La figure légendaire du disco et de l’électro en concert à Pornichet
Un grand concert caritatif réunira 5 000 personnes le samedi 20 juin à l’hippodrome de Pornichet. Après le succès rencontré l’année dernière, les clubs Rotary de Guérande, Pornichet et Saint-Nazaire proposent une nouvelle édition de la Nuit électro, au profit exclusif d’associations œuvrant en faveur de la jeunesse défavorisée. Le programme 2026 est ambitieux. Le concert se déroulera en plein air, avec une capacité d’accueil de 5 000 places. Deux artistes de renommée internationale ont accepté de s’engager au service de cette cause : Cerrone, icône de la musique disco et électro, et Feder, qui proposera un set mêlant deep house et électro pop, taillé pour fédérer un large public. L’ouverture et la clôture du concert seront confiées à l’artiste Corentin Mab. La participation de Cerrone à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris de 2024 a rappelé son statut de légende culturelle française. Il a accepté de répondre aux questions de Yannick Urrien.
Pratique : Nuit électro, samedi 20 juin 2026, à l’hippodrome de Pornichet. Billetterie sur les réseaux : Ticketmaster, Weezevent, Centres E. Leclerc de Guérande et de L’Immaculée, offices de tourisme de Pornichet et de La Baule. Restauration sur place.
Kernews : On peut penser que chaque famille française a eu un disque de Cerrone dans sa discothèque…
Cerrone : Je ne vais pas vous contredire, c’est ce que j’entends beaucoup : à l’époque, en 1974, il y avait les premiers modèles de hi-fi, c’est-à-dire de la stéréo avec des bons haut-parleurs. On commençait à voir se développer les chaînes, avec un haut-parleur de chaque côté, un amplificateur et une platine. Cela m’a permis de lancer « Love in C Minor », qui était sorti en 1976. J’avais passé beaucoup de temps à fignoler les sons, plutôt que de mixer avec des petits haut-parleurs. En plus, je venais d’un groupe de rock-afro qui s’appelait Kongas. Je me souviens d’être arrivé à Londres en expliquant que je voulais me faire livrer une tour de sons de chaque côté. Le directeur du studio m’avait pris pour un malade. Je crois que j’avais raison et c’est pour cela aussi que mes albums correspondent exactement à ce qui se fait aujourd’hui.
Il y a également la puissance de la publicité, car la musique de Brigade Mondaine a servi de base pour les spots d’un éditeur et on l’entendait en permanence sur les radios…
C’est très bien !
Que signifie la musique disco pour vous ?
C’est tout simplement la musique de discothèque. C’est une musique qui est faite pour prendre du plaisir et, que ce soit de la house, de la techno ou de l’électro, à partir du moment où c’est fait pour danser, c’est de la musique de discothèque. On a coupé le mot en deux et l’on a appelé cela la musique disco. Pendant très longtemps en France, on a cru que c’était une mode, mais c’est un vrai style de musique qui est vraiment fait pour prendre du plaisir. C’est pour cela que dans les festivals on voit tous ces jeunes qui s’éclatent en ne se préoccupant pas du tout de la manière dont ils bougent. En 1976, nous avons été une poignée de producteurs à produire et composer de la musique pour ces lieux. À l’époque, on appelait cela des night-clubs. C’étaient des endroits où l’on écoutait tous les hits qui étaient diffusés dans les radios, alors que les discothèques étaient à l’opposé car elles ne programmaient pas les titres que l’on entendait en radio. Les gens prenaient du plaisir à écouter des musiques différentes. C’est ce qui a marginalisé la disco, mais c’est devenu un style. Depuis cinquante ans, tous les DJ qui ont en fait des remixes se sont inspirés de cet univers festif avec des nouvelles mélodies et c’est vraiment une manière de s’éclater en écoutant de la musique.
