Franck Louvrier : « Le maire doit incarner sa ville en en faisant sa promotion à l’extérieur. »

Le maire de La Baule publie « Ce qu’il me reste à faire »

Franck Louvrier crée la surprise en annonçant la sortie d’un livre témoignage sur ses cinq premières années de mandat, mais pas seulement, car il y révèle aussi ses projets pour la ville, ses joies et ses déceptions. Plutôt que de lancer quelques messages sur les réseaux sociaux ou des vidéos courtes, le maire de La Baule a fait le choix de l’explication précise à travers le format de cet ouvrage, notamment parce qu’un livre s’inscrit dans le temps.

« Ce qu’il me reste à faire » de Franck Louvrier est publié aux Éditions Librinova.

Kernews : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire un livre pour revenir sur votre action et pour faire part de vos projets ?

Franck Louvrier : La vie quotidienne d’un maire, c’est le temps de l’action, de la pédagogie, pour expliquer ce que l’on fait, mais aussi de la réflexion. Je crois en l’écriture, en plus de la présence dans la ville, comme un lien durable de proximité avec les Baulois. Par ce livre, j’essaie d’établir un contrat avec eux. Ce n’est pas un programme, mais ce sont des confidences, des constats et des perspectives. Le livre, c’est ce qui reste quand on a tout oublié. C’est du solide, face à la superficialité de l’audiovisuel et des réseaux sociaux. C’est un ouvrage de 184 pages qui permet, au cœur de l’été, de prendre le temps de la réflexion. J’ai donc souhaité, dans un souci de transparence, revenir sur ce mandat et me projeter sur l’avenir. Le maire, c’est autant celui qui reçoit des ministres, que des personnes en détresse. C’est autant celui qui transforme chaque jour des informations en décisions, que celui qui construit pour les 100 ans à venir notre protection contre la mer, avec notre projet sur la promenade de mer. L’engagement politique est quelque chose de sérieux, ce ne sont pas simplement des messages sur les réseaux sociaux ou des postures sur les photos. Il faut une vision pragmatique sur la sécurité, l’aménagement de la ville, la maîtrise fiscale et l’environnement. J’évoque aussi mes relations avec l’équipe municipale et avec les Baulois. Je fais part de ma déception à l’égard du rôle de l’intercommunalité et de sa dérive financière préoccupante. Il y a de nombreux sujets. C’est aussi un peu un livre de politique nationale, puisque j’aborde mon engagement politique.

Chaque lecteur va retenir quelque chose selon sa sensibilité. J’ai noté que vous avez refusé que l’association « Les restos du cœur » déménage de l’autre côté de la voie ferrée. J’ai trouvé cette attitude très symbolique…

C’est l’une des premières décisions que j’ai prises quand je suis arrivé à la mairie. En raison de la pression immobilière, on m’avait conseillé de récupérer le maximum de foncier, en m’expliquant que l’association « Les restos du cœur » pouvait passer de l’autre côté de la ligne de chemin de fer et même s’éloigner un peu plus. Et j’ai refusé. Je considère que l’équilibre d’une ville, c’est aussi sa diversité, donc c’est aussi « Les restos du cœur ». Cela permet de prendre conscience de l’environnement dans lequel nous sommes. On ne met pas tous les gens qui se ressemblent d’un côté et tous les autres de l’autre.

Il y a un aspect très gaulliste social dans cette démarche…

Peut-être…  J’ai le sentiment que c’est le maire qui façonne sa ville et c’est pour cela qu’il doit continuer de détenir le permis de construire. À un moment, le président de la République voulait que les préfets récupèrent le permis de construire. Ce serait une erreur. Nous avons la responsabilité de maintenir cet équilibre pour ne pas être une ville dortoir ou une ville commerciale.

Vous citez aussi vos interventions sur les médias nationaux. Parfois, il y a des messages qui circulent sur les réseaux sur le fait que vous y êtes très présent. C’est amusant car, il y a quelques années, les Baulois disaient « Yves Métaireau est un bon maire, mais il n’est pas connu sur le plan national comme l’était Olivier Guichard… » Et maintenant, on entend exprimer l’inverse : « Franck Louvrier est un bon maire, mais on le voit trop sur les plateaux parisiens ! »

D’abord, je suis souvent en direct de La Baule, depuis mon bureau, et parfois même du bureau de mon domicile. Le rôle d’un maire, c’est d’incarner sa ville, surtout quand c’est une ville qui entend être attractive, notamment en attirant le tourisme d’affaires ou de loisirs. Donc, le maire doit incarner sa ville en en faisant sa promotion à l’extérieur. D’abord, nous sommes en concurrence avec d’autres communes, comme Biarritz, Deauville ou Le Touquet. Nous devons être les meilleurs pour avoir cette activité à l’année, car c’est ce qui fait vivre les Baulois au quotidien. Nous avons besoin d’avoir une fréquentation permanente et pas uniquement concentrée sur l’été. Quand on a plus d’habitants, on a des infrastructures de qualité. Il est important pour moi d’incarner cette ville, sans excès et sans ego, avec toujours comme mission de la vendre à l’extérieur.

