Yvan Le Bolloc’h : « Ce n’est pas anodin de porter fièrement un engagement. »

L’acteur présente « Le Bracelet » samedi 12 avril à Atlantia.

L’acteur Yvan Le Bolloc’h est à l’affiche de la comédie « Le Bracelet », avec Isabelle Mergault, le samedi 12 avril prochain au palais des congrès Atlantia – Jacques Chirac de La Baule. La pièce est également interprétée par Annick Blancheteau, Ninon Moreau et Jean-Louis Barcelona.

Yvan Le Bolloc’h est l’invité de Yannick Urrien sur Kernews

Kernews : Vous connaissez bien La Baule et vous avez déjà joué à Atlantia…

Yvan Le Bolloc’h : Pour moi, La Baule, c’est la ville balnéaire par excellence. Je suis un amoureux des sports de glisse et il y a de quoi faire du paddle, de la voile ou de la planche. C’est fantastique ! En plus, ça commence à sentir le goémon et le beurre demi-sel !

Parlez-nous de cette pièce « Le Bracelet »…

C’est l’histoire de ce moyen de contrôle dont on affuble des personnes qui ont enfreint la loi et mon personnage l’a enfreinte très largement. Le mari d’Isabelle Mergault revient au foyer après vingt ans ans de taule. Il doit passer huit mois à son domicile, en compagnie de sa femme, mais elle est affolée parce que cela vient perturber sa vie. C’est l’histoire de ces retrouvailles et, derrière tout cela, il y a quand même un magot de 46 millions de diamants qui a disparu. Je ne fais pas partie de ceux qui aiment vous annoncer ce que vous allez voir, j’aime bien m’asseoir dans une salle de spectacle et découvrir. C’est une comédie, écrite par Isabelle. Il y a beaucoup de bons mots et c’est très haletant. L’homme retrouve sa femme, sa belle-mère et sa fille, qu’il a à peine vue dans son berceau vingt ans plus tôt. Nous en sommes à une douzaine de représentations et à chaque fois ça fait mouche. Les gens rient beaucoup. On en a bien besoin en ce moment.

Et si vous avez accepté, c’est parce que vous avez trouvé la pièce suffisamment drôle…

Oui, on n’a pas eu un pistolet sur la tempe !

Il fut un temps où de grands acteurs comiques faisaient des pièces ou des films catastrophiques simplement pour pouvoir payer leur contrôle fiscal… Jean Lefebvre l’avait lui-même déclaré…

Beaucoup connaissent mon positionnement à gauche et, pour moi, l’impôt c’est quelque chose auquel on ne peut pas se soustraire. Si l’impôt sert à construire des écoles et à ouvrir des lits dans les hôpitaux, il faut absolument le payer. Je vois d’un très mauvais œil ceux qui échappent à l’impôt, car ce n’est pas très citoyen comme comportement.

Je voulais simplement dire qu’il y a eu des artistes tête en l’air, comme Darry Cowl ou Jean Lefebvre, qui reconnaissaient être très dépensiers…

C’est vrai, je pense à cette phrase de Marguerite Duras : « On est tous à vendre, donc soit vous gardez votre dignité, soit vous vous couchez. » Chacun fait comme il peut. Je mets un point d’orgue à toujours payer mes impôts, car on ne peut pas être élevé dans un pays si c’est pour dire après que l’on veut partir à l’étranger. Je trouve que c’est inconséquent et immoral, voire même dégueulasse.

Faites-vous référence à certains propos récents ?

Oui. Bernard Arnault est un industriel brillant, mais il a grandi en France. Il est né dans une maternité française, il a été soigné en France, peut-être qu’il a une clinique privée dans son sous-sol… Mais, au début, il est bien passé par là. Je trouve sa récente déclaration indécente, tout comme être allé à la cérémonie d’investiture de Donald Trump. On voit bien à quel point l’argent n’a pas d’odeur et à quel point le capital est prêt à se coucher, pourvu qu’il continue à pouvoir faire de la monnaie. C’est très inquiétant, parce que Trump n’est pas quelqu’un de très recommandable.

Il y a quelques semaines, vous avez eu beaucoup de succès au Touquet. Il y a de nombreux points communs idéologiques entre le Touquet et La Baule, bien que La Baule soit un peu plus LR…

Que l’on soit LR, écolo ou LFI, quand c’est drôle, c’est drôle ! D’ailleurs, il y a une référence à une ancienne figure des Républicains. J’avais posté sur les réseaux sociaux un message à Nicolas Sarkozy en disant qu’il était dommage de ne pas passer à Neuilly pour la pièce. J’espère qu’il a goûté cela avec humour.

Vous savez que Franck Louvrier, maire de La Baule, est l’ancien directeur de la communication de Nicolas Sarkozy…

Cela ne m’avait pas échappé. J’espère qu’il sera là. Je suis persuadé qu’il a le sens de l’humour. Il n’y a qu’une petite référence dans la pièce.

Le public connaît votre engagement politique et même les gens qui ne sont pas d’accord avec vous n’en font pas un motif pour ne pas aller voir vos pièces ou vos films. À l’inverse, lorsque certains acteurs prennent des gens par surprise, cela ne passe pas. Comment expliquez-vous cela ? Est-ce parce qu’il est important, lorsque l’on assume une position politique, de ne pas insulter les électeurs du camp adverse qui sont aussi des spectateurs ?

