Pierre Jovanovic : « On veut entretenir les Français dans une illusion. »

Le dernier livre de Pierre Jovanovic figure toujours en tête des ventes. Le journaliste économique étudie la chronologie de cette année 2008 qui a conduit à détruire les banques et qui a déclenché la plus grande crise économique mondiale, dont les effets agissent encore aujourd’hui. 2008 a été pour les banques ce que le drame de Tchernobyl a été pour le nucléaire. L’auteur révèle que les dix plus grandes banques mondiales ont cherché à se recapitaliser afin d’éviter le désastre, sans y parvenir, ce qui s’est soldé par le plus odieux des chantages jamais imposé à des gouvernements : « Soit vous nous sauvez, soit vous avez une révolution dans les semaines qui suivent ». Les gouvernements n’ont pas eu le choix. C’est à ce moment que le piège s’est refermé, piège dans lequel nous nous trouvons encore retenus prisonniers.

« 2008 » de Pierre Jovanovic est publié au Jardin des Livres.


Kernews : Votre livre apporte des éléments qui amènent à penser que la crise que nous subissons actuellement est une conséquence de celle de 2008. Quelle situation observez-vous ?

Pierre Jovanovic : Il y a eu la crise de 2008 et l’on doit aussi ajouter les effets du confinement. En 43 ans de journalisme, je n’ai jamais vu cela, car l’augmentation des prix de l’électricité est en train d’achever des dizaines de milliers d’entreprises. On a calculé qu’il y avait plus de mille petits commerçants qui ont déposé le bilan en raison du prix de l’électricité.

Sommes-nous à l’aube d’une crise semblable à celle de 1929 ?

Ce sont les propos du gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre. Il y a aussi le président de la JPMorgan, Jamie Dimon, qui vient de déclarer qu’il commençait à voir des cafards… Quand un cafard sort, il y en a beaucoup d’autres qui arrivent derrière, dans le sens où l’on voit des entreprises qui font des milliards de chiffres d’affaires aux États-Unis et qui tombent du jour au lendemain. Je n’oublie pas la crise des bureaux, puisque le taux d’occupation des bureaux aux États-Unis ne dépasse pas les 50 %, ce qui est une catastrophe.

En 2008, les banques ont incité les États à piquer dans la poche des épargnants pour éviter la faillite…

C’est ce qui a entraîné une perte de richesse considérable dans nos économies depuis 2008. Regardez, en 2024, on a supprimé 24 000 lits d’hôpitaux. Et cela continue. 2008, c’est vraiment l’étage principal de cette fusée et, ensuite, il y a la Covid. Les confinements avaient plusieurs objectifs. D’abord, la crise Covid a permis de voler les élections à Donald Trump, puisque l’on avait demandé aux Américains de ne pas aller voter dans les bureaux, par crainte du virus. On a vu les scandales du vote par correspondance ensuite. La crise Covid a permis aux banques de se refaire une santé, aux États-Unis comme en Europe, puisque les gens n’ont plus rien dépensé. Les comptes des particuliers ont littéralement augmenté, l’épargne est remontée, alors que la situation a été inverse pour les entreprises. Si vous regardez la vidéo du journaliste Mike Borowski, qui a eu un succès considérable ces dernières semaines, vous comprenez à quel point la situation est grave. Il a fait tous les centres commerciaux, dans Paris et en banlieue, et l’on observe la déchéance la plus totale. Les magasins sont vides. Les commerçants expliquent que tout a commencé avec la crise sanitaire, avec la peur des gens de se rendre dans les lieux publics. C’est une aberration, puisque les gares et les aéroports sont pleins. Mais les gens ne veulent plus retourner dans les centres commerciaux. C’est resté !

On a tendance à nous répondre que la consommation s’est déplacée vers Amazon et Internet d’une manière générale…

C’est une observation juste aussi. J’ai lu une analyse intéressante dans la presse automobile. Il y a une dizaine d’années, les Français achetaient de belles voitures, alors que maintenant la marque qui se vend le plus en France, c’est Dacia ! Cela montre bien la paupérisation de la société. Pourtant, la voiture reste toujours un outil de représentation sociale. L’État français est actuellement en guerre contre Shein et Temu, mais il faudrait d’abord se demander pourquoi les gens vont acheter sur ces sites. En réalité, il y a un appauvrissement global de la France. Le nombre de distributeurs de billets y a été divisé par deux en l’espace de dix ans. Mais en Turquie, alors que l’on nous explique que Monsieur Erdogan est un dictateur, il n’y a aucune crise. Les centres commerciaux sont blindés à Istanbul et il y a une circulation de la monnaie qui est phénoménale. Quand on a en France un distributeur pour une ville de 5000 habitants, ce sont des dizaines de distributeurs en Turquie. Je peux parler de la Turquie comme de la Pologne qui s’enrichit également. Ne parlons même pas de l’Angleterre. C’est une vraie catastrophe, comme en Allemagne d’ailleurs.