Les discothèques ont subi beaucoup de difficultés depuis la crise de la Covid, toutefois on n’a jamais autant entendu de musique de discothèque dans notre vie quotidienne…
Oui, parce qu’il n’y a jamais eu autant de festivals. Il y en a qui ont des difficultés, c’est peut-être lié à leur programmation, mais chaque fois que je fais un festival, c’est toujours plein et cela fonctionne du feu de Dieu ! Tout dépend de la programmation, sans vouloir juger qui que ce soit.
À l’époque, il y avait les artistes de la Motown, c’était vraiment du funk. Or, vous avez été le premier blanc à vraiment travailler cette musique…
C’était un accident. J’avais quitté le groupe Kongas. C’était beaucoup plus violent et j’ai voulu faire un dernier album, simplement pour me faire plaisir. J’ai mis ma batterie très en avant, ce qui ne se faisait pas à l’époque, et j’ai commencé à mettre une basse, puis des cordes, à la manière de Barry White, puis des cuivres à la manière du groupe Chicago, avec très peu de voix. C’était vraiment fait pour les discothèques. Je ne voulais pas m’adresser aux radios. À cette période, beaucoup d’artistes cherchaient à tout faire pour éviter de ressembler aux autres, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Dans la culture, on faisait tout pour se marginaliser et ne pas ressembler aux autres, c’est pour cela que cela reste aujourd’hui. Mais c’est vrai, lorsque je suis arrivé chez Atlantic Records, il y avait Ray Charles, Quincy Jones et les Jackson Five, je me suis dit que cela allait durer trois mois. Finalement, cela a duré plus de cinquante ans.
Vous avez été programmé sur les radios, ce qui était un événement à l’époque parce que c’étaient des titres longs…
La maison de disques faisait des raccourcis de 3 à 3,30 minutes, spécialement pour les radios. Je n’ai pas pu empêcher cela, mais cela a été bien fait et c’est peut-être aussi pour cela que je suis encore là aujourd’hui.
À l’époque, la batterie n’était pas considérée comme un instrument noble, il fallait plutôt apprendre le piano ou le violon…
A l’époque, on disait que c’était un instrument accompagnateur, alors que j’en ai fait un instrument leader : la batterie d’abord et le reste se pose dessus. Même quand j’utilisais des mélodies et des chanteurs, j’ai toujours traité les voix comme un instrument. C’est pour cela que je n’aime pas trop la pop. Même quand il y a des voix, elles doivent accompagner la musique. Ce n’est plus l’époque de Joe Dassin où l’on entend à peine la musique derrière. Cette période de production est révolue.
Vous avez pris vos sources musicales dans cette musique noire de la Motown. Ensuite, on a vu l’évolution du zouk avec des groupes comme Kassav’ que vous avez influencés…
Oui, avec la mise en valeur de la batterie. Mais Kassav’ s’est davantage inspiré d’un groupe comme Kongas. Et c’était moi…
Après, il y a eu la période de la disco italienne, qui n’a finalement pas traversé le temps…
Effectivement, en 1979, les Américains ont lancé un mouvement qui s’appelait Disco sucks. Toutes les grandes compagnies qui avaient loupé ce virage ne comprenaient pas cette musique… Alors, dans chaque pays, on a demandé aux stars locales de faire des arrangements disco. Mais ce n’est pas le vrai esprit du disco. En France, il y a eu Dalida ou Claude François, mais leurs chansons étaient tellement fortes que cela aurait été des succès de toute manière. Les DJ ont préféré sampler le groupe, c’est-à-dire la couleur, mais pas les voix. Il ne faut pas croire à travers mes propos que je n’aime pas la pop, mais je développe simplement mon style.
Vous serez le 20 juin en concert à l’hippodrome de Pornichet. On espère y entendre tous vos succès, dont Supernature…
Ce sera au rendez-vous !