Je crois que j’ai annoncé la couleur dès le début. Tant que je défends une certaine vision de l’universalisme et de la solidarité, et que cela correspond à notre devise liberté, égalité, fraternité, parce que je suis un républicain forcené, il y a quand même moyen de s’entendre sur certains aspects. Je ne porte pas des idées révolutionnaires. Pour moi, les services publics, cela veut dire quelque chose. C’est ce qui reste lorsque l’on n’a plus rien. C’est ce qui fait aussi la France. Nous avons un système de santé, bien que malmené, qui fonctionne car quand vous allez dans un hôpital, la première chose que l’on vous fait, c’est une prise de sang. On ne vous demande pas votre carte de crédit. Il y a quand même moyen de se retrouver sur quelques éléments essentiels. Si un artiste ne la ramène pas de temps en temps, s’il ne profite pas de son exposition pour faire ressortir des choses insupportables, alors il ne fait pas son boulot d’artiste. Ce serait simplement un amuseur. Je dis cela, quitte à en laisser quelques-uns à la maison qui ne voudraient pas venir me voir parce que je suis trop à gauche. Tant pis !

Sans doute votre ADN est-il tellement à gauche que l’on est habitué maintenant… En fait, ceux que l’on n’apprécie pas, ce sont les donneurs de leçons…

Pour dire les choses clairement, il est aujourd’hui plus difficile de trouver un acteur engagé qui va la ramener, que de trouver des dreadlocks sur le crâne de Monsieur Éric Ciotti ! Il y en a qui souffrent. Je pense à Blanche Gardin. Elle a récemment dit que depuis qu’elle avait dénoncé ce qui se passe en Palestine, son téléphone sonnait beaucoup moins. Ce n’est pas anodin de porter fièrement un engagement. Cela a un coût. Après, c’est une question de dignité. J’ai été élevé ainsi et je ferais de la peine à mes parents si je taisais mes opinions. On a aussi peu l’occasion de se faire entendre parce que les médias sont occupés par des éditorialistes de cour, des gens qui sont là pour perpétuer un consensus et un système, mais on sait que ce consensus ne tient plus. Les gens de ma génération vont bien comprendre ce que je vais vous dire. On a eu la retraite à 60 ans, cela n’a pas duré longtemps, on a les congés payés, on a la Sécurité sociale, on pouvait aller prendre l’apéro à Lisbonne pour 40 € et il y avait de la neige sur les glaciers. Aujourd’hui, on laisse des années et des années d’angoisse aux jeunes générations. J’aime beaucoup la Bretagne, mais j’aime aussi beaucoup la montagne. Le permafrost, le ciment des montagnes, ce qui stabilise les massifs, est en train de fondre. Dans dix ans, on aura perdu la moitié de nos glaciers. Où va-t-on organiser les JO quand on n’aura plus de neige ? Je ne me résous pas à dire que j’en ai bien profité et que maintenant les jeunes doivent se démerder. C’est le moment de penser aux jeunes.

Vous évoquez la jeunesse, or quand vous aviez vingt ans, elle se répartissait entre Georges Marchais, François Mitterrand, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chirac… Aujourd’hui, elle vote Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon. On ne voit pas beaucoup de jeunes bayroutistes…

Cela me fait rire, les jeunes avec Bayrou ! Rien que de me dire qu’il est Premier ministre, cela me fait rire. Mais cela m’angoisse aussi terriblement. Les jeunes se sont radicalisés. Ceux qui votent pour La France insoumise, c’est pour des idées, même s’il y a une incarnation avec une nouvelle génération, comme Mathilde Panot ou Louis Boyard. Quant à ceux qui votent RN, c’est parce que c’est un jeune qui parle aux jeunes. Mais il y avait quand même des jeunes à la République en Marche, avec Gabriel Attal notamment.

Quelqu’un comme Gabriel Attal aurait sans doute été un prototype des jeunes giscardiens de la fin des années 70…

C’est exactement ça. Et que ce soit Bardella ou Attal, ce sont des jeunes qui vous expliquent la vie, mais ils n’ont jamais vu une pointeuse !

Vous pouvez ajouter Louis Boyard sur la liste…

Oui. Vous voyez, on parle de théâtre, mais on parle aussi de politique. Il faut que le monde du spectacle, les comédiens comme les techniciens, continue de défendre l’art, car c’est important, surtout en France. C’est ce qui nous permet de continuer de réfléchir, d’avoir une belle langue, de lui rendre hommage, de la faire briller. C’est notre héritage. Quand j’entends des gens expliquer qu’il faut couper les budgets à la tronçonneuse, en expliquant que l’art ne sert à rien, parce que ce sont des intermittents avec leur drôle de bonnet qui jouent du tam-tam toute la nuit, mais quelle erreur ! Je pense à Madame Christelle de Morançais…

C’est Christelle Morançais…

Vous voyez, j’ai toujours tendance à anoblir les gens de droite, alors qu’ils n’en ont pas besoin ! Cela ne me va pas car l’art, c’est ce qui nous cimente, donc il faut en prendre soin. Si jamais vous assistez à la pièce et que vous ne riez pas, à la fin je vous invite au Flunch à côté…

Mais il n’y a pas de Flunch à La Baule !

Franchement, je vous fiche mon billet que vous allez vous taper des barres de rire !

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