Pourquoi avez-vous choisi comme titre « Ce qu’il me reste à faire » et non « Ce qu’il reste à faire » ?

Parce que, d’abord, une équipe municipale, c’est 33 personnes, avec une équipe majoritaire d’environ 25 personnes. À la fin de ce mandat, la responsabilité repose sur vos épaules et non sur les épaules de l’ensemble des conseillers municipaux. Il est de votre responsabilité d’engager ce projet et donc c’est : « Ce qu’il me reste à faire ». D’ailleurs, en ce moment, on retrouve beaucoup les pronoms relatifs dans les titres. Michel Barnier a écrit « Ce que j’ai appris de vous », chez Jordan Bardella, c’est « Ce que je cherche » et, pour moi, c’est « Ce qu’il me reste à faire ». Je travaille avec une maison d’édition, Librinova, qui a été fondée par deux femmes issues du monde de l’édition et cela me fait plaisir de participer à cette start-up qui est maintenant une maison installée.

J’ai mentionné cette anecdote sur votre volonté de maintenir « Les restos du cœur » au cœur de la ville, avec celle de ne pas cacher la misère, ce qui implique aussi d’entreprendre des efforts pour que ces personnes aient une meilleure vie. Ces signes sont-ils plus importants qu’un programme politique à une époque où tout est incertain ? On ignore ce qui va se passer dans les mois ou les années qui viennent, entre les guerres, les risques sociaux, les tensions climatiques… En fait, on ne vote pas pour un programme, qui peut forcément évoluer, mais surtout pour une personnalité et une morale…

Le principe d’un livre, c’est de prendre son temps, surtout à une époque où l’on privilégie les formats très courts. C’est aussi une manière de pouvoir se poser. J’ai 57 ans, j’ai de l’expérience dans le monde politique, comme dans le secteur privé, et je pense que le maire a deux facettes. Il y a le maire de la transmission mémorielle et des mariages – ce sont les moments que je préfère – et le maire qui veille à la qualité de vie des agents, dont le dévouement est remarquable, mais il y a aussi la projection dans l’avenir. Il faut adapter la ville aux enjeux du XXIe siècle. Par exemple, nous commençons à travailler sur l’utilisation de l’intelligence artificielle au sein de la collectivité. Nous allons travailler sur la désalinisation de l’eau. On a la chance d’être au bord de l’océan Atlantique, donc il faut utiliser cette source majeure pour éviter d’arroser nos espaces verts avec de l’eau potable.

Vous décrivez aussi vos rapports avec vos administrés et leurs demandes diverses, parfois contraires, en rappelant que vous devez respecter les lois de la République. Vous ne pouvez pas faire ce que vous voulez, vous n’avez pas le pouvoir du Prince Albert à Monaco…

Il y a un État, c’est vrai, on est confronté tous les jours à des injonctions contradictoires. Il y a les injonctions contradictoires de l’État : on nous demande de construire davantage, mais en même temps on nous diminue nos espaces fonciers. Il y a aussi les injonctions contradictoires des habitants, qui veulent plus de policiers dans les rues, tout en payant moins d’impôts. Un maire doit gérer tout cela pour l’intérêt général.

La population de La Baule est-elle difficile ? J’ai regardé le courrier des lecteurs de La Baule+ depuis 20 ans et, chaque année, il y a des messages récurrents : « La Baule décline », « Avant c’était mieux », « La station perd de son prestige » …

C’est le quotidien qui est difficile pour les gens, c’est le monde qui est difficile aussi. Il ne faut pas se leurrer. Nous sommes dans un pays qui a 3300 milliards de dettes, le territoire européen est en conflit, nous sommes dépendants de la météo et des difficultés environnementales, il y a la baisse du pouvoir d’achat des Français… Le quotidien est difficile. Après, nous devons apporter des réponses pour une meilleure qualité de vie. Je veux être le maire de la qualité de vie. La France change. La Baule du XXIe siècle ne sera pas La Baule du XIXe siècle. On doit donc s’adapter pour amener toujours une meilleure qualité de vie au quotidien.

Vous évoquez votre équipe municipale et vos souhaits pour la prochaine équipe : vous insistez beaucoup sur la loyauté et la disponibilité. Avez-vous pu observer parfois un manque de loyauté ou de disponibilité ?

Non, cela a toujours été un critère de jugement pour moi, car les Baulois veulent de la disponibilité et que l’on soit loyal à l’endroit du programme que l’on a engagé. Ce n’est pas une remarque centrée sur ma personne, mais une remarque qui concerne la volonté des Baulois qui demandent des élus disponibles. On ne peut pas être conseiller municipal seulement deux jours par semaine. Il y a des réunions le mardi, le mercredi, le jeudi. Je suis toujours très exigeant à mon endroit, comme à l’égard de ceux qui travaillent avec moi, car c’est une chance formidable que de pouvoir être élu. Il est difficile de travailler tout en étant élu, mais il faut faire des choix. La disponibilité est importante, car les sujets sont de plus en plus complexes. Il y a un environnement juridique et financier qui est de plus en plus prégnant. Donc, il faut du temps pour trancher.

Partager