David Samzun : « Saint-Nazaire vit un eldorado économique exceptionnel »

Candidat à un troisième mandat à la tête de Saint-Nazaire, le maire sortant David Samzun était l’invité de Kernews. Logement, commerce de centre-ville, coopération territoriale, sécurité et hôpital public : il a dressé un tableau sans fard des défis qui attendent la ville, tout en défendant une méthode fondée sur le pragmatisme et le refus des promesses intenables.

La retranscription de cet entretien avec David Samzun a été retravaillée par la rédaction à des fins de lisibilité. Seuls les propos tenus dans l’enregistrement audio font foi.

Kernews : Vous briguez un troisième mandat. Qu’est-ce qui vous pousse à repartir ?

Les Nazariennes et les Nazariens savent qui je suis, j’ai des valeurs, un projet, une méthode de travail, et surtout une très belle équipe. Ce que je propose, c’est bien sûr de continuer les politiques que nous menons depuis douze ans, mais aussi de révéler Saint-Nazaire — et il y en a encore beaucoup sous la pédale ! Il faut également s’adapter à une évolution permanente de la société, à ses contraintes, mais aussi à ses opportunités. Saint-Nazaire est en train de vivre un eldorado économique exceptionnel, et ça demande des adaptations. Il s’agit de conjuguer cette ville industrielle, au service de la transition énergétique, avec ce que j’appelle la ville plaisir, la ville où il fait bon vivre.

Le climat politique est de plus en plus agressif. Êtes-vous une sorte de candidat de la tempérance ?

Depuis que je suis engagé en politique, j’ai toujours dénoncé les violences, d’où qu’elles proviennent — extrême gauche ou extrême droite. J’ai un respect profond pour la République et la démocratie. Les réseaux sociaux portent une lourde responsabilité dans cette dégradation, notamment à travers l’anonymat qui permet d’écrire n’importe quoi sans en rendre compte. Moi, j’ai décidé de rester fidèle à ce que je suis, à mes valeurs, à un travail d’équipe, et de ne pas entrer dans ce type de politique. Faire de la politique, c’est mener le débat démocratique. Je ne bouge pas de ma ligne.

Le logement est l’un des thèmes forts de cette campagne. Quelle est votre analyse ?

Saint-Nazaire pèse dix milliards d’euros de balance commerciale. On attend quinze à seize mille nouveaux contrats de travail chez les grands donneurs d’ordre dans les cinq ans à venir. J’ai toujours dit que le logement n’est pas un produit : on a tous besoin d’un toit, quel que soit notre âge, notre genre, notre situation. La difficulté, c’est de loger au mieux sans freiner le développement économique, tout en répondant à la solvabilité des ménages — ces hommes et ces femmes qui n’arrivent plus à se loger près de leur lieu de travail. Saint-Nazaire est contrainte par la Loire, la mer et le parc de Brière. Le foncier est devenu rare et les prix s’envolent. L’inaccessibilité au logement est une réalité.

Peut-on encore concevoir le logement à l’échelle d’une seule commune ?

Bien sûr que non. Depuis mon premier mandat, j’ai travaillé à construire une entente avec les territoires voisins : Redon, Cap Atlantique, Pontchâteau, Savenay, le Sud-Loire… Quand on parle du bassin industriel nazairien, il faut raisonner à l’échelle de la Basse-Loire. Autour de Saint-Nazaire, il n’y a pas d’élus issus des rangs extrémistes — c’est plutôt une bonne nouvelle. On est dans un arc républicain. Et même si on ne vote pas toujours pareil, on sait se rassembler pour combattre les extrêmes.

La frontière invisible entre Saint-Nazaire et Pornichet, entre la presqu’île et l’agglomération, semble s’être estompée…

On est sur le même bassin de vie, c’est une évidence. Les gens qui habitent à La Baule ne pensent pas en termes de frontières institutionnelles. Il faut raisonner intelligemment, y compris dans la rareté financière qui est aujourd’hui une réalité absolue. Chaque territoire a ses spécificités : Saint-Nazaire ne sera jamais une station balnéaire, La Baule ne sera jamais une ville industrielle. Mais c’est précisément en travaillant ensemble, avec nos complémentarités géographiques et historiques, qu’on peut répondre aux enjeux du logement, de la mobilité, de la culture, du sport et tout simplement du plaisir de vivre.

En début d’année, vous avez réagi à des messages sur les réseaux sociaux attribuant à la mairie la responsabilité de la fermeture de commerces…

Le commerce traditionnel de centre-ville est en grande révolution, et ce partout en France. Internet, le pouvoir d’achat, les zones de chalandise qui se réduisent… Ceux qui rêvent encore des centres-villes des années 70-80 regardent dans le rétroviseur. C’est une évolution de société. Mais nos villes ont besoin de centres-villes vivants, de lieux d’échange et de lien social. Le service et la culture doivent en être les leviers principaux.

En résumé, pas de grande révolution, mais de la stabilité et de l’adaptation ?

Je vois bien que certains veulent raser gratis, promettre des gratuités ici ou là. Moi je connais la réalité des finances publiques et des difficultés des habitants. Je mène cette campagne avec sérieux, détermination et rationalité. Je ne ferai pas de promesses que je ne pourrais pas tenir. Le maire, quel qu’il soit, croise ses électeurs tous les jours — au marché, dans les lieux de promenade. Je ne veux pas baisser les yeux.

Un dernier sujet que nous n’avons pas encore abordé ?

La santé, d’abord. Notre hôpital public, la Cité Sanitaire, a besoin d’un investissement de 300 millions d’euros pour être dimensionné correctement, notamment ses urgences. J’alerte le gouvernement, le ministère de la Santé et surtout Bercy. Et puis la tranquillité publique et la sécurité — je n’ai jamais considéré ces sujets comme appartenant à un seul camp politique. Le développement de la vidéoprotection, de la police municipale et de son armement concerne tout le monde, y compris les populations les plus fragiles. Je suis un social-démocrate pragmatique et je n’ai aucun tabou sur ces questions.

Interview réalisée par Yannick Urrien pour Kernews.

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