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Ukraine : une analyse gaulliste de la situation

L’invité de Yannick Urrien du jeudi 10 mars 2022 : Gérard Bardy

Gérard Bardy est journaliste, il a notamment été rédacteur en chef à l’Agence France Presse, directeur du Pèlerin Magazine, et président de l’Union internationale de la presse francophone. Il est aussi l’auteur de plusieurs livres sur le général de Gaulle, notamment « De Gaulle avait raison. Le visionnaire », « Les femmes du Général » et plus récemment « De Gaulle parle aux gilets jaunes… et à Macron » ou « Charles le catholique ».

Nous avons voulu lui demander son analyse sur la guerre en Ukraine et – même si c’est toujours un exercice délicat que de faire parler ceux qui ne sont plus là – comment le général de Gaulle aurait réagi face à ces événements… Ce connaisseur de la pensée du Général de Gaulle a accepté de nous livrer son commentaire : « Il est difficile de dire ce que penserait ou ce qu’aurait fait le général de Gaulle, parce que le gaullisme n’est pas une doctrine, c’est un pragmatisme, c’est une pensée forte adaptée aux réalités du temps. On peut dire, sans risque de se tromper, que l’on n’en serait sans doute pas arrivé là, parce que la France n’aurait pas suivi l’OTAN dans ses pérégrinations en poussant ses pions toujours plus à l’est. Le général de Gaulle aurait gardé des relations franches avec Poutine – directes et vives – mais en tout cas régulières et assez cordiales. C’est en pensant au peuple russe et à l’histoire de la Russie qu’il aurait eu cette attitude, beaucoup plus qu’avec l’homme Poutine lui-même. Son pragmatisme était d’être engagé, ni dans un camp, ni dans l’autre, et d’être l’homme qui se tient suffisamment loin des coups bas, en ayant une vision et une autorité qui aurait permis à la France de jouer aujourd’hui un vrai rôle. On voit bien, même si la communication tam-tam va nous dire le contraire, que le président Macron n’a pas pesé très lourd dans cette terrible affaire. On voit comment Poutine l’a reçu, on voit comment il ne l’écoute pas, on voit comment Poutine a mandaté le Premier ministre israélien pour aller voir le grand Européen, c’est-à-dire le Chancelier allemand, et non pas le président en exercice de l’Europe. Tout cela montre bien que notre diplomatie a flanché et qu’elle a terriblement évolué. Au moment de l’effondrement du bloc soviétique, on aurait dû raisonnablement demander à l’OTAN de ne pas pousser ses pions aussi loin. Non seulement on ne l’a pas demandé, mais on l’a suivi… Aujourd’hui, c’est très simple, l’OTAN est un outil dans la main de Washington, on voit comment le président Biden – un pauvre homme qui commence à souffrir des limites de l’âge – tient des propos guerriers de l’autre côté de l’Atlantique. C’est un va-t-en-guerre, sans mobiliser des militaires, avec les moyens nouveaux de la guerre, c’est-à-dire la finance et la communication, il menace Poutine et le nargue. Mais ce sont les Européens qui sont entre les deux. Ce sont les Européens qui risquent de subir les coups les plus sévères. Je pense que le général de Gaulle aurait eu l’autorité pour empêcher l’OTAN de narguer Poutine, qui est quand même un gros ours mal léché, il faut éviter d’aller lui chatouiller la plante des pieds, et bien entendu il se serait imposé comme un interlocuteur entre les deux camps ».

Écrit par Rédaction

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