La Baule a vécu vendredi l’un de ces moments de sport que l’on n’oublie pas. Dans un stade François-André plein, vibrant, presque suspendu à chaque foulée, l’équipe de France a remporté la Coupe des Nations Barrière, l’épreuve phare de la deuxième journée du Jumping international de La Baule. Un succès attendu depuis 2017, et qui a pris, au fil de l’après-midi, des allures de grande communion populaire.
Il y avait tout, ce vendredi, pour écrire une belle page du sport français : du suspense, des champions, des chevaux exceptionnels, un public debout et, au bout du compte, cette Marseillaise reprise par 7 500 spectateurs. Pendant quelques minutes, La Baule a été le centre du monde du cheval. Et ceux qui étaient présents garderont longtemps en mémoire cette clameur, ces sourires, ces bras levés, ces cavaliers émus comme des enfants.
La victoire française s’est jouée au bout du suspense. L’Allemagne, en tête après la première manche, semblait solidement installée pour l’emporter. Les cavaliers allemands avaient même deux occasions de conclure. Mais dans une Coupe des Nations, rien n’est jamais écrit avant le dernier obstacle. Daniel Deusser a d’abord concédé quatre points. Puis Richard Vogel, qui devait absolument signer un sans-faute avec United Touch S, a commis une faute sur l’avant-dernier obstacle. À cet instant précis, le stade a compris : la France avait gagné.
Les Bleus avaient pourtant dû s’accrocher. En première manche, Julien Épaillard, avec Fringan de Vesquerie, et Nina Mallevaey, avec Dynastie de Beaufour, avaient signé deux parcours sans faute. Antoine Ermann, associé à Floyd des Prés, n’avait concédé qu’un point de temps, tandis qu’Olivier Perreau, avec GL Events Dorai d’Aiguilly, avait été pénalisé de quatre points sur le dernier obstacle. En deuxième manche, les Français ont monté avec une remarquable solidité : sans-faute d’Olivier Perreau, sans-faute d’Antoine Ermann, quatre points pour Nina Mallevaey, puis un superbe double sans-faute de Julien Épaillard.
La suite appartient déjà aux souvenirs du Jumping. Le sourire de Nina Mallevaey, les poings levés d’Olivier Perreau et de Julien Épaillard, le doigt d’Antoine Ermann pointé vers le ciel, les embrassades du staff tricolore : les images disaient presque tout. La Baule venait d’offrir à l’équipe de France une victoire de prestige, à deux mois des Championnats du monde.
Pour Édouard Coupérie, le sélectionneur national, ce succès est plus qu’un résultat. « Gagner ici, avec ce public, avec cette organisation, avec cette qualité de terrain, c’est fantastique », a-t-il confié après l’épreuve. Il a salué une équipe très homogène, capable de répondre à la pression : « Ils ont tous monté de façon incroyable. La Baule était un grand test. Cette victoire nous permet de faire le plein de confiance. » Le sélectionneur reste prudent, car les Championnats du monde sont encore loin, mais l’équipe de France vient clairement de marquer des points.
Nina Mallevaey, 26 ans, numéro 7 mondiale et meilleure cavalière au monde, a vécu une journée à part. « Gagner la Coupe des Nations à La Baule, c’est un rêve qui devient réalité. Entendre le public français qui chantait La Marseillaise, c’était incroyable. J’en avais plein de frissons, avec des yeux de petite fille qui brillaient. » Ces mots résument parfaitement l’atmosphère du jour : une victoire sportive, bien sûr, mais aussi une émotion très forte, partagée par les cavaliers et le public.
Antoine Ermann, lui aussi, avait du mal à réaliser. « Je regardais ce concours de La Baule depuis tout jeune. C’était déjà un rêve de monter un jour ici, alors gagner la Coupe des Nations, je vous laisse imaginer. » Le jeune cavalier craignait que son point de temps en première manche coûte cher à l’équipe. Il n’en a finalement rien été, et son sans-faute en deuxième manche a pesé lourd dans le résultat final.
Olivier Perreau a, lui aussi, savouré le moment. Après sa médaille de bronze par équipes aux Jeux olympiques de Paris et sa victoire en Coupe du monde à Lyon, il connaît la valeur de ces grandes journées. « Ce public donne envie de tout donner », a-t-il résumé. Quant à Julien Épaillard, appelé dans un contexte particulier après l’absence de Simon Delestre, il a parfaitement rempli son rôle avec un double sans-faute. Il engagera Fringan de Vesquerie dans le Rolex Grand Prix Ville de La Baule dimanche, afin de poursuivre sa préparation en vue des Championnats du monde.
La France succède ainsi à l’Irlande, victorieuse l’an dernier et troisième cette année. L’Allemagne termine deuxième après avoir longtemps cru tenir la victoire. Mais cette édition 2026 restera d’abord celle du retour des Bleus au sommet à La Baule. Depuis 2017, le public attendait ce moment. Il est arrivé dans un scénario presque idéal, avec ce qu’il faut de tension, de beauté et de ferveur.
La journée a également été marquée par la victoire du Belge Gregory Wathelet dans le Prix Hus Reproduction, une épreuve à 1,45 m au chrono, avec Romance van de Padenborre. Il devance le Suédois Henrik von Eckermann et le Saoudien Abdulrahman Alrajhi. Dans le CSI 1*, la jeune Française Giulia Guilloteau, 14 ans, a elle aussi fait retentir La Marseillaise en remportant le Prix Markel Assurance Équine avec Happy de Liverdy. L’Américaine Djuna Lauder s’est imposée dans le Prix Datanaute avec Cornet Fifty MM.
Le Jumping se poursuit samedi avec deux grands rendez-vous. À 11h30, le Prix Saur, deuxième épreuve individuelle la mieux dotée du concours, offrira les derniers billets pour le Rolex Grand Prix Ville de La Baule. À 17h15, place au Derby de La Baule – Demeures de Campagne, épreuve historique et spectaculaire avec ses obstacles naturels. Les cavaliers du CSI 1* ouvriront la journée, avant le Derby Laiterie de Montaigu à 15 heures. En soirée, Andy Booth proposera une masterclass à 19h15.
Mais le grand souvenir de cette édition est déjà là. Vendredi, au stade François-André, La Baule a vibré comme rarement. Le Jumping a rappelé pourquoi il occupe une place si particulière dans la vie sportive locale : parce qu’il sait réunir les passionnés, les familles, les connaisseurs et les simples curieux autour d’un même frisson. Ce vendredi, ce frisson était bleu, blanc, rouge.
