La Maison du Patrimoine de Mesquer accueille jusqu’au 22 mai une exposition collective consacrée à la photo de rue. Vingt-neuf photographes du Club photo de Guérande y présentent 87 clichés, réunis sous l’impulsion de Joël Benkemoun, membre actif du club, sans qui l’événement n’aurait pas vu le jour.
La photo de rue – ou street photography dans sa désignation anglo-saxonne – est pourtant bien née en France, dans les années 1950, portée par une génération de photographes humanistes. Robert Doisneau, Henri Cartier-Bresson, Willy Ronis, Sabine Weiss, ou encore la redécouverte tardive de Vivian Maier : autant de noms qui incarnent cette façon d’habiter le regard dans l’espace public. « Robert Doisneau est d’une certaine façon le père de l’humanisme qui habite la photo de rue », rappelle Joël Benkemoun. Depuis, la pratique a évolué – du noir et blanc à la couleur, de l’argentique au numérique – et les Américains ont largement investi le terrain. Mais l’essence reste la même : saisir, dans un lieu public accessible à tous, un instant fugitif que les autres ne voient pas.
Pêcheur ou chasseur : deux façons d’arpenter la rue
Peut-on préparer une photo de rue ? La question mérite d’être posée, tant la discipline repose sur l’imprévisible. Joël Benkemoun distingue deux profils de photographes. Le premier est un « pêcheur » : il repère un lieu à la belle lumière, à l’architecture intéressante, et attend patiemment qu’il s’y passe quelque chose. Le second est un « chasseur » : il part à l’aventure, à l’affût de ce que les autres ne remarquent pas. Dans les deux cas, on peut rentrer bredouille. « C’est comme à la pêche ou à la chasse », sourit-il. Et c’est précisément là tout le charme de l’exercice : rendre original ce qui est banal, faire d’un instant ordinaire une image unique.
Le portrait de rue et la question du droit à l’image
Parmi les genres de la photo de rue, le portrait – réalisé, en principe, à l’insu du sujet – est celui qui pose le plus de questions éthiques et juridiques. Joël Benkemoun assume une approche humaine : photographier les gens sans qu’ils s’en aperçoivent, pour capturer une expression vraie, puis aller les voir, leur montrer l’image. « L’appareil photo devient vecteur de relations humaines, et c’est quelque chose d’extraordinaire. » Sur le plan légal, la situation est plus nuancée qu’il n’y paraît. La jurisprudence française tend à privilégier l’acte artistique sur le droit à l’image, dès lors que le photographe n’a pas eu l’intention de nuire et que la mise en cause de la vie privée n’est pas démontrée. La photographie des enfants, en revanche, fait l’objet d’une vigilance particulière : Joël Benkemoun l’évite, ou veille à ce que les visages ne soient pas identifiables.
87 photos, autant de regards sur le monde
Les clichés présentés à Mesquer ont été réalisés un peu partout – y compris en région parisienne – et non uniquement sur la presqu’île. Chaque photographe y apporte sa sensibilité propre, son territoire de prédilection, sa façon de trancher l’instant. Ce que tous partagent, c’est une certaine philosophie résumée par Joël Benkemoun avec une formule simple : « Figer l’instant pour que dans l’instant il y ait une éternité. La photo de rue, il faut aimer les autres. »
L’exposition est ouverte jusqu’au 22 mai, de 10h à 12h30 et de 15h à 18h, à la Maison du Patrimoine de Mesquer, face à la mairie. Entrée libre.
