Lorsqu’une femme de 25 ans publie son premier roman, on a naturellement envie de l’encourager, surtout à une époque où les jeunes se détournent de plus en plus de la lecture. Manon Le Thuaut est infirmière à Nantes, elle habite à Savenay et son premier livre est édité par les éditions Les 3 Colonnes. L’autre raison pour laquelle nous évoquons cet ouvrage, c’est le thème du livre. À travers le regard intime de Charlotte, jeune étudiante infirmière marquée par le suicide de son père, ce roman aborde avec une grande délicatesse les silences familiaux, la culpabilité des proches, le deuil sans réponses et le lent chemin de la reconstruction. Loin de toute explication ou sensationnalisme, l’autrice a choisi de s’intéresser à l’« après » : ce que le suicide laisse derrière lui, dans les corps, les cœurs et les relations.
Manon Le Thaut nous explique sa passion pour la lecture : « D’abord, je suis une grande lectrice. J’adore les livres et, le temps d’une lecture, on a vraiment l’impression de vivre un vrai moment avec les personnages. J’ai toujours écrit depuis que je suis petite et cela me paraissait évident d’écrire un livre. » D’ailleurs, elle observe un retour vers le livre : « On revient à ce qu’il y a d’essentiel, même au niveau du sport et de la pratique physique. C’est la même chose. On voit les gens se remettre à courir, à se balader, et je pense qu’il en est de même pour les livres. On n’a plus envie de se poser devant un écran pendant deux heures. »
Le thème est pourtant délicat, puisqu’elle évoque le suicide : « Il est important d’aborder des sujets de fond qui sont souvent abordés par des personnes plus matures. Le but, c’était de faire vivre cette histoire avec une jeune fille, Charlotte, qui a dix-neuf ans et qui voit les choses de son point de vue et de sa maturité de jeune adulte » Cependant, elle précise qu’il ne s’agit pas d’une autobiographie : « Le fait qu’elle soit infirmière, cela m’a quand même été utile, parce que je connais le sujet. Je me suis renseignée au moment où j’ai commencé à écrire l’histoire de Charlotte, notamment sur le nombre de personnes qui se suicident chaque année en France et dans d’autres pays. Je pense que nous sommes tous touchés de près ou de loin. C’est un sujet actuel et on libère la parole sur la santé mentale. Donc, pour rester dans la même thématique, j’ai trouvé important d’enlever tous ces tabous par rapport à ce sujet du suicide qui est au cœur de notre génération. »
Manon va plus loin dans son analyse : « On a beaucoup de livres et beaucoup de films qui suivent l’histoire de la personne qui en vient à se suicider. Mais on parle très peu de la famille et des gens qui restent. Il ne faut pas oublier qu’à travers ce type de décès, il y a des gens qui sont encore là. Or, il n’y a que la personne concernée, et qui a fait le choix de cet acte, qui aura les réponses. Nous, tout ce que nous pouvons faire, c’est imaginer, c’est donner des raisons à quelque chose, alors qu’en fait, ce n’étaient peut-être pas du tout les raisons de cet acte. »
« Quand le cœur choisit de s’éteindre » de Manon Le Thuaut est publié aux Éditions Les 3 Colonnes.
