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Un Baulois raconte son expérience de « startuper. »

Jean Dussetour : « Il ne faut pas se réfugier derrière des raisons extérieures lorsque l’on est dans un échec, car c’est refuser d’ouvrir le couvercle et de regarder à l’intérieur, en comprenant que l’on aurait dû faire autrement certaines choses. »

Jean Dussetour, qui habite à l’année à La Baule, publie un livre intitulé «Journal intime d’un startuper » qui se présente comme un témoignage personnel sur son parcours d’entrepreneur. L’ouvrage est diffusé sur le site de la Fnac et sur Amazon, et il est également en vente dans de nombreuses librairies locales.

Kernews : L’univers des start-up continue de faire rêver. Comment expliquez-vous cela ?

Jean Dussetour : On en parle depuis plus d’une vingtaine d’années et, quand il y a eu l’explosion de la bulle Internet, tout le monde était un peu effrayé. Les gens ont compris que l’on ne gagnait pas forcément à tous les coups. Pourtant, le phénomène n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur. Un fondateur de start-up est un entrepreneur qui a décidé de créer une entreprise dont la particularité est d’innover sur un marché. Pour innover, il a besoin d’investissements et de lever des fonds. Cette discussion concernerait n’importe quel entrepreneur. C’est d’abord quelqu’un qui arrive sur un nouveau marché et qui se met dans une disposition mentale pour créer une activité. On associe souvent la start-up à l’argent, alors que l’entrepreneur ne fait pas cela pour de l’argent : il veut d’abord se réaliser lui-même, concevoir un projet d’utilité sociale, créer une aventure humaine et collective, et vivre des aventures qui ne sont pas des aventures d’hypercroissance, car toutes les start-up ne doublent pas leur chiffre d’affaires chaque année. D’ailleurs, en ce moment, le contexte économique est très rude et tout le monde doit réduire la voilure pour mieux repartir.

Vous avez commencé en vous engageant dans une O.N.G. au Cameroun, alors que vous auriez dû intégrer le milieu de la finance. Pourquoi cette orientation ?

C’était pour moi comme un troisième cycle. Je sortais de l’EDHEC et je devais partir en banque privée chez Indosuez à Singapour, mais j’ai décidé de continuer de construire ma carapace à travers cet engagement. Écrire un livre, aujourd’hui, ce n’est pas pour essayer d’être la copie française d’un gourou américain qui veut expliquer ce qu’il faut faire pour réussir. J’ai surtout voulu raconter ce que l’on vit sur le plan humain, avec des grands moments de bonheur et de croissance, mais aussi des périodes plus difficiles que l’on traverse. Un entrepreneur commence souvent une histoire pour la finir, puis recréer une autre histoire, on va toujours vers différents projets tout au long de sa vie. J’avais aussi envie de contribuer à changer le monde… D’ailleurs, tous les entrepreneurs sont convaincus qu’ils vont changer le monde mais, dans beaucoup de cas, on se rend compte que le sens de son entreprise est assez secondaire et qu’elle ne changera que très faiblement le monde. Pourtant, on se bagarre pour essayer de persuader son entourage que son innovation va tout changer. On part avec la conviction naïve de pouvoir contribuer à changer le monde et c’est avec cette démarche que j’ai voulu me lancer dans une start-up, plutôt que dans l’économie traditionnelle.

Si vous avez une bonne idée dans le commerce, la restauration ou l’industrie, vous devez avoir de l’argent pour commencer, ne serait-ce que pour réaliser des prototypes, alors que l’on peut créer une start-up avec quelques dizaines d’euros, simplement en achetant son hébergement sur Internet…

Vous pouvez toujours créer votre premier site avec un très faible investissement, mais on parle très rapidement d’intensité capitalistique, car ce sont des entreprises qui nécessitent une levée de fonds pour pouvoir passer la vitesse supérieure. Ce sont des entreprises qui, souvent, n’ont pas de barrières à l’entrée, comme c’est le cas dans l’industrie traditionnelle. Mais, ce qui fait la force d’une start-up, c’est sa vitesse d’exécution. Et pour aller vite, il faut quand même aller chercher un peu de cash.

Selon vous, ce qui fait la faiblesse d’un entrepreneur de start-up, c’est de croire qu’il est unique au monde…

C’est souvent une conviction que l’on a lorsque l’on démarre un projet ! Mais c’est un manque de maturité, un manque de recul, car on n’est jamais seul sur son marché… C’est finalement une bonne chose, car si l’on n’est pas seul, c’est que c’est finalement une bonne idée et que l’on a été plusieurs à l’avoir en même temps… Donc, il ne faut pas du tout aborder la concurrence comme une ennemie, mais comme un aspect stimulant de la création d’entreprise. Dans une période où la vie est difficile, il ne faut pas oublier que lorsque l’on souffre, nos concurrents souffrent aussi, et peut-être plus. Cela signifie que la concurrence vit en même temps, puisque nous sommes tous interdépendants les uns des autres. Une technologie s’adresse tout de suite à un marché mondial. On doit voyager à l’étranger, on doit rencontrer ses concurrents, on doit s’ouvrir l’esprit et voir comment on peut tirer son épingle du jeu. J’estime que nous avons de beaux atouts en France pour faire de belles start-up.

