Jean-Claude Pelleteur : « Edouard Philippe ne peut pas gagner la présidentielle »

Habituellement discret sur la scène nationale, le maire de Pornichet sort de sa réserve. Après un week-end de violences, il redoute un second tour opposant l’extrême droite à l’extrême gauche. Il appelle les modérés à se rassembler et ne cache plus son intérêt pour David Lisnard. Jean-Claude Pelleteur le rappelle volontiers : il ne fait « jamais de déclaration politique ». Maire d’une ville modeste au regard des métropoles de 300 000 habitants, il dit s’occuper « exclusivement » de Pornichet. Mais au micro de Kernews, au lendemain de la cérémonie organisée à l’initiative de l’Association des maires de France, il a choisi de parler. « Là, il va falloir réagir », explique-t-il.

« La France silencieuse est effarée »

 

Le week-end de violences qui a secoué le pays, il l’a vécu « très, très mal ». Il n’est pas le seul. Beaucoup de Pornichétins sont venus spontanément au rassemblement. « On est restés longtemps à discuter. Ils me l’ont dit : ils représentent la France silencieuse, celle qui a les valeurs de la République et qui est effarée par ce qui s’est passé. » Pour le maire, l’enjeu dépasse les dégâts matériels : « Ce sont les valeurs de la République qui sont mises en cause. Très clairement. » Il ne balaie pas pour autant les colères qui s’expriment. Il rappelle que les jeunes sont ceux qui ont le plus souffert de la crise sanitaire. « Interdire à des jeunes de se rassembler pendant deux ans, c’est dramatique pour eux. » Ils dénoncent depuis longtemps le manque d’effectifs dans les écoles, sans avoir été entendus. La vie chère est aussi « une réalité » qui touche tout le monde, des retraités aux classes moyennes. « Il y a un manque d’écoute manifeste », reconnaît-il.

La limite est nette : « Que les gens manifestent, c’est normal. Qu’ils manifestent dans le pillage et la casse, c’est complètement anormal. Quand on voit des villes littéralement dévastées, c’est inadmissible. »

Les deux extrêmes à la manœuvre

Derrière les casseurs, Jean-Claude Pelleteur ne voit pas une seule main. « Il n’y a pas que l’extrême gauche qui est en cause. Je suis persuadé que, dans ces mouvements, l’extrême droite est aussi derrière et attise. » Sa crainte, c’est que cette tension serve une logique électorale. « Tout nous pousse pour qu’on ait à choisir, dans six mois, entre un président d’extrême droite et un président d’extrême gauche. Il n’y aurait rien de plus terrible pour la France. »

Il compte sur une décantation rapide parmi la trentaine de candidats déclarés ou pressentis. Selon lui, beaucoup ne se présentent « que pour leur intérêt personnel ». « Il faut des gens qui agissent en vue de l’intérêt général. Et ce n’est certainement pas à l’extrême droite ou à l’extrême gauche qu’on les trouvera. »

Edouard Philippe, « un homme d’État » condamné par son bilan

La partie la plus franche de l’entretien concerne Edouard Philippe. Le maire de Pornichet assure qu’il n’a rien de personnel contre lui : « J’ai toujours pensé que c’était un homme d’État. » Son verdict est pourtant sans appel. « Il a été Premier ministre d’Emmanuel Macron pendant des années. Ce n’est pas possible. De toute façon, il ne sera pas élu. »

Il voit deux handicaps majeurs. Le premier, ce sont les anti-macronistes, « et il y en a beaucoup ». Le second, c’est la France rurale, « qui n’a jamais accepté les 80 km/h. Il ne faut pas l’oublier : c’est lui qui a fait ça ». Pour lui, l’ancien Premier ministre ne peut pas l’emporter, et il pourrait même ne pas atteindre le second tour. Le message vaut pour tous les anciens locataires de Matignon sous Emmanuel Macron : « Il faut qu’ils en prennent conscience. »

Vers David Lisnard ?

Faut-il alors miser sur David Lisnard, le maire de Cannes ? Jean-Claude Pelleteur ne prononce pas son nom, mais il ne s’en défend pas : « J’ai un peu cette impression, moi aussi. » Il a d’abord hésité, puis le raisonnement s’est imposé. Puisque le candidat du « macronisme » paraît condamné, il faut un autre profil pour éviter le duel des extrêmes. Il reste prudent sur le vocabulaire : lorsqu’il parle des « républicains », il précise qu’il ne vise pas le parti Les Républicains, mais l’ensemble des modérés.

Sa conclusion sonne comme un appel : « Il va falloir que les Français modérés réagissent, parce que ce qui va se passer est trop grave. Trop grave. »

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