbres morts à l’occasion de Noël…

L’arbre, c’est la prochaine étape ! Le maire de Bordeaux annonce qu’il veut faire établir une charte des droits de l’arbre. Notre observatoire est un moyen d’essayer de donner un peu de cohérence à tous ces phénomènes d’actualité. Par exemple, l’ONU vient de publier sur son site Internet un texte expliquant que la Covid-19 est le résultat de millénaires de politique de domination du patriarcat ! On ne voit pas bien le lien si l’on ne comprend pas toute l’idéologie qui existe autour de cette domination masculine qui serait l’alpha et l’oméga de tous les problèmes du monde. Ce n’est pas un hurluberlu dans un coin qui diffuse cela, mais c’est l’ONU ! Maintenant, une journaliste américaine veut que l’on réforme tout le vocabulaire de l’œnologie, parce qu’elle estime que l’œnologie est un moyen de favoriser le sexisme et la culture blanche… Donc, elle veut que l’on change les mots. Cela peut toucher n’importe quelle sphère. Il est très difficile pour le grand public de comprendre que derrière toutes ces choses qui paraissent amusantes ou ridicules, il y a une vraie idéologie, avec des réseaux et des associations qui sont fortement structurés.

Cette idée de base sur l’homme blanc hétérosexuel qui domine la planète, notamment dans les cercles du pouvoir, n’est pourtant pas spécialement infondée…

Effectivement, dans l’histoire de France, on a majoritairement des hommes blancs, mais ce n’est pas vrai partout. Le véritable enjeu est autre. Les décolonialistes ne considèrent pas que l’homme blanc a été historiquement dominant. Ils considèrent qu’il est toujours dominant parce qu’il y a un système qui assoit sa domination. Et ce système, c’est sa culture, c’est son vocabulaire. Donc, on doit déconstruire cela. Il y a ce nouveau concept de racisme systémique. C’est une façon assez habile de dire que finalement il n’y a plus de racistes en tant que tels, car la majorité des gens n’ont pas la volonté d’être racistes, mais tout le monde l’est parce que c’est la société qui est raciste et c’est la société qu’il faut déraciser et décolonialiser. Donc, c’est l’ensemble de la culture, des mots et des concepts qui doivent être déconstruits pour être remplacés par autre chose. Ces militants sont très forts pour dynamiter les bases de la société, mais ils ne proposent rien en remplacement et ils sont souvent les idiots utiles de mouvements qui ont un modèle à proposer à la place du nôtre. Ce sont notamment les courants communautaristes et proches de l’islamisme politique. Par exemple, les indigénistes, qui sont nés dans les universités en étant proches des mouvements décoloniaux, qui étaient plutôt des mouvements progressistes, se retrouvent aujourd’hui totalement infiltrés par des mouvements islamistes. Une fois qu’ils auront réussi ce grand renversement, il y aura derrière des gens qui vont en profiter et ce sont des gens très peu recommandables. Ce n’est pas simplement un jeu intellectuel. C’est quelque chose qui fragilise nos sociétés, oppose les uns aux autres et multiplie le sentiment de victimisation.

Pourtant, cela profite, comme vous le dites, à des gens qui se situent à l’opposé idéologique de ceux qui prônent cette déconstruction…

On a à la fois des gens qui sont des idéologues de la déconstruction, donc qui sont dans leur monde et dans leur concept, et qui poussent leur concept jusqu’au bout, sans se soucier de l’endroit où ils nous mènent et à qui cela profite, et puis on a des gens qui sont beaucoup plus cyniques et qui savent exactement ce qu’ils peuvent tirer de cette situation, soit pour des raisons commerciales, parce qu’il y a dans le milieu des antispécistes des gens qui poussent ces courants, parce qu’ils savent que, derrière, ils peuvent vendre des recettes ou des compléments alimentaires, et dans d’autres cas il y a aussi une volonté géopolitique de bousculer certaines démocraties occidentales. Il y a un exemple qui est pour moi emblématique de cette alliance : c’est une chaîne Web, AJ +, qui reprend tous les codes des chaînes jeunes, en étant très en phase sur les questions de genre et de sexualité, et qui, au-delà de ce discours, tente de faire passer la France pour un pays extrêmement raciste avec beaucoup de violences policières. Cette chaîne, plutôt gay friendly, est financée par le Qatar puisque c’est l’enfant du Web d’Al Jazeera. On voit très bien que l’objectif est de s’implanter dans des communautés de certains quartiers pour imposer des idées et, pour cela, ils font des concessions.

Il y a en ce moment des attaques contre des éleveurs, avec des tags de croix gammées visant à les comparer aux nazis…

Dans cette déconstruction, ils considèrent que l’homme ne vaut pas mieux qu’un animal et, pour eux, les abattoirs pour les vaches sont un peu l’équivalent des camps d’extermination. Depuis quelque temps, les attaques concernent essentiellement les éleveurs, avec des mouvements féministes également, pour dénoncer le viol des vaches. Il y a des appels à l’union des femelles. Cela concerne toutes les femelles de la création, de la femme à la vache, en passant par la souris, pour lutter contre le viol des vaches ! Certains pourront trouver cela ridicule, toutefois l’expérience que nous avons acquise montre que l’on en rit toujours au début, mais qu’ils finissent par l’emporter. Il y a huit ans, quand on avait parlé de l’écriture inclusive pour la première fois, tout le monde rigolait en pensant que cela ne s’appliquerait jamais. Or, aujourd’hui, l’écriture inclusive est en train d’être appliquée dans toutes les universités et dans bon nombre d’établissements publics… De la même façon, un enfant de huit ans est aujourd’hui scolarisé dans une école française en étant transgenre. Cela veut dire que le rectorat a donné l’autorisation à la famille de faire un changement de prénom et de genre.