Il fut un temps où les créateurs d’entreprise avaient un projet de vie, ils s’occupaient jusqu’à la mort de leur société, alors que vous soulignez que les entrepreneurs de start-up ont tendance à beaucoup zapper entre leurs projets…

Nous sommes dans un monde qui bouge beaucoup plus vite aujourd’hui. Regardez le classement des dix marques les plus connues dans le monde : il y a vingt ans, c’était Coca Cola et Disney. Aujourd’hui, c’est Google, Apple et Facebook. Le monde change à toute vitesse. Cette envie de créer une entreprise tous les cinq à dix ans, c’est simplement une adaptation à ce monde qui bouge très vite et cette capacité d’adaptation se révèle par cette envie de faire des nouveaux projets à chaque fois.

Vous donnez aussi des conseils aux entrepreneurs, comme le fait de bien choisir sa marque en sélectionnant un mot simple qui s’implantera facilement dans le monde…

Ce sont quelques conseils, comme travailler sur un nom facile à mémoriser et qui puisse s’adapter à toutes les langues. Je cite l’aventure d’entrepreneurs avec Allo Voisins et Le Bon Coin. En France, le site Le Bon Coin devait s’appeler Chez Georgette ! J’évoque aussi mon expérience, entre 2011 et 2018, avant d’être racheté par un groupe de communication que j’ai accompagné pendant un an et demi.

Vous décrivez une vie d’entrepreneur qui n’est pas la caricature du fêtard à Saint-Tropez…

Ce sont des nuits blanches ! On refait ses tableaux Excel des dizaines de fois, on se met à douter, on pense que c’est de sa faute… Parfois, on se prend un coup de pelle sur la tête, parce qu’un événement exogène vous arrive dessus. Cela peut être un facteur macroéconomique ou politique : par exemple, j’avais une partie de mes activités dans l’événementiel, il y a eu l’état d’urgence après l’attentat de Charlie Hebdo, avec l’annulation de tous les événements, ce qui a été un drame pour toute cette industrie. On sait que l’économie ralentit au moment de chaque élection présidentielle et il faut en tenir compte. Aujourd’hui, il y a la Covid-19… Un entrepreneur doit savoir tenir mentalement face à ces épreuves, qui ne sont pas simplement des épreuves de gestion interne, et il doit aller chercher au fond de lui une force pour passer les étapes.

Vous évoquez les 7 D du dirigeant en difficultés : déni, dettes personnelles, dépôt de bilan, déménagement, divorce, dépression et risque de décès…

Il ne faut pas se réfugier derrière des raisons extérieures lorsque l’on est dans un échec, car c’est refuser d’ouvrir le couvercle et de regarder à l’intérieur, en comprenant que l’on aurait dû faire autrement certaines choses. Pour moi, l’exercice de ce livre va aussi me permettre de rebondir en tirant certaines leçons. J’ai trouvé cette notion de 7 D en côtoyant une association qui s’occupe d’entrepreneurs en difficultés. Par exemple, le dépôt de bilan fait toujours peur. On a l’impression que l’entrepreneur qui passe par ce genre d’étape devrait aller en prison… En abordant cela, j’essaie d’expliquer ce que l’on ressent en tant qu’être humain, avec un sentiment de honte sociale, parce que l’on est associé à quelque chose qui est perçu comme très grave, alors que ce n’est pas la fin d’une histoire, c’est simplement une étape pour se donner une chance de repartir. Dans les pays anglo-saxons, on dit que c’est un plan de sauvegarde, c’est moins culpabilisant. On doit aussi trouver dans sa vie personnelle, en dehors de son terrain professionnel, des ressorts pour éviter le réflexe de s’enfermer dans sa caverne et ne plus vouloir en sortir. Même si j’ai des bosses dans ma carrosserie, je sais maintenant d’où peuvent venir les coups et je peux continuer à avancer et à me projeter dans l’avenir.

Vous avez cette force aussi en raison de votre propre histoire : vous êtes né en 1975 au Liban, pendant la guerre. Vous avez été déposé par une inconnue devant la porte d’un orphelinat de Beyrouth. Les religieuses vous ont donné un nom et un passeport, et vous êtes arrivé à Orly à l’âge de deux mois pour rejoindre vos parents adoptifs…

Au début, j’étais persuadé que cela n’avait rien à voir avec mon sujet. Mais je me suis vite aperçu que j’étais rattrapé par cette histoire qui m’avait fait faire certaines choses, comme choisir le nom de mon entreprise, Headoo, qui me renvoyait à cette interrogation : je viens d’où ? Je pensais à Head pour parler de la tête, pour une entreprise qui travaillait sur l’image. Au bout de cinq ans, je me suis rendu compte que tous les matins, je me posais la même question : Jean est d’où ? Je n’ai toujours pas la réponse à cette question… Quand vous partez de zéro dans la vie, vous n’avez plus peur de partir de zéro quand vous créez une entreprise.


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Écrit par Rédaction

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