Il y a un point intéressant dans votre musique : lorsque l’on écoute des titres de la Motown, mais aussi de la pop ou du rock, que ce soit Patti Smith ou Electric Light Orchestra, on arrive à dater l’époque à travers le son. Mais ce n’est pas le cas chez vous…
J’apprécie, je vous laisse le dire, mais je ne peux pas répondre. C’est aussi ce qui m’a fait passer toutes ces décades.
C’est un son fort et puissant, pas forcément très compressé comme les sons actuels qui sont difficiles à entendre longuement…
L’EDM (Electronic Dance Music) a poussé à cela, c’est-à-dire que beaucoup de jeunes ont découvert ces nouvelles machines qui jouaient presque toutes seules. Ils y sont allés à fond. En fin de compte, un sample devenait un titre en entier et, pour avoir une particularité, il fallait rajouter des grosses basses. Aujourd’hui, en 2026, il y a plein de bonnes choses et il y a de très belles voix.
Cerrone n’aurait jamais été Cerrone si vous n’aviez pas aussi été chef d’entreprise…
Je n’avais pas le choix. Lorsque je pensais faire mon dernier album, j’ai lancé ma production de vinyles, en croyant en vendre assez peu. La maison de disques Island Records a été la seule à accepter de fabriquer mes disques. Simplement, il fallait en faire 5000 au minimum. Qu’est-ce que j’allais faire avec 5000 disques ? J’avais encore quelques économies et j’ai finalement accepté. J’ai commencé à en mettre quelques-uns et tout est parti à une vitesse incroyable. Le magasin Champs Disques, qui était sur les Champs-Élysées, a commencé à m’en prendre 20, puis 50, puis 100… Un jour, il me demande 300 disques ! Au bout de 48 heures, il me rappelle en me disant que son magasinier s’est trompé : au lieu de renvoyer les Barry White aux États-Unis, il a renvoyé mes disques par erreur. Les disques sont arrivés chez un grossiste à New York. Les albums ne sont jamais revenus… Tout est très vite parti et tout le monde m’a dit que ce que je faisais marchait très bien aux États-Unis. Je me suis demandé ce qui se passait. Je n’y croyais pas trop ! J’ai découvert que mes vinyles étaient joués dans la majorité des clubs à New York. Avec un copain, je suis allé à New York et j’ai signé avec Atlantic Records. Cela s’est fait en 48 heures. Il y avait un tel buzz autour de cet album qu’il est devenu numéro un.
La leçon qu’il faut retenir c’est que lorsque l’on ne croit pas en vous, il faut savoir se prendre en main…
Il faut surtout y croire. Je n’ai jamais fait cela pour me mettre en lumière pour l’argent. J’ai fait cela pour prendre du plaisir sur scène. Cette inspiration vient de ces images que j’ai toujours gardées.
Parlons de votre vie maintenant. Lorsque vous viviez aux États-Unis, vous avez toujours payé vos impôts en France, mais vous avez récemment dit que vous aviez une retraite de 900 € par mois…
Oui, cela m’est égal, mais je n’ai jamais manqué. Quand on réussit, on dit toujours qu’il faut avoir de bons avocats ou de bons fiscalistes, mais je les ai toujours regardés étrangement. Cela m’est égal. À partir du moment où j’ai assez pour bien vivre et jouir du plaisir que je prends sur scène, je considère que j’ai de la chance et cela me suffit.
Votre moteur, c’est évidemment d’entreprendre…
Il y a eu des hauts et des bas, mais les bas ne m’ont pas tellement fait souffrir parce que, dans les périodes hautes, j’ai toujours été plutôt une fourmi qu’une cigale. Cela m’a permis de tenir, de continuer de produire, de faire de belles vidéos… Donc, je n’ai jamais arrêté. L’argent que l’on amasse sert à cela. On a tous une formation, une éducation différente. Je continue de jouer et vous n’imaginez même pas le plaisir que je peux prendre. La réussite, ce n’est pas l’argent que l’on amasse, même si je ne suis pas philanthrope !
