Alain Jambrin de Keralun : « La franc-maçonnerie est discrète, elle n’est pas secrète »

Il dédicace ce vendredi 24 juillet, à partir de 17h30, au restaurant M à La Baule-Escoublac (face à chez Brigitte), son premier ouvrage, À la recherche de la lumière – Réflexions maçonniques d’un franc-maçon du XXIe siècle. Franc-maçon depuis plus de quarante ans, Alain Jambrin de Keralun a choisi d’y raconter, non pas les secrets d’un ordre discret, mais le cheminement d’un homme en quête de sa propre vérité. Reçu sur Kernews, il est revenu sur les raisons de cette démarche, la place de la franc-maçonnerie dans la société française et son rapport, parfois tendu, à la religion et à la politique.


Un cheminement personnel, pas un manuel de secrets

« La maçonnerie est discrète, elle n’est pas secrète », pose d’emblée Alain Jambrin de Keralun, rappelant que les ouvrages sur le sujet ne manquent pas dans les librairies. Son livre ne prétend donc pas lever un voile sur des rites cachés. « Je ne vais pas parler réellement de franc-maçonnerie, je ne vais pas délivrer de secret », explique-t-il. « Je vais parler d’un cheminement, d’un itinéraire d’un franc-maçon libre qui cherche sa vérité, sa propre vérité. » Une démarche personnelle, ancrée selon lui dans une tradition occidentale et européenne parmi d’autres écoles initiatiques, et qu’il dit vouloir « démystifier » à travers son propre parcours.

Une image de réseau qu’il refuse pour lui-même

La franc-maçonnerie traîne parfois une réputation de club d’entraide entre puissants plutôt que de quête spirituelle. Alain Jambrin de Keralun ne l’écarte pas totalement : « Elle peut attirer ce type de personnes qui recherchent la mise en relation avant tout, et on trouve ce type d’attitude dans toutes les associations, tous les groupes. » Mais il s’en distingue nettement : « Ce n’est pas ma démarche. » Selon lui, la majorité des frères qu’il côtoie depuis quarante ans cherchent avant tout à mieux se connaître eux-mêmes. « Un franc-maçon, dans le doute, c’est quelqu’un qui se pose des questions. »

Laboratoire d’idées et travail sur soi

Il distingue deux dimensions dans la franc-maçonnerie contemporaine : une dimension de réflexion collective sur les grands sujets de société « ce laboratoire d’idées, ce think tank », et une dimension plus intime, tournée vers le travail intérieur. Les deux sont liées, insiste-t-il : « Pour changer le monde, il faut avant tout se changer soi-même, parce qu’on ne peut pas changer le monde si soi-même on est perclus de croyances illusoires sur soi-même. »

Aux origines : une zone de neutralité politique, avant tout

Interrogé sur l’origine du mouvement, Alain Jambrin de Keralun rappelle que la Grande Loge de Londres, fondée en 1717, est née dans un contexte de tensions politiques et religieuses en Angleterre, conçue comme un espace de neutralité entre partisans des Stuart et leurs adversaires. Il en tire une différence de nature avec les religions révélées : « La religion vous impose une doxa, une vérité révélée. La maçonnerie, elle, est en recherche d’une vérité. Il y a forcément une opposition par rapport au principe même d’une vérité absolue qu’on ne peut pas contester. » Une opposition de principe, précise-t-il aussitôt, qui n’empêche pas nombre de francs-maçons d’être croyants et pratiquants : « Pour moi, il n’y a pas d’opposition. »

Il situe la véritable rupture avec Rome du côté des Lumières : « Il y a eu cette école de philosophie, les philosophes des Lumières, qui ont voulu apporter un éclairage différent : le libre arbitre, la capacité à penser par soi-même. C’est ce qui a créé cette forme d’émancipation par rapport à l’Église romaine. » Yannick Urrien cite l’exemple d’Omar Bongo, ancien président du Gabon, musulman pratiquant et, selon lui, grand maître de sa propre obédience, comme illustration qu’appartenance religieuse et engagement maçonnique ne s’excluent pas nécessairement même si l’Église catholique, elle, continue d’affirmer leur incompatibilité.

Euthanasie, avortement : des obédiences qui ne pensent pas la même chose

L’actualité récente de la loi sur la fin de vie a relancé la question de l’influence maçonnique sur la société française. Alain Jambrin de Keralun invite à la nuance : toutes les obédiences ne se ressemblent pas. Le Grand Orient de France, qui revendique près de 50 000 membres, admet en son sein athées, agnostiques et croyants et assume une orientation « progressiste », portée sur la réflexion sociétale. La Grande Loge nationale française, à l’inverse, exige une croyance en Dieu et interdit tout débat politique ou religieux dans ses loges, privilégiant un travail centré sur le symbolisme et la spiritualité.

Sur le fond du débat – qui, de l’individu ou d’une puissance supérieure, est propriétaire de la vie – il situe la ligne de partage entre l’Église, pour qui « la vie ne vous appartient pas, elle appartient à un Dieu », et le libre penseur, pour qui « la vie appartient à celui qui la porte ». Une logique qu’il applique à la fin de vie mais qu’il se garde d’étendre mécaniquement à l’avortement, jugeant la question du fœtus « d’une autre nature ». Sur ce sujet précis, il préfère ne pas trancher publiquement : « C’est un sujet où je ne prendrai pas parti, car je considère que c’est de l’intime et du personnel. » Yannick Urrien rappelle au passage que les francs-maçons ont historiquement pesé dans l’adoption du droit à l’avortement porté par Simone Veil, tout en observant que le texte voté en 1975 « n’a plus rien à voir avec ce qu’il est devenu aujourd’hui ».

Une influence politique en net recul depuis la IIIe République

Alain Jambrin de Keralun relativise enfin le poids politique actuel de la franc-maçonnerie, qu’il compare à celui d’un lobby parmi d’autres. Il rappelle qu’environ 70 % des membres du Sénat et de l’Assemblée nationale étaient francs-maçons sous la IIIe République : un rapport de force sans commune mesure avec aujourd’hui. Le Grand Orient continue, selon lui, de pencher plutôt à gauche, quand d’autres obédiences comme la Grande Loge nationale française sont plus conservatrices. Mais il insiste sur un point : « Ce n’est pas la franc-maçonnerie qui dicte, ce sont les personnalités » qui la composent.

« Je ne propose aucune solution »

En clôture d’entretien, Alain Jambrin de Keralun a tenu à préciser l’esprit de sa démarche : « Je ne pose, je ne propose aucune solution. J’interpelle plutôt les personnes à se poser des questions. » Et de conclure : « Nous ne sommes que des voyageurs, mais nous pouvons laisser derrière nous une véritable trace de lumière. »

À la recherche de la lumière — Réflexions maçonniques d’un franc-maçon du XXIe siècle, d’Alain Jambrin de Keralun. Séance de dédicace ce vendredi 24 juillet à partir de 17h30, restaurant M, place du marché à La Baule-Escoublac.

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