Cet appauvrissement se constate même lorsque l’on discute avec les restaurateurs : les gens demandent une carafe d’eau et ils ont tendance à prendre un dessert pour deux. Il y a dix ans, ce n’était pas le cas…

Il y a un autre chiffre intéressant : le nombre de Burger King est passé de 200 à 520 en France en quelques années. Les restaurants traditionnels ferment et ce sont des fast-foods qui prennent leur place, tout cela parce que les gens n’ont plus d’argent. Le gouvernement invente de nouvelles taxes en permanence et cela entraîne un appauvrissement global de la population.

Comment expliquez-vous ce basculement de la richesse au niveau mondial, puisque nous nous appauvrissons tandis que d’autres s’enrichissent ?

En 2008, les banques américaines avaient déjà préparé l’estocade contre les Russes en prenant une grande partie de l’épargne des Russes, notamment à Chypre. La richesse part à l’Est, vers des pays comme le Kazakhstan ou l’Azerbaïdjan, c’est-à-dire ces pays d’Asie centrale qui sont en train de se développer de façon extraordinaire. Au même moment, le dollar perd de sa valeur, alors que le renminbi chinois prend de la valeur. Un ministre nous a pourtant dit qu’il allait mettre l’économie russe à genoux… Au début de la guerre, le rouble était tombé à 0,10 €, mais il a connu depuis la plus grosse progression avec l’or. On voit bien que toutes les richesses partent vers l’Est.

Pourquoi les médias institutionnels évitent-ils d’aborder cette question ?

Parce que l’on veut entretenir les Français dans une illusion. Je tiens ma revue de presse depuis vingt ans et je me souviens très bien d’une usine dans la Creuse qui faisait des lave-linges. Le propriétaire avait reçu des millions de la part de Bruxelles pour déménager son usine en Pologne. Bruxelles a payé les grands patrons pour qu’ils déménagent leurs usines dans les pays de l’Est. Aujourd’hui, les résultats économiques sont excellents en Pologne et ils sont en train de dépasser la France. Nous sommes dans la situation exactement inverse de celle des années 70, à l’époque de Brejnev, au moment où la Russie interdisait à ses ressortissants d’aller en Occident. Aujourd’hui, c’est l’Occident qui interdit à ses ressortissants d’aller en Russie. D’ailleurs, la Commission européenne vient d’interdire les voyages organisés en Russie. Un dissident, Vladimir Boukovski, avait dit : « J’ai vécu votre avenir. » Ce que nous vivons est orwellien. La chaîne CNews vient d’être condamnée pour avoir invité un climatosceptique ! Donc, si vous donnez une information contraire à la doxa, vous vous retrouvez condamné… C’est exactement ce qui se passait à l’ère de Brejnev.

Vous êtes toujours en tête des ventes de livres, mais on sait aussi que les Français lisent peu. Pensez-vous qu’il y ait une prise de conscience générale ?

J’ai deux sentiments assez contradictoires. D’un côté, il y a des licenciements et la destruction de la France, avec la hausse des prix de l’électricité. Je sens bien qu’il y a un appauvrissement global de la population. De l’autre côté, je vois que Bruxelles compte gérer la France exactement comme elle a géré la Grèce, c’est-à-dire la mettre en défaut de paiement. Je note que la France a déjà reçu plusieurs avertissements. Le président Macron cherche aussi à augmenter notre dette. Si les gens se révoltent comme cela s’est passé en Grèce, cela ne changera rien, puisque la France sera mise sur le diktat du FMI et de l’Allemagne. La Grèce a été un laboratoire.

Pourquoi ne pas avoir publié plus tôt votre enquête sur 2008  ?

C’est un travail de bénédictin que de rassembler les photos, les captures de presse, les commentaires… Et, avec le temps, les grands responsables de cette crise ont commencé à faire des confidences. Il y avait une petite phrase par-ci ou par-là dans de grands journaux, comme le Washington Post. Puis il y a eu le gouverneur de la FED qui a publié ses souvenirs, en expliquant qu’il fallait que tout explose pour que l’on puisse repartir de zéro. Cela n’avait pas été dit en 2008. Trop d’info tue l’info et il a fallu aussi beaucoup de temps pour trier tout cela. Ce n’est pas un hasard si le Crédit Mutuel a racheté la moitié de la presse régionale française en 2009. C’est aussi pour contrôler l’information. En octobre 2008, le directeur général de la BNP ne savait même pas s’il allait pouvoir rouvrir sa banque le lendemain, alors que dans les médias on nous expliquait qu’il ne fallait pas s’affoler… J’ai toujours rappelé que l’utilisation de la fausse monnaie entraînait une guerre. Vous avez eu les États-Unis qui ont forcé les Russes à déclencher cette guerre, ce qui a permis de masquer l’hyperinflation qui est de 10 à 12 % par an, alors que l’on vous dit qu’elle est seulement de 1,7%. C’est un mensonge et c’est un vol global de la population. Dans le même temps, l’or a progressé de 70 % en un an. Mais je répète que ce n’est pas l’or qui monte : c’est le pouvoir d’achat du billet de banque qui descend. Ce qui détruit une société, c’est lorsque les gouverneurs de banques centrales impriment de l’argent à partir de rien.

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