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Yann Trichard : « Si chaque ménage dépensait un euro de plus par semaine en achetant français, immédiatement on créerait 3 500 emplois nets ! »

Yann Trichard, président de la CCI Nantes – Saint-Nazaire, est venu dans le studio de Kernews pour évoquer l’actualité économique dans le magazine de Yannick Urrien. Il souhaite que les commerçants se fédèrent au sein d’une place de marché susceptible de concurrencer les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) et il milite pour que les consommateurs privilégient les marques françaises.

Ecoutez l’entretien avec Yann Trichard

Extraits de l’entretien

Kernews : Le champ de compétences des Chambres de Commerce et d’Industrie est parfois mal identifié. Quel est le rôle d’une CCI ?

Yann Trichard : La CCI est mal connue. C’est une très vieille maison, créée en 1502 à Marseille, pour gérer l’activité des ports de commerce. Au fur et à mesure, elles se sont déployées dans toute la France. La CCI de Nantes – Saint-Nazaire a 200 ans. Nous avons commencé, il y a un siècle, à créer des écoles de commerce pour favoriser le commerce international. C’était toujours dans le cadre de la gestion des ports de commerce, il fallait des cadres pour animer et faire vivre le commerce international qui commençait à se structurer. À Nantes, il y a Audencia, qui est l’une des écoles du groupe Chambres de commerce. Aujourd’hui, nous gérons différentes infrastructures, notamment des petits ports. Nous avons continué à faire de la formation. Il faut savoir que nous gérons l’une des premières écoles de design dans le monde, qui est aussi à Nantes, ainsi que des centres de formation d’apprentis. Nous ouvrons une section digitale à Saint-Nazaire. Nous sommes donc vraiment dans l’accompagnement des entreprises, dans les métiers d’aujourd’hui, comme de demain. Il y a une importante partie qui porte sur l’appui aux entreprises, de la création à l’accompagnement, et nous répondons à toutes les questions des chefs d’entreprise au quotidien. Nous recevons en moyenne 300 appels par jour, avec des questions très diverses sur la formation, les aides, ou une explication juridique… Nous représentons la vision des chefs d’entreprise vis-à-vis des institutions publiques, comme sur les PLU, et nous apportons notre expertise sur la manière de gérer les centres-villes ou les zones d’activité. Nous faisons aussi de l’intermédiation lorsque des chefs d’entreprise ont une problématique de relation avec une institution.

Cela vous permet d’avoir une vision globale de l’économie du territoire : quelles sont les problématiques qui se posent ?

Nous avons la chance d’avoir un territoire très résilient. Nous avons une grosse partie industrielle, qui représente un quart de notre économie territoriale, une grosse force agro-alimentaire et des industries qui se développent. Beaucoup de choses se développent autour de l’aéronautique. Il y a des fonds qui viennent restructurer, la filière navale est très importante avec les Chantiers de l’Atlantique, qui ont un carnet de commandes très important, et il y a toute une nouvelle filière autour de l’éolien et des énergies renouvelables. Il faut aussi savoir que nous sommes le deuxième département en attractivité sur le digital. Notre département résiste mieux que les autres et nous serons plus proches pour repartir au moment de la vraie relance. Les signes économiques sont plutôt bons. J’ai évidemment une pensée pour tous ceux qui sont dans une situation difficile, notamment les secteurs de l’hôtellerie, de la restauration et de l’événementiel.

Nous accompagnons les gens dans leur digitalisation et nous en sommes à plus de 2 000 boutiques accompagnées et environ 800 boutiques qui ont eu des rendez-vous d’accompagnement sur la mise en œuvre opérationnelle d’une démarche digitale.

Dans le cadre du digital, vous accompagnez les entrepreneurs à travers des séances de formation, mais aussi via le lancement de la plate-forme « Ma ville mon shopping » pour aider les commerçants à vendre en ligne…

C’est un pilier majeur de notre action. Il fallait accompagner les 9 000 commerçants de Loire-Atlantique et nous avons une équipe qui est là pour accompagner la digitalisation et aider les commerçants à créer une boutique en ligne. Quand on crée une boutique virtuelle, c’est exactement la même chose qu’une boutique physique : simplement, c’est sur Internet. Nous accompagnons les gens dans leur digitalisation et nous en sommes à plus de 2 000 boutiques accompagnées et environ 800 boutiques qui ont eu des rendez-vous d’accompagnement sur la mise en œuvre opérationnelle d’une démarche digitale.

Vous êtes un militant du made in France. Nous sommes tous d’accord pour le promouvoir. Toutefois, on a parfois l’impression de parler dans le vide car les consommateurs disent qu’ils veulent acheter français, or on les voit choisir des produits chinois parce qu’ils sont moins chers…

On est tous dans nos paradoxes de vie. Ce qui est le plus important, c’est de rappeler que nous sommes attachés à un modèle social français, qui est formidable, dans lequel on a la possibilité d’être soigné et d’aller à l’hôpital sans que cela nous coûte. On a la possibilité d’être financé par les ASSEDIC quand on n’a pas de travail. Tout cela a un coût. Pour que cela puisse se maintenir, dans une compétition mondiale, il faut que chacun soit militant. Si l’on est attaché à notre service de proximité, il faut y aller. Si l’on est touché par le fait que l’un de nos amis n’a plus de travail, il suffit de se dire que chaque euro que l’on dépense, en achetant des produits français, c’est de l’emploi qui se crée. Si chaque ménage dépensait un euro de plus par semaine en achetant français, immédiatement on créerait 3 500 emplois nets ! Vous imaginez si c’est 10 €… Cela va très vite et nous devons être conscients et regarder les étiquetages. Ma recommandation est celle du militantisme individuel. Il faut participer à l’effet papillon du produit en France.

Certes, mais ces quelques euros de plus par semaine, c’est déjà trop pour celui qui est à découvert dès le début du mois…

C’est la raison pour laquelle on ne peut pas faire que des produits français : être militant, cela ne veut pas dire pouvoir tout faire, mais faire des actions. En achetant une barquette de tomates françaises, même si elle coûte légèrement plus cher qu’une barquette en provenance d’un autre pays, on favorise l’emploi local.

Il faudrait une grande place de marché qui référence l’ensemble des commerces locaux et, lorsque l’on rechercherait un produit, l’entrée se ferait par le biais de la proximité, avant d’étendre progressivement la recherche beaucoup plus loin.

Revenons aux places de marché sur Internet : comment inciter les consommateurs à les fréquenter et à ne plus aller sur Amazon ?

Il y a un effet taille critique. On est habitué à trouver instantanément une réponse sur Internet et les très grandes plates-formes sont toujours les plus performantes en termes de rapidité. Les initiatives locales sont sympathiques, mais cela reste toujours local. C’est pourquoi je milite pour une plate-forme nationale extrêmement forte qui puisse concurrencer les grandes plates-formes internationales, mais avec une philosophie différente : celle des circuits courts. C’est-à-dire que lorsque le consommateur cherche quelque chose, on doit lui proposer le produit le plus proche de chez lui. Je parle souvent de « Ma ville mon shopping », qui est une filiale de La Poste et qui présente le double avantage de travailler sur du circuit court, tout en favorisant le maintien d’un service public de proximité qu’est La Poste. Le dernier service public de proximité, c’est souvent La Poste, dans les petites villes, et ils s’en vont lorsqu’il n’y a plus de trafic. Il faudrait une grande place de marché qui référence l’ensemble des commerces locaux et, lorsque l’on rechercherait un produit, l’entrée se ferait par le biais de la proximité, avant d’étendre progressivement la recherche beaucoup plus loin. On ne peut pas avoir des milliers de places de marché et il y aura toujours une place pour du spécifique, comme la place de « click and collect » à La Baule, mais c’est plus difficile lorsque l’on est à Paris.

Dans la vente en ligne, on observe que les seuls sites indépendants qui s’en sortent sont ceux qui sont sur un marché de niche… Face à cela, vous préconisez une fédération. Techniquement, c’est facile à mettre en œuvre…

Oui, c’est facile à mettre en œuvre, mais nous sommes dans un monde où c’est le marketing qui pilote. Les grandes plates-formes dépensent des milliards en communication, c’est du marketing, c’est de la vision, c’est de la simplicité, et il est compliqué de mettre en place des challengers. Si je prends une place de marché comme celle de la ville de La Baule, ou celle de La Poste, les moyens ne sont pas ceux des grands groupes internationaux. Face à cela, c’est aux commerçants de faire la promotion de leur présence sur ces sites. Le commerçant ne doit pas hésiter à promouvoir sa présence lorsqu’il se retrouve face à ses clients, c’est le meilleur véhicule possible. Encore une fois, c’est un acte militant.

Ne risque-t-on pas d’avoir des commerçants découragés parce qu’ils sont très sollicités, car des centaines d’opérateurs privés, dans toute la France, essayent de lancer des places de marché ?

Il n’y a pas de solution miracle. Il faut avoir une démarche positive et offensive. Peu importe la plate-forme, c’est le choix du commerçant, cela dépend de sa typologie de clientèle et de ce qu’il veut faire. Localement, la place de marché proposée par la ville de La Baule est gratuite et celle de La Poste n’est pas gratuite. Mais c’est la CCI qui a payé l’abonnement pour tout le monde, donc elle est gratuite pour les commerçants.

Parallèlement, vous travaillez sur une plate-forme de réservation, car vous ne voulez pas laisser ce marché entre les mains des grands groupes anglo-saxons…

C’est un gros sujet, celui des sites de réservation. Nous travaillons sur une association qui s’appelle FairBooking, qui est une place de marché qui référence de plus en plus d’hôtels. Je lance un appel aux hôteliers afin qu’ils se fassent référencer sur FairBooking. Pour qu’elle puisse fonctionner, c’est seulement 5 % de collecté sur le prix d’une chambre d’hôtel, contrairement aux 20 % qui sont pris par les grandes places internationales. C’est une association qui est basée à Nantes et qui a vocation à favoriser le local et surtout à restituer le maximum du prix de la location de la chambre à l’hôtelier, de manière à favoriser l’emploi local, parce que, quand on a plus de marge, on a plus de capacité à faire de l’accueil et offrir un meilleur service.

Le succès de ce type d’opération viendra du nombre d’hôtels présents…

C’est la raison pour laquelle l’association est en train de référencer des centaines d’hôteliers et des grandes chaînes, pour qu’elles puissent rejoindre cette plate-forme. Nous avons tous les jours des nouveaux hôteliers qui arrivent et nous aurons déjà de belles possibilités pour cet été. Je m’adresse aux socio-professionnels, les déplacements professionnels sont aussi importants, et l’on peut donc aussi réserver ses déplacements professionnels via FairBooking.

La ville de Pornichet vient de lancer son AMI (Appel à manifestation d’intérêt) pour les plaisanciers. Allez-vous répondre à l’appel d’offres pour exploiter le port à partir de 2027 ?

Nous allons répondre à l’appel d’offres avec un groupement qui comprend des constructeurs et plusieurs autres partenaires. Nous voulons apporter une réponse solide pour favoriser le développement économique sur cette activité portuaire car un port, c’est du tourisme, du nautisme, de l’activité, du plaisir et une grosse activité économique autour. C’est pour cette raison que la réflexion sur la structuration de ce port est très importante dans une logique de développement de flux, de trafic et de tourisme.

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Installé depuis 2005 à Saint Nazaire, le cabinet Ap’Art imagine et conçoit vos projets d’architecture intérieure de Nantes à La Baule. Pour vos projets de construction et d’extension, de rénovation d’appartements, de lofts, d’immeubles, de maisons individuelles mais aussi de locaux professionnels, nous nous engageons sur un travail de qualité.

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Écrit par Rédaction

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