Voici les résultats du second tour à La Baule :
Franck Louvrier : 45,02 % – 25 élus
Anne Boyé : 10,68 % – 1élu
Marc Lelièvre : 8,01 % – 1 élu
Laetitia Sibillotte English : 36,29 % – 6 élus
L’analyse du scrutin par Yannick Urrien.
La Baule a confirmé ce que l’on pressentait depuis longtemps : la station demeure une terre de droite classique. En reconduisant Franck Louvrier à la mairie avec 45 % des suffrages, les électeurs n’ont pas seulement choisi un homme ; ils ont validé une manière d’exercer le pouvoir municipal. Le résultat du second tour est, à cet égard, éclairant. Franck Louvrier s’impose devant Laetitia Sibillotte English, qui recueille 36,29% des voix, tandis qu’Anne Boyé obtient 10,68% et Marc Lelièvre 8,01%. Ce paysage électoral dit beaucoup de la sociologie bauloise.
La bonne tenue des comptes vaut brevet de sérieux.
C’est là le premier enseignement du scrutin. Franck Louvrier a bénéficié d’un avantage décisif : celui du maire sortant disposant d’un bilan objectivement lisible, notamment sur le terrain des finances publiques, sujet cardinal dans une commune comme La Baule. L’appréciation flatteuse portée sur la gestion municipale par Contribuables associés, avec une note de 18 sur 20 et le qualificatif d’« excellente », n’était pas un détail. Dans un électorat bourgeois, propriétaire, volontiers exigeant et peu enclin aux aventures, la bonne tenue des comptes vaut souvent brevet de sérieux. Franck Louvrier a mené une campagne de maire, c’est-à-dire une campagne d’enracinement : rappeler ce qui a été fait, exposer ce qui reste à accomplir, présenter un programme chiffré, sans esbroufe inutile.
La Baule n’est pas, sociologiquement, un terroir naturel pour le vote lepéniste dans un scrutin municipal.
Face à lui, Marc Lelièvre a toutefois réussi un résultat qui n’est pas négligeable. Avec 8,01 %, il permet au Rassemblement national de retrouver une place au conseil municipal, malgré une campagne compliquée, marquée par les divisions et l’apparition d’une liste dissidente peu avant le premier tour. Le candidat a choisi une stratégie simple : s’abriter derrière la marque RN-UDR, éviter les querelles de personnes et décliner, au plan local, le vieux thème du « bonnet blanc et blanc bonnet », en renvoyant dos à dos une droite jugée trop voisine de la majorité présidentielle et une autre accusée de n’en être qu’une variante tempérée. La méthode lui a permis de consolider son socle. Mais La Baule n’est pas, sociologiquement, un terroir naturel pour le vote lepéniste dans un scrutin municipal. La ville peut, à l’occasion d’échéances nationales, manifester davantage de perméabilité aux poussées droitières contemporaines ; elle demeure plus classique, plus notable, plus patrimoniale.
Anne Boyé a préféré défendre des orientations de gauche dans les limites du possible
Anne Boyé, de son côté, réalise une performance honorable avec 10,68%, presque remarquable au regard de l’ADN politique de la commune. Elle connaît bien la ville, ses équilibres, ses contraintes, et cela s’est vu. Sa campagne fut sérieuse, sans outrance, portée par une gauche de dossiers plus que de slogans. Sur des sujets aussi délicats que le logement social, elle a refusé les facilités du discours magique. Elle sait, comme tous ceux qui fréquentent réellement les affaires locales, que l’État multiplie les injonctions contradictoires : densifier ici, protéger là, construire davantage mais sanctuariser les friches, répondre à l’urgence sociale sans toucher aux équilibres fonciers ni aux paysages. À La Baule, où le foncier est rare et hors de prix, promettre des miracles relèverait du charlatanisme. Anne Boyé a préféré défendre des orientations de gauche dans les limites du possible. Cette lucidité lui vaut de revenir au conseil municipal avec un score solide, qui lui permettra de tenir un rôle de vigie attentive.
Reste le cas, politiquement le plus intéressant, de Laetitia Sibillotte English. Son résultat, 36,29%, en fait indiscutablement la surprise du scrutin. Elle a capté une part importante de cet électorat modéré, central, tempéré, que l’on appelle au niveau national le « bloc central ». Son score montre qu’à La Baule, il existe bel et bien un espace pour une droite plus centriste, moins charpentée idéologiquement. Mais cet espace n’a pas suffi à l’emporter. Et c’est ici que l’histoire locale, toujours plus instructive que les commentaires à chaud, reprend ses droits.
La Baule reste, dans sa mémoire profonde, marquée par la figure d’Olivier Guichard
Le soutien d’Yves Métaireau n’a pas produit l’effet d’entraînement espéré. Ce n’est pas seulement une affaire d’appareil ou d’étiquette ; c’est une question de filiation politique et, plus encore, de tempérament. La Baule reste, dans sa mémoire profonde, marquée par la figure d’Olivier Guichard, c’est-à-dire par une droite d’autorité, de stature, de continuité républicaine et de forte incarnation locale. Yves Métaireau avait su, en son temps, ouvrir une parenthèse, non parce qu’il aurait déplacé la ville vers le centre, mais parce qu’il appartenait à cette vieille tradition de l’UDF provinciale, souvent plus conservatrice qu’on ne le croit à Paris, plus enracinée, plus historique aussi. Il existait jadis, au sein de l’UDF, des hommes très à droite dans leurs convictions, parfois en désaccord avec le gaullisme pour des raisons anciennes, algériennes notamment, mais nullement acquis au centrisme mou. Dans une ville comme La Baule, cette nuance était comprise, presque instinctivement.
Or ce vieux monde a disparu. L’UDF n’existe plus et ses héritiers se sont dispersés entre macronisme, centre gestionnaire, droite indépendante ou droites plus affirmées. Dans cette grande recomposition, Laetitia Sibillotte English n’a pas totalement dissipé une interrogation de fond chez les électeurs : de quel côté penche-t-elle vraiment ? Le flottement idéologique, même léger, se paie dans une ville où l’on aime savoir à qui l’on a affaire. À l’inverse, Franck Louvrier est apparu comme plus lisible, plus conforme à l’image historique qu’une partie de l’électorat se fait encore de son maire : un homme de droite, assumé comme tel, connu au-delà des limites de la commune, et capable d’incarner la ville autant que de la gérer.
Au fond, ce scrutin dit simplement que La Baule demeure fidèle à elle-même. Ni tentée par les ruptures brutales, ni séduite par les ambiguïtés trop modernes, elle reste attachée à une droite de gestion, de tenue et d’enracinement.