Est-ce aussi cela ce qui caractérise les intersectionnalités ?

C’est plus vaste. C’est l’endroit où les différents combats et les différentes identités se retrouvent. Jusqu’à présent, on était dans une identité revendiquée, où les gens peuvent définir qui ils sont. Si, demain, on veut dire que l’on est une femme tout en gardant son corps d’homme, à l’image de Conchita Wurst, on a le droit de le faire et l’on ne pourra pas dire que vous n’êtes pas une femme parce que vous avez une barbe et toutes les caractéristiques physiques d’un homme… Maintenant, un nouveau phénomène est en train de naître. Certains intérêts peuvent se heurter les uns aux autres, comme dans ce combat sur le genre. On a de plus en plus d’associations lesbiennes qui se plaignent de violences et de domination de la part d’hommes qui se disent lesbiennes, parce qu’ils se considèrent comme des femmes… Les femmes lesbiennes se plaignent d’avoir été infiltrées dans les différentes associations lesbiennes par des hommes qui se prétendent femmes… Il y a même des tribunes sur ce sujet dans la presse. De la même façon, on observe la même chose chez les décolonialistes depuis quelque temps. On pouvait considérer que l’on pouvait se prétendre de la race de son choix : par exemple, quelqu’un pouvait dire qu’il est noir, alors qu’il ne l’était pas. C’était quelque chose de très accepté. Il y a la militante américaine Rachel Dolezal, qui a été à la tête d’organisations de représentation des noirs jusqu’à ce qu’on la critique, parce que physiquement elle n’était pas noire. Très récemment, une enseignante américaine a fait son coming out pour annoncer à ses étudiants qu’elle se retirait de l’enseignement après avoir menti pendant des années, parce qu’elle avait toujours prétendu qu’elle était noire, alors qu’elle ne l’était pas… L’université a mis en place des cellules psychologiques pour que les étudiants digèrent ce traumatisme, alors que les étudiants ont bien vu qu’elle n’était pas noire… Aujourd’hui, comme il y a une concurrence victimaire, les associations qui sont réellement tenues par des militants de la cause Black Lives Matter rejettent ceux qu’ils considèrent comme étant des faux noirs, des blancs se revendiquant noirs. Car, aujourd’hui, il faut aussi lutter contre le colorisme en respectant une juste représentativité de l’ensemble des nuances des teintes de peaux. Par exemple, l’Académie des Oscars va changer ses critères de visibilité pour les films primés puisque, à partir de 2024, les films vont devoir mettre en avant des gens issus des minorités. Ils ont défini les minorités de façon très classique et il y a déjà des gens qui leur reprochent de ne pas être suffisamment représentatifs, parce que l’on ne retrouve pas toutes les nuances de peaux noires ! On voit ce fractionnement infini, qui est aussi une tendance, puisque, chaque fois que l’on a accepté une revendication, il y a une revendication supplémentaire qui nous impose d’aller toujours plus loin.

Dans cette déconstruction, vous prenez l’exemple des hommes lesbiens. Pour bien comprendre, si, en tant qu’homme, je me revendique comme homosexuel et si je suis attiré par les femmes, alors je deviens lesbienne ?

C’est exactement cela. L’hétérosexualité est une orientation sexuelle qui n’a rien à voir avec l’identité de genre. Donc, vous pouvez tout à fait être hétéro en considérant que vous êtes de genre féminin alors que, biologiquement, vous êtes un homme. Et, dans ce cas, vous êtes ce que l’on appelle un homme lesbien ! Il y a beaucoup de livres qui sortent sur ce sujet, toujours payés par vos impôts, puisque ce sont des travaux universitaires, et il y a un livre qui estime qu’il n’y a pas deux sexes, mais cinquante-deux genres différents… Donc il y a plein d’autres possibilités que celle d’être un homme lesbien… Ce délire qui fait sourire est de plus en plus admis et, ce qui est de moins en moins admis, c’est de critiquer cela. Dernier exemple : Daniel Schneidermann, qui reprend tout le jargon des militants décolonialistes, vient de traiter Christine Kelly de « servante » parce qu’elle anime une émission avec Éric Zemmour et il estime que malgré sa couleur de peau, elle est plutôt conciliante avec les propos de Zemmour. Il ne peut pas imaginer une seconde qu’elle les partage et, si elle est conciliante, c’est parce qu’elle a intériorisé le discours colonial… C’est ce que les indigénistes appellent les « nègres de maison », tout simplement parce que ce sont des gens qui n’ont pas envie de mener une guerre des races, Daniel Schneidermann vient de faire la même chose en qualifiant de « servante » une journaliste qui a un CV extraordinaire ! Ils ont le droit de dire ce qu’ils veulent, parce qu’ils estiment être dans le camp du bien. Il y a une vraie nécessité d’analyse de ces courants et il faut être en capacité de réagir.


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Écrit par Rédaction

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