Mort de Lyhanna : rassemblement ce soir à 19h devant le tribunal de Saint-Nazaire

Correction : l’heure mentionnée dans l’interview audio est 18h, mais le rassemblement se tient bien à 19h


Ce lundi 8 juin, un rassemblement est organisé à 19h devant le tribunal de Saint-Nazaire, en hommage à Lyhanna, 11 ans, dont le corps a été retrouvé le 4 juin dans le Gers, quelques jours après sa disparition à la sortie de son collège de Fleurance. Un homme de 41 ans a été mis en examen pour meurtre et placé en détention provisoire. L’affaire a révélé l’existence de multiples signalements et plaintes antérieurs visant le suspect, dont plusieurs pour viol, restés sans suite.

L’initiative s’inscrit dans un mouvement national porté par plus de 130 associations, lancé par l’actrice et réalisatrice Andréa Bescond. À Saint-Nazaire, c’est l’association Victimes mais pas Démunies qui a répondu à l’appel et organise le rassemblement devant le palais de justice.

Kernews a interrogé Caroline Mathon, avocate au barreau de Saint-Nazaire, spécialisée en droit de la famille et droit pénal, notamment dans les dossiers victimes et les affaires impliquant des enfants.


Pourquoi se mobiliser à Saint-Nazaire, alors que l’affaire s’est déroulée dans le Gers ?

« Nous ne sommes peut-être pas concernés localement, mais nous le sommes tous au regard de la gravité de ce qui vient de se passer. Ce qui transparaît de cette histoire absolument terrible, c’est la question de l’écoute de la parole de l’enfant, de sa place dans notre système judiciaire. Est-ce que notre justice protège le plus vulnérable d’entre nous ? »

L’avocate élargit la question au-delà du seul drame : « Si nous ne prenons pas en compte les plaintes pour agression sexuelle ou pour viol sur un enfant, cet enfant deviendra un adulte en souffrance. C’est un sujet de santé publique. Toutes les études le confirment. »


Un faisceau d’éléments ignoré

Sur le fond de l’affaire, Caroline Mathon pointe une accumulation d’indices qui auraient dû déclencher une réaction judiciaire bien plus rapide. « Il y avait des signalements dès 2023. Puis en août 2025, la parole de l’enfant qui déclarait avoir été violée par cet homme. Et surtout, une expertise médico-légale dont les conclusions corroboraient ses déclarations. »

Face à ce faisceau de présomptions, elle s’interroge : « Qu’est-ce qu’on a attendu pour placer cet homme en garde à vue, pour réaliser des écoutes téléphoniques, pour perquisitionner son domicile ou son téléphone ? On avait déjà de lourdes charges. »


Le doute profite à l’accusé… mais la preuve doit être cherchée

L’avocate ne remet pas en cause le principe fondamental du droit pénal français : le doute profite à l’accusé. « C’est un principe que tous les magistrats intègrent dès leur formation, et il est juste. Mais cela pose la lourde question de la preuve, surtout dans les affaires d’agression sexuelle, souvent commises dans le cadre intrafamilial, sans témoin. Le résultat, ce sont trop de non-lieux, trop de relaxes. »

Ce qu’elle dénonce, c’est autre chose : le manque de moyens pour aller chercher la preuve rapidement et efficacement. « Si notre système avait plus de moyens, la preuve pourrait arriver plus vite, et le doute serait moins souvent le dernier mot. »


Un diagnostic multifactoriel

Pour Caroline Mathon, ce qui s’est passé est « multifactoriel » : manque de personnel, enquêteurs débordés et écrasés par la charge administrative, formation insuffisante — notamment sur l’audition des enfants et le recueil de preuves dans les dossiers d’agression sexuelle. « Les enquêteurs me le disent eux-mêmes : ils n’ont pas le temps de se former. Les parquets sont assaillis par des dossiers de viols, y compris incestueux, et ne savent plus comment gérer la masse. »

Elle ne ferme pas la porte à d’éventuelles responsabilités individuelles, mais renvoie au ministère de la Justice le soin de le déterminer.


Ce soir, 19h, devant le tribunal

« C’est le moment d’être là pour cette famille. Mais aussi pour dire qu’on ne va pas attendre un prochain drame pour que la justice, le ministère de l’Intérieur, notre président et nos politiques se saisissent enfin de la question de la protection de l’enfance, de l’écoute de l’enfant, et des moyens donnés à la justice pour travailler dans de bonnes conditions. »

Le rassemblement est ouvert à tous, ce lundi 8 juin à 19h, devant le tribunal de Saint-Nazaire